Nouveau blog d'O RLY : J'ai escaladé un volcan

Par dans

« - J'ai préparé le programme de nos vacances !
- Laisse-moi regarder. Croisière en bateau, snorkeling, visites de temples, rizières, dragons de Komodo, plages, dauphins, cascades, danse balinaise, volcans... Ça a l'air top !
- Oui, il y a un trek à faire absolument sur le deuxième volcan le plus haut d'Indonésie, ça doit être magnifique !
- Ah ?
- Bon, ça dure trois jours et ça a l'air assez dur physiquement.
- Depuis quand ça nous fait peur ? Ça me tente bien !
- Ok c'est parti !
 »

Un mois plus tard, nous y voilà.

Notre voyage débute par une croisière au confort sommaire. Durant quatre jours, nous naviguons depuis l'île de Florès jusqu'à Lombok. Malgré trois courtes nuits bercés par le roulis du bateau, le bruit des machines et l'odeur de  l'essence qui s'infiltre dans nos couchages de fortune improvisés sur le pont, nous avons décidé d'attaquer le trek du Rinjani le lendemain de notre arrivée sur l'île de Lombok. Nous arrivons en fin d'après-midi au point de départ de notre randonnée, le petit village de Senaru, à 601 mètres d'altitude. Une bonne nuit de sommeil avant d'entamer l'ascension nous fera le plus grand bien ! La chambre est spartiate, toilettes à la turque avec un grand réservoir d'eau et une petite bassine en guise de chasse d'eau, mais cela sera suffisant pour nous reposer quelques heures.

Jour 1 : quinze heures de marche

La randonnée s'apparente à monter un escalier géant de marches naturelles inégales formées par des racines. On en prend plein les cuisses. Nous finissons par sortir de la jungle. Le paysage est époustouflant, la brume s'accroche entre des sillons de verdure. On se croirait tout droit sorti de La Comté du Seigneur des Anneaux. La dernière heure devient plus difficile, la pente se fait plus raide (jusqu’à 45°) et la fatigue commence à se faire sentir. Encore un dernier effort à escalader de gros rochers et, vers 17 heures, nous atteignons finalement la crête du volcan et notre point de chute pour la nuit. La vue est splendide et, bien que nous discernions très mal le lac à travers les nuages épais, nous avons tout le loisir de contempler le sommet du Rinjani et le coucher de soleil au-dessus des nuages.

Les premiers porteurs qui nous accompagnent arrivent à peine une heure après nous. Sacrée performance pour des hommes portant sur leurs épaules deux paniers en osier contenant 30 à 40 kilos attachés aux extrémités d'un morceau de bambou... et tout ça en tongs ou pieds nus car seuls les guides ont le droit de porter des chaussures. Les autres porteurs tardent à arriver et nous commençons à être frigorifiés. Nous apprendrons plus tard que l'un d'eux avait cassé son bambou, ce qui lui occasionnera plusieurs heures de retard. Nous sommes donc les derniers à avoir nos tentes montées et à prendre notre repas. Nous filons nous coucher vers 22 heures 30 et malgré la fatigue, je ne parviens pas à m'endormir emmitouflée dans mon sac de couchage. Le vent se lève vers 2 heures du matin. La tente ploie et claque sur nos têtes. La nuit sera très courte.

Jour 2 : sauts périlleux

Malgré le froid glacial, nous trouvons la motivation pour nous lever à 6 heures afin d'assister au lever du soleil sur la caldeira, toujours emmitouflés dans nos sacs de couchage. Pas de bol, il y a des nuages et on ne voit pas grand-chose. Après le traditionnel pancake à la banane accompagné d'un bon thé pour nous réchauffer, nous amorçons la descente vers le lac Segara Anak qui est apparu il y a bien longtemps lors d'une éruption du Rinjani d'une rare intensité. Aujourd'hui, l'objectif est de descendre dans la caldeira, à 2008 mètres, puis de remonter de l'autre côté de la crête où nous rejoindrons notre deuxième campement de base à 2639 mètres, point de départ de l'ascension finale du troisième jour.



Ce matin-là, la vue sur le lac et le sommet du Rinjani est totalement dégagée et de toute beauté. Nous pouvons admirer la caldeira et le volcan actif Gunung Barujari. La descente n'est pas très difficile, mais tout de même dangereuse. Un simple moment d'inattention peut coûter très cher. La plupart des accidents ont lieu sur cette portion du trek, et pour cause, la descente consiste à sauter de rocher en rocher, de dés-escalader pendant deux heures jusqu'à atteindre les berges du lac. Arrivés au pied du lac, certains courageux n'hésitent pas à se baigner dans l'eau fraîche. Je serai plus frileuse et me contenterai d'un peu de repos au soleil. J'attendrai pour ma part d'atteindre les sources chaudes à 40°C qui se trouvent à quelques centaines de mètres de là, un moment très agréable pour détendre les muscles déjà endoloris.



Après quelques instants dans ce bain bouillonnant, nous prenons notre repas avec vue sur le lac, puis entamons la remontée vers notre deuxième camp de base. Nous arrivons au sommet en moins de deux heures sans grande difficulté, mis à part de petites frayeurs en regardant en bas à quelques endroits vertigineux. Aujourd'hui, c'est la journée ''détente'', nous sommes en avance sur le planning et nous pouvons profiter d'un magnifique coucher de soleil au-dessus de la caldeira. Le vent n'est heureusement pas au rendez-vous et la soirée, bien que fraîche, sera beaucoup plus agréable que la veille. Nous nous couchons de bonne heure après un repas mérité mais toujours aussi épicé, car nous attaquerons l'ascension du Rinjani en plein milieu de la nuit, afin de ne pas manquer le lever de soleil sur le volcan.

