Trou Normand (suite)

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Suite de mon EPT à Deauville, avec les deux derniers coups marquants...

Après la river malheureuse contre Bruno Haddad, j'ai encore un tapis très correct de 280 000, au-dessus de la moyenne, avec une trentaine de joueurs en course...

-Coup N°2

Blinds 3000-6000, antes 500

UTG+1, Tristan Clémençon relance à 16 500. Il est suivi juste derrière par un Italien qui a un petit tapis d'environ 100 000.

Les autres passent jusqu'à moi qui suis de SB à 3000.

J'ai [Jc][Jd].

Ici, faut-il seulement payer ou faut-il relancer?

Très souvent, la bonne attitude est d'opter pour un simple call avec 10-10 ou J-J sur une relance adverse alors que les tapis sont profonds. Avantages: on voit le flop pour pas très cher et on gagne le coup assez souvent même si on ne trouve pas son brelan, en exerçant son jugement par la suite.

Ici, le contexte est différent:

-Tristan est un joueur très loose agressif à la table, c'est son style et surtout son gros tapis (plus de 400 000) fait qu'il est entré dans la plupart des coups depuis le début. Il aura très souvent une main qui ne pourra pas tenir le 3-bet.

-Le joueur qui a suivi derrière lui n'est pas dangereux car dans sa situation, avec un petit tapis, il ne peut pas se permettre de slowplayer avec AA, KK ou QQ .

-Si je call, je donne une cote énorme à la BB qui va très certainement compléter (il a un tapis de 220 000). Dans ce cas, nous allons jouer le coup à quatre et pour moi, cela revient quasiment à trouver un Valet au flop, contrairement au cas évoqué plus haut où, en tête-à-tête, le call permet de gagner dans beaucoup plus souvent.

Pour toutes ces raisons, et parce que le pot est intéressant à prendre (il fait déjà 46 000), un squeeze me semble indiqué.

Je décide de relancer pour 60 000 en tout.

Mais voilà que la BB se réveille avec une relance à TAPIS pour 220 000 !

Les deux autres passent et moi aussi, évidemment. Dans sa position, en sandwich entre une relance, un call et une sur-relance, il ne peut avoir qu'un TRES gros jeu et avec JJ, je suis forcément battu, cela ne fait aucun doute. J'apprendrai plus tard par l'ami Jomannix -qui a vu ses cartes au passage depuis le “rail”-, que cet adversaire avait K-K.

Mauvaise configuration pour moi mais pas une perte énorme, 43 500 de plus que si j'avais “just call”. En plus, j'aurais dû prendre une décision sur un 3-bet de la BB. Si j'avais payé les 16500, ce dernier avec K-K aurait sur-relancé bien sûr, mais pas à tapis, il aurait probablement fait quelque chose du genre 70 000 ou 75 000 et la situation n'aurait pas été aussi claire pour moi. Mon call de 16 500 ne représentait pas une aussi grosse main qu'une paire de Valets et je me serais demandé si ce jeune Allemand n'était pas en tran d'effectuer un “squeeze play” pour voler le coup avec une main indéterminée...

Quoi qu'il en soit, je me retrouve avec 220 000. Rien de dramatique encore mais manifestement le vent souffle en sens contraire pour moi depuis le début de ce Day 3. Naturellement, si vous connaissez ma position vis-à-vis des “cycles de chance”, vous savez que je n'en tire aucune conclusion pour la suite du tournoi. Les cycles, ils existent mais on n epeut pas prévoir leur durée et ce serait une erreur de se laisser influencer sur le moment. Un cycle se constate statistiquement, donc forcément a posteriori. C'est complètement irrationnel de croire que ce qui s'est passé va influencer dans un sens ou dans l'autre la distribution des cartes au coup suivant, sauf si on a une boule de cristal et qu'on a suivi des cours avec Madame Soleil.

C'est vrai que, psychologiquement, on se sent moins à l'aise quand les coups s'enchaînent de travers que lorsqu'on empile les jetons, mais dans ces cas-là il faut toujours se répéter dans sa tête que chaque coup de poker est indépendant et que “les cartes n'ont pas de mémoire”!

