Trou Normand

Par dans

Rien, apparemment, ne prédisposait Deauville, petit village au bord de la mer la plus grise du monde -la Manche- à devenir une station balnéaire universellement connue. Et pourtant, par le magnétisme d'une grande maison blanche appelée casino, ce petit trou normand est devenu, dès le début du siècle passé, l'escale des riches et des vedettes. Oui, car on ne disait pas encore “stars”, “milliardaires” ni "jet-set" quand on croisait sous les boiseries du Normandy l'Aga Khan, Rita Hayworth, Omar Sharif ou   Françoise Sagan.

Cherchez sur google et la mémoire de ce temps resurgira. Bon, c'est vrai que depuis, le gling-gling des machines à jackpot a couvert le crissement des fourreaux de soie autour des tables de chemin de fer et qu'on croise davantage de fish en sweat-shirt que de Vittorio De Sica en smoking. Mais qu'importe. Le rêve est bien le même quand on se retrouve à Deauville aujourd'hui pour le tournoi de l'European Poker Tour: la gloire et les millions, on y croit.

Je n'ai peut-être pas connu la grande époque de Deauville mais le cadre m'est familier pour avoir disputé dans le salon des Ambassadeurs des dizaines de grands tournois de bridge. Refaire halte ici est toujours un plaisir...

Ce que je retiendrai de l'EPT 2009? Ce plaisir et cette atmosphère, davantage que mon résultat. J'ai certes fini dans l'argent, mais j'espérais mieux qu'une 26ème place quand j'ai démarré le Day3 deuxième en chips avec 310 000 alors que la moyenne était à 127 000...

Plutôt que les deux premiers jours où j'ai vraiment très bien joué et où mon tapis n'a été en danger qu'une seule fois, et avec une issue favorable pour moi (avec brelan contre tirage couleur + quinte ventrale), je voudrais vous faire partager les 3 coups clés qui ont scellé mon élimination. A vous de juger si je les ai joués bien ou mal. A froid, je ne crois pas les avoir très mal joués ni fait d'erreur monumentale mais j'ai en tout cas pris dans les trois des décisions discutables. A vous de juger.

-Coup N°1

Blinds 3000-6000, antes 500

Je suis au Bouton avec un tapis de 350 000.

Tout le monde Passe et je relance à 17 500 avec [6d][6c]

SB Passe. BB est Bruno Haddad, un joueur que je connais bien et avec qui je suis devenu ami au temps où je jouais régulièrement en live à l'ACF.

Bruno a lui aussi un gros tapis et il 3-bet à 40 000. Je sais que c'est un joueur solide, je le mets sur une paire supérieure ou sur A-K, peut-être A-Q. Néanmoins sa relance est presque un mini-raise et je n'ai que 22 500 à rajouter dans un pot qui fait déjà 64 500 ! Donc je dois payer car je suis en position et la cote est énorme. Perdre 22 500 de plus dans ce coup ne va pas changer ma zone de tapis alors que gagner un gros coup me ferait prendre une avance importante sur le champ.

Le flop vient [2d][3s][5h]

Mon adversaire checke. Il semble bien qu'il ait AK. Cependant ce n'est pas certain et de toute façon ce n'est pas une raison suffisante pour miser puisque je ne vais pas miser les 3 streets. Si je mise ici, il me paiera sans doute avec AK. Je ne veux pas faire grossir le pot avec cette main fragile et je ne vaux pas non plus subir un check raise alors que j'ai un tirage qui peut me faire prendre osn tapis par la suite, si un 4 arrive. Bref, je préfère attendre le Turn et voir son action.

Turn: [Jd]

Bruno checke à nouveau. Là, il est temps de miser !

Je mise 45 000 dans un pot de 87 000.

Bruno PAYE.

River [Ah]

Il checke et je checke, évidemment...

Il montre [As][Kc] et je perds le coup.

A posteriori, ma mise de 45k est certes suffisante pour casser les cotes de son tirage mais si j'avais misé davantage, par exemple 60k, il aurait sans doute passé.

Cela dit, il n'est pas clair que j'aie intérêt à ce qu'il PASSE ! Un 4 à la River et je lui prends tout. Et toute autre carte qu'un As ou un Roi (ce qui ne représente qu'une probabilité de 14% maximum) me fait gagner au moins le pot.

A suivre...