Sueurs froides à Graz (Suite)

Par dans

L'astuce du jour : avant d'attaquer la seconde partie, je vous conseille de lire la première

Le tarif me semble raisonnable. Je vais donc voir David et il me fait rapidement le topo de la partie, me précisant que Nikki n'est pas un joueur de Mixed games Limit. Il peut value thin mais il fera des mauvais call. Et il n'est pas capable non plus de jeter sa main pour un bet à la river. Je constate rapidement que David ne me menait pas en bateau. Il m'expliqua aussi qu'il n’allait pas me donner d'informations sur le troisième larron. Il préférait me laisser découvrir le spécimen. Un local, un autrichien censé moyennement jouer au Pot Limit Omaha et qui faisait à cette occasion strictement n'importe quoi.

Au Deuce-to-Seven, il tirait 25% du temps mort avant le dernier changement. Il payait trop souvent le dernier bet, ne prenait aucune value avec des mains décentes, et ne bluffait jamais. Bref, j’ai joué une partie de rêve.

Nous décidâmes de jouer 40 minutes de chaque jeu et de jouer au moins deux fois le cycle des 3 jeux. Cela me convenait : je ne suis pas le genre de joueur à rester 1 heure et me faire la belle.

Le premier jeu était le Triple draw Deuce-to-Seven. David joua de mal chance pendant que je me voyais doté d'une « forme » (upswing pour les geeks) Merciesque. Ouais, je viens d’inventer cet adjectif. Et être en forme comme Jason Mercier, c'est pas donné à tout le monde. Mes mains à l'abattage étaient dans le top 10% des mains que l'on peut montrer après un bet à la river.

Je me suis retrouvé gagnant de 67,000€ en moins de trente minutes. Je commence à sentir les carapaces se craquer, l'affaire est dans le sac : ils sont ferrés ! Le jeu change : nous passons au Holdem Limit. Rebelote : je me remets à gagner tous les coups. Je bluffe au bon moment, fold parfaitement… Bref, il y a des moments où tout roule, où on est presque en transe, en fusion avec la partie. Je monte pas loin de 100,000€ de gains quand le Seven Stud High arrive. Quand je fold (et je décide de jouer très tight, je ne suis pas au point à ce jeu, c’est d’ailleurs celui où je suis le moins bon), je regarde les mains de David qui est assis à côté de moi. Tant qu’à faire, autant essayer de s’améliorer sur le tas en regardant Monsieur B.

Je reperds 7 ou 8,000€. L’autrichien se fait littéralement défoncer par Nikki mais surtout par David. Il doit avoisiner les 170,000€ de perte. Nikki est à peu près gagnant de 70,000€ et David revient de loin. Moi, je gagne un peu moins de 90,000€. Nikki reçoit soudain un coup de fil. Il y a une belle partie à Innsbruck, une autre ville d'Autriche. Nikki s'excuse et annonce la dernière heure pour lui. Le local ne se vexe pas et décide de partir avec Nikki à Innsbruck. Je ne vois pas de problème non plus, même si je sais que j'aurais peut-être pu faire la gagne de ma vie.

David me regarde dans le blanc des yeux et je lui dis d'accord avant même qu'il ne me pose la question. Nous jouerons donc au rami pour le reste de la soirée.

Je me couche assez content de moi. Mais bon, j'ai beaucoup perdu ces derniers mois, alors il n'est pas vraiment temps de chômer. Je passe quelques coups de fil et on me laisse savoir qu'une semaine de cash games est organisée au casino de Tanger. Je passe d'autres coups de fil (j’ai 2,500€ de note de téléphone par mois en moyenne...) pour savoir qui va s'affronter à Tanger. Je ne citerai pas son nom mais le créateur de « Tout chez PAPA !!! » est annoncé, ainsi qu’un milliardaire américain, des espagnols inconnus et un bon pote qui joue pas mal.

48 heures plus tard, je traversais la ville de Tanger, véritable cimetière d'immeubles laissés à l'abandon pour des raisons obscures. Je me douche et me dirige vers la salle de poker. La partie est une 50€/100€ No-Limit Holdem.

Nous jouerons trois soirs.

Le niveau n'est pas aussi mauvais que je le pensais. Bon, je vous rassure, c’est pas non plus les 50/100 du Bellagio ou les 10/20 de Winamax. Mais les joueurs s'accrochent et tentent de jouer leur meilleur poker.

Leurs bonnes résolutions ne dureront qu'un temps. Je finis à jeu et petit perdant les deux premières séances. Le troisième soir, les poches se délièrent : notre milliardaire américain avait un coup dans le nez pendant que « Tout chez papa ! » n'acceptait pas le 14-outers que je lui avais mis et commençait à casser ses jouets. Arrive une confrontation entre nous. Il est de petite blinde et je suis de grosse. Tout le monde a passé jusqu’à lui et il ouvre à 400€. J'ouvre ma main, un joli [As][Ks]. Le tapis de mon adversaire est de 120 blindes et je le couvre. Je décide de relancer a 1200€ et il paye. Le flop vient [Jc][Ts][Qh]. Dure la vie hein ?

Il n'y aura pas d'histoire de bad beat, de coupure d'électricité, ni même de braquage. Non, juste un déstackage en bonne et due forme. Il donk bet à 1700€. Connaissant mon adversaire, je sais qu'il a touché un ptit bout du flop. Du coup, je décide d'en finir rapidement et le relance à 3900€. Il push dans la foulée et je paie.

« T’as As-Roi ?! » me demande-t-il.
« Oui, un ou deux ? » (Je lui propose là de faire deux turns et deux rivers)
« UNE ! »

Turn : une brique.
River : une autre brique.

Je préparais ma valise 2 heures plus tard. Le milliardaire américain avait golf le lendemain. A 9h30, « Tout chez Papa ! » n’a rien reçu, mon pote était à jeu et les espagnols jouaient trop tight. J’étais alors gagnant de 34,000€ mais ne m’imaginais pas gagner beaucoup plus, mes adversaires n’étant pas assez deep.

Je vous écris ce blog depuis un avion. Je rentre de Marrakech et de Casablanca, les parties y étaient endiablées ! J'ai gagné un peu, surtout durant la partie que je viens de quitter il y a 3heures. Des pots de 50k€ se sont échangés durant toute la partie (J'en ai gagné un :) ) !

Je rejoue parfaitement en cash-games : je pense que j'ai eu une période trop tight après le downswing que j'ai vécu pendant 10 mois. C'est comme dans tous les sports, je suis sorti blessé d'une rencontre et il me fallait une rééducation. J'en ressors maintenant plus fort et plus clairvoyant sur les risques que j'ai pu prendre et ceux que je dois prendre.

Hormis l'Aviation Club de France qui est mon fief, ainsi que les tables hautes limites de Pot-Limit Omaha sur Winamax, je ne jouerai que très peu en cash-games jusqu’à fin 2011. Les tournois live m'apportent un équilibre mental et physique et c'est là-dessus que je vais travailler pendant 3 mois.

N'oubliez pas les Winamax Series (2 au 9 octobre) où vous pourrez me défier en tournoi. Je serai aussi sur les grosses tables de PLO pour les plus courageux :P Bonne chance à vous !