Travailler encore...

Par dans

Une dizaine de jours se sont écoulés depuis la fin des World Series of Poker. Une dizaine de jours, c’est le temps qu’il m’aura fallu pour prendre le recul nécessaire pour analyser le plus objectivement possible les causes de mes résultats plus que décevants lors de ces quarante jours de poker intensifs.

C’était la deuxième année que je participais au plus grand festival de poker au monde. Et comme l’an dernier, j’avais décidé de faire un programme très chargé : de nombreuses épreuves WSOP bien sûr, comprenant tous les tournois en no-limit hold’em au buy-in égal ou inférieur à 5 000$ ; quelques tournois en pot-limit omaha ; évidemment le Main Event, mais aussi un certain nombre de tournois dans les casinos voisins, comme le Venetian, le Wynn ou l’Aria.

Comme je le disais plus haut, mon bilan est extrêmement décevant : vingt-cinq tournois joués, deux places payées (et pas les plus belles…) et un bilan financier largement négatif. Alors évidemment je sais que je n’ai pas vraiment été du bon côté de la variance. Mais je sais aussi que face à ce long bad run, mon mental, et par conséquent mon niveau de jeu, ont été touchés au fur et à mesure des busts à répétition. Cela m’a fait prendre des décisions-clés pour la survie de mon tournoi, qui étaient en totale contradiction avec la stratégie globale que j’avais adoptée.

L’exemple le plus frappant qui me vient à l’esprit est le coup qui m’élimine du Main Event. J’avais décidé de jouer low variance étant donné la structure hyper lente de ce tournoi et le niveau de jeu très faible. Malgré cela, je finis par mettre cent big blinds au niveau 3 (!!!) avec bottom paire + flush draw, soit le coup le moins low variance au monde… La dernière semaine fut sûrement le moment où je pense avoir été le plus « faible » mentalement de tous ces Series, ce qui est assez embêtant quand on sait que le Main est le plus gros et important tournoi de l’année.

"C'est maintenant..."

Lorsque l’on est dans l’effervescence des WSOP et de Vegas, les tournois s’enchaînent jour après jour. On rencontre sans arrêt des joueurs avec qui on va inlassablement parler du ou des derniers coups-clés de l’un ou de l’autre. Dans ce contexte, il est difficile de se poser pour s’auto-analyser et comprendre dans quel état mental on est, même lorsqu’on prend un day off.

C’est donc après une semaine de réflexion, passée à me remémorer tout ce que j’ai pu faire ou ressentir durant ce long mois, que ce soit autour des tables ou en dehors, à discuter avec Pier Gauthier, Stéphane ou encore avec mes coéquipiers du Team, que je pense avoir enfin réussi à comprendre les causes de la dégradation de mon niveau de jeu.

Au moment d’arriver à Vegas début juin, je ne m’étais jamais senti aussi prêt, aussi bien mentalement, physiquement que dans mon niveau de jeu. Le travail sur l’aspect mental du jeu que je fais avec Pier depuis le début de l’année commençait à porter ses fruits, ma confiance dans mon jeu était au plus haut, bien aidée par un travail intensif durant ces derniers mois et des résultats online assez satisfaisants, et je commençais à retrouver une condition physique décente. Bref, je me sentais "dans la zone".

Fort de cette confiance, une petite phrase tournait inconsciemment en boucle dans ma tête, quelque chose comme : "C’est maintenant qu’il faut faire une perf’" ou "Tu vas aller le chercher ce bracelet". Des phrases qui paraissent peut-être anodines, voir plutôt positives et motivantes, mais qui vont finalement être plus néfastes qu’autre chose.

Un petit bout de chemin en plus

Le problème avec ce type de phrases, c’est l’obligation : à partir du moment où l’on se dit "il faut" ou "je dois", on se met dans une situation où l’on n’a pas le droit d’échouer, où l’on s’oblige soi-même à réussir. Cela met une pression négative puisque chaque erreur, même minime, a un impact démesuré sur sa confiance en soi et donc sur ses réflexions. Or, on sait très bien que dans ce jeu si complexe qu’est le poker, tout le monde fait des erreurs ; le but étant simplement d’en faire moins que les autres, et surtout de ne pas répéter les mêmes.

Les tournois se sont donc succédé, sans aucun résultat, et au fur et à mesure que les jours avançaient, cette pression grossissait. Je regardais le programme restant comme un sablier qui s’écoulait devant mes yeux, et je me pressais d’aller m’inscrire à un nouveau tournoi, avec toujours ces petites phrases qui revenaient, de plus en plus souvent.

Je force de plus en plus mon jeu, me mets dans des spots compliqués et prend des décisions de plus en plus "high variance". La frustration augmente tournoi après tournoi. Ma confiance en moi diminue d’autant et les erreurs deviennent de plus en plus fréquentes. Qui plus est, étant incapable de me remettre en question sur le moment, cela va continuer jusqu’à la fin du Main Event, jusqu’à ce dernier coup, comme une sorte de résumé de ma décadence…

La déception de ces WSOP 2015 s’étant estompée avec le temps, je me rends compte aujourd’hui que cet échec m’a permis de faire une auto-analyse sur mes comportements, mes croyances et ma manière d’aborder les tournois live que je n’aurais surement pas fait si les résultats avaient été satisfaisants. J’ai l’impression d’avoir encore parcouru un petit bout de chemin sur la longue route qui, je l’espère, m’amènera au niveau des tout meilleurs !

Work in progress…


Volatile38

Le vainqueur de la troisième Top Shark Academy possède l’un des plus beaux palmarès de Winamax.

Suivez Volatile38 sur FacebookSuivez Volatile38 sur TwitterSuivez Volatile38 sur Instagram