Les cartes n'ont pas de mémoire mais cela ne veut pas dire que la chance va tourner. La preuve:

-Coup N°3

Une dizaine de minute se sont passées, je n'ai vu ni les cartes ni les opportunités pour m'engager. Les blinds sont passées à 4000-8000, ante 1000 et j'ai à présent 200 000 à mon tapis.

Au cut-off, alors que tout le monde a passé avant moi, je trouve [As][Js]

Je relance à 21 000 et je suis suivi par un jeune joueur français (dont je ne retrouve pas le nom, qu'il m'excuse). Il est de BB avec un tapis de 220 000 environ et jusqu'à présent, il m'a donné l'image d'un joueur plutôt tight-agressif, assez sérieux.

Le flop vient [Jd][9c][8c]

Il checke. J'ai comme on dit “TPTK”. Top paire, top kicker.

Sans trop réfléchir je mise 30 000 dans un pot e 53 000.

Mon adversaire me relance à 70 000.

Nous sommes à la croisée des chemins car ce raise commet mon tapis pour la suite du coup.

Mais sur le moment, mon “read”, ma lecture du coup, la gestuelle de mon adversaire à la table, le montant de sa relance et surtout le tempo dans lequel les choses se sont passées, tout me dit qu'il est sur un tirage. Pour son attitude, je ne saurais pas expliquer pourquoi j'ai ce sentiment. Mais pour ce qui concerne le montant de sa relance, il me semble évident que s'il avait deux paires ou un brelan il aurait fait une relance plus forte sur ce board à tirages multiples. Et s'il avait carrément déjà la quinte, il aurait pris davantage de temps...

Bref, tellement persuadé de ma lecture, je fais ALL IN dans la foulée pour 200 000 dans un pot qui faisait, au moment de sa relance, 153 000.

Mon adversaire paye dans la foulée et montre [Kc][10c]

Certes je suis devant pour l'instant, je ne m'étais pas trompé. Mais j'aurais préféré voir un simple tirage couleur ou quinte avec une overcard. Là, avec deux cartes à venir, c'est bel et bien lui qui est favori du coup. Il a très exactement le meilleur tirage possible: les 7, les Dames, les Rois et les Trèfles, soit 18 OUTS!

Grosso modo, compte tenu du fait que que je peux tirer un As ou un Valet s'il touche un Roi, il a 62% de chance de remporter le coup et moi 38%.

Le turn est un [7h] et c'est fini, même pas besoin de voir la River, je suis éliminé en 26ème place.

In the money, c'est honorable mais, arrivé à ce stade d'un EPT, j'espérais mieux. Si j'avais remporté ce dernier coup, je me serais retrouvé avec plus de 400 000 jetons et toutes mes chances d'arriver en finale.

Mais on ne peut pas réécrire l'histoire, c'est bien connu... Je passe sur ma déception et je vous laisse juge sur les trois coups que j'ai racontés. Comme je l'avais dit dans la première partie de ce “trou normand”, je ne pense pas avoir fait d'énorme erreur, mais j'ai pris sur chacun des trois une décision discutable et, en tout cas, regrettable vu la suite.

Après Deauville, l'Irlande. A l'European Deepstack de Dublin, j'ai fait une apparition éclair. Je ne pensais pas pouvoir être éliminé dans les tous premiers niveaux quand on démarre avec 50 000 jetons aux blinds 25-50 avec des niveaux de 60 minutes. Et pourtant...

A la troisième heure, j'ai [Qh][Qs], sur un flop [Qc][Jd][7d] un gros pot se joue. Mon jeune adversaire, le très bon Vannak Tok suit mes mises. Le turn est un [Kc], la river un [7s]. Les tapis volent, il a [Kh][Kc]. That's poker...

Tout cela ne change pas mon opinion sur les cycles de chance mais bon...je vais quand même faire un break côté grands tournois, probablement jusqu'à la finale de l'EPT à Monte Carlo. Allez, good luck à tous d'ici là !