Jour 3, le plus dur : le mental comme dernier recours

Le réveil sonne à 2 heures et demie du matin. Je sors de ma tente vêtue de trois débardeurs superposés, d'un gros pull et d'un coupe-vent. J'ai enfilé sur mon dos tout ce que j'avais apporté, mais les faits sont là : il fait déjà très froid alors qu'il nous reste encore 1100 mètres de dénivelé à gravir sur trois kilomètres de distance seulement. Nous entamons la marche à 3 heures à la lueur de nos lampes frontales, après avoir bu un thé. Dès la première heure, nous comprenons notre douleur. A chaque pas que nous marchons dans la cendre mélangée aux pierres volcaniques, nous reculons de la moitié. On marche dans 15 centimètres de sable. Je me rassure en me disant qu'on a déjà parcouru la moitié du chemin, mais on se rendra compte plus tard que nous n'étions même pas au tiers...

Pris de maux de tête, notre guide nous abandonne à cet instant, et les six rescapés de notre groupe se remettent en marche. Certains ont décidé de ne pas monter au sommet et de faire une randonnée plus courte, d'autres ont abandonné en cours de route. Avec le peu d'endurance et le manque d'entraînement que j'ai, je commence à avoir les jambes qui tremblent et le souffle court, l'altitude n'aidant pas. Nous marchons à présent sur la crête du volcan, en file indienne, les lumières qui se suivent ressemblent à une « montée au flambeau ». Le vent se lève au fur et à mesure que nous avançons. Des chaussettes sur les mains nous protègent un minimum de ce vent glacial. Le guide nous avait prévenu : ne regardez pas en l'air, regardez uniquement vos pieds quand vous marchez, sinon vous allez vous décourager. J'ai suivi son conseil les deux premières heures, mais ensuite, difficile de ne pas regarder où nous en sommes. Je suis exténuée. Je suis sans aucun doute la personne qui a le moins de condition physique dans notre groupe. Les autres ont d'ailleurs pris de l'avance. Je tombe de fatigue. J'ai même essayé d'avancer à quatre pattes après m'être laissée tombée une fois de plus, mais cela me semblait encore plus fatiguant. Je n'arrive plus à mettre un pied devant l'autre. Je m'arrête presque à chaque pas. Je suis à la limite de pleurer. Le guide nous l'avait également dit, lors de la dernière partie, ce sera votre mental qui vous fera arriver au bout ou qui vous lâchera. Heureusement, à aucun moment j'ai pensé que j'allais abandonner, j'étais persuadée de réussir. Si j'avais douté, je n'aurais pas pu aller au bout. Je ne suis peut-être pas au point au niveau de la condition physique, mais au niveau du mental, j'ai la volonté et je sais que j'y arriverai.

La dernière heure, on regarde le sommet s'approcher, mais on a l'impression de ne pas avancer. C'est sans fin et le froid n'arrange rien. Le jour commence à se lever, cela me permet de mettre un dernier coup de fouet après un passage où je n'avançais presque plus. La perspective d'avoir fait tout ça pour au final rater le lever de soleil me donne l'ultime regain d'énergie dont j'ai besoin. Au bout de trois heures et demie, à bout de forces, nous finissons par atteindre le sommet, quinze minutes après le lever de soleil. C'est la chose la plus difficile que j'ai accomplie dans ma vie, mais quelle satisfaction d'avoir réussi ! Nous profitons de la vue imprenable sur le volcan, le cratère, le lac et les îles environnantes, le temps de prendre quelques photos et, après une courte pause à l'abri du vent, nous nous remettons rapidement en route car le froid nous glace le sang. Il fait environ 5°C alors que nous sommes habitués à 30°C de plus. Mais le plus dur est fait.



Victoire !



Il nous reste alors environ 9 heures de descente pour rejoindre le village de Sembalun Lawang, à 1158 mètres d'altitude. La descente jusqu'au camp est bien plus drôle que la montée, nous pouvons glisser dans les cendres, en faisant bien attention de ne pas risquer de tomber d'un côté ou de l'autre de la crête. Maintenant qu'il fait jour, nous découvrons tout ce que nous avons gravi dans le noir. Le chemin fait en moyenne entre 2 et 4 mètres de largeur, avec des précipices de part et d'autre, plus ou moins abrupts selon l'endroit. Si vous avez le vertige, abstenez-vous !

Deux heures plus tard, nous rejoignons notre camp à 2 639 mètres, félicités par ceux qui n'ont pas fait la montée par un... pancake à la banane, des fruits et des biscuits. Après un peu de repos au soleil, il nous faut déjà repartir : la journée est loin d'être finie. Il est à peine 9h du matin, nous avons déjà marché 5h et demi et il nous reste encore environ 7 h de descente pour atteindre le village. Le début de la descente dans la forêt est dur, très pentu (jusqu'à 50°!) et extrêmement poussiéreux. Puis au bout de quelques heures, la pente s'aplanit et nous arrivons dans les plaines pour finir par une balade qui nous mènera des champs jusqu'au village. Au final, nous aurons marché 35 km et grimpé plus de 3700 mètres de dénivelé positif.

Tout le monde est épuisé. Il nous reste une dernière épreuve : rester assis 1h20 à l'arrière du pick-up qui nous ramène à notre point de départ pour récupérer nos affaires laissées trois jours plus tôt. Nous arrivons à Senaru et grimpons dans un taxi juste à temps pour attraper le dernier bateau public en partance pour Gili Air, petite île paradisiaque au large de Lombok, où nous pourrons prendre notre première douche en trois jours et profiter de quelques jours de repos bien mérités, avec une belle vue sur le Rinjani...


O RLY

Une des premières vraies terreurs au féminin de la nouvelle génération. Un talent fou de choc et de charme !

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