Parcours de la Combattante: Le Retour

Par dans


"On a coutume de dire que la vie est dure. Moi, j'me bats pour le futur. Quelle aventure! " .

Je suis revenue de Londres avec cette chanson dans la tête. Curieux ce que mon âme russe fait ressortir dans les moments de grande tristesse. Ces vers de Menelik ont adouci les journées qui ont suivi mon élimination à la bulle du main event WSOPE. Même si pour une fois, j'ai été couronnée du titre honorifique de "Last Woman Standing" et poursuivie par ESPN.
"...Moi, j'me bats pour le futur..."

Les trois bulles majeures de cette année (San Remo, WPT Paris et maintenant Londres) m'ont permis de comprendre des choses essentielles sur ma gestion des tournois et la façon dont je réagis dans les situations de stress extrême. J'en tire une leçon d'une grande importance qui me permettra peut-être de faire un travail sur moi-même avec l'aide de notre nouveau coach mental Pier Gauthier.

Revenons au sujet de la dernière fois. Je suis contente que cette main ait suscitée un si grand nombre de commentaires. Merci à tous!

Comme vous je ne connaissais pas la fin de l'histoire, j'ai réfléchi à cette main et voici mon analyse.

La range d'un joueur LAG est très large preflop. Sa range de check/raise sur ce genre de board comprend à mon sens diverses parties:
- des mains faites fortes (22, 66, T6s) - TT, 62 et T2 sont plus rares dans cette situation.
- un tirage couleur ou combo draw (toutes les combinaisons possibles à l'exception de celles comportant la [Qh] évidemment) comme [6h][7h] et autres.
- une gutshot (54, 34, 78, 98, 79...)
- un petit pourcentage de bluffs complets

Notre paire de dames est évidemment grande favorite à ce stade. On pourrait sur-relancer mais ça risque de tuer l'action sauf si nous sommes battus ou dans une situation de coin flip. Payer pour joeur contre toute la range adverse me paraît plus judicieux.

Au turn, je trouve le check de l'adversaire étrange. Avec cette profondeur, on peut imaginer qu'il ait envie de construire un gros pot avec une bonne main faite ou un gros tirage. Quand il check, on imagine donc qu'il veut soit check/raise à nouveau, soit qu'il abandonne un bluff complet, soit qu'il possède désormais une main à showdown value et décide de contrôler le pot. Quand il check/call, cela oriente pour moi très clairement sa range vers cette dernière option: une main faite faible avec néanmoins le potentiel de battre ce que nous représentons (Tx+, JJ+) ou un bluff de notre part.

A la river, son gros bet (quasiment la taille du pot) est donc légèrement incohérent avec ses actions précédentes. Il essaie de représenter la couleur, mais je pense qu'il aurait continué son semi-bluff au turn avec un bon tirage ou combo-draw (ou choisi un check/raise) et n'aurait pas choisi l'option plus passive du check/call. La question de l'historique récent se pose cependant: ce joueur vient juste d'essayer de nous faire un gros bluff, est-il suffisamment agressif pour en retenter un autre malgré son image déteriorée?

En pesant le pour et le contre, je me dirige donc plus vers un call (de toute façon je n'ai jamais passé une paire de ma vie! :) ).

Résultat: notre adversaire avait [7c][8d].
Félicitations à guetali pour son processus de réflexion.

A bientôt pour un nouvel exercice!