Mes débuts sur le circuit live...

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Les premiers voyages, pour ne pas dire aventures, terme qui serait plus adéquat tant les galères et anecdotes ont été nombreuses, sont ceux qui marquent le plus. On se souvient toujours plus de la première partie jouée que de la centième...  Les bons souvenirs (les mauvais aussi) associés au poker ne proviennent  pas uniquement des victoires et de l'argent gagné mais également et surtout des voyages, des découvertes, des expériences, des rencontres. A l'époque où je commençais à parcourir l'Europe et même le monde entier  pour jouer mes toutes premières parties live, âgé de seulement 18 ans, avec un anglais très approximatif, je n'étais pas connu du tout si ce n'est un peu par mon pseudo « SUPEROGER47 ». Mais personne ne savait à quoi je ressemblais et c'est donc dans l'anonymat le plus total que je me rendais à différentes destinations. Et je dois dire que cela aide à faire des rencontres parfois insolites dans un cadre assez atypique (dans des villes comme Macau ou Manille par exemple). A travers plusieurs articles, je vais vous raconter chacune de mes « péripéties » agrémentées de quelques anecdotes. Commençons par le commencement avec ma première destination poker : Dublin.

L'Irish Open [part I]

Nous sommes en décembre 2008 quand, par le biais d'un 20$ rebuy sur internet, je décroche un package d'une valeur de 6 000$ pour l'Irish Open de Dublin de mars 2009. A cette époque je suis étudiant en faculté d'économie à Bordeaux et je n'ai encore jamais joué en live. Je commençais depuis quelques mois à dégager des profits réguliers sans même encore imaginer pouvoir vivre du poker : plus que la valeur du package, c'était la possibilité de voir par mes propres yeux à quoi ressemble une grande compétition de poker  professionnelle qui m'intéressait. Voir les joueurs pros que je vois régulièrement dans Card Player Magazine, sentir l'atmosphère de la salle de jeu, toucher des jetons et des cartes en vrai et pourquoi pas tenter de décrocher le gros lot (tout de même + de 600 000 € pour le vainqueur, pas mal quand on dort dans un appartement en cité universitaire de 9m² et que l'on mange des kebabs et des pâtes tous les jours).

C'était un grand événement pour moi et il était donc hors de question de laisser la place au hasard. Je devais « m'échauffer » avant le grand bain. J'ai donc fait mes premières armes dans un petit casino à environ 60km de Bordeaux, à Gujan Mestras : un casino très cosy où l'ambiance est vraiment excellente. C'est avec des amis de Bordeaux, Floran, Bruno et Etienne (deux étudiants et un vendeur de rose à l'époque) que je me rendais de temps en temps au casino. Le poker venait tout juste d'être autorisé. Pas de tournoi proposé à ce moment-là, seulement des cash game. Blindes 2€/4€, 400€ de cave, sans rebuy. C'est parti. La pression était à son maximum. Je me souviens de la première main que j'ai jouée : AJ. J'avais relancé, j'ai été suivi deux fois. Sur un flop hauteur valet, mon adversaire avait décidé de prendre l'initiative et, après une longue réflexion, je décidais de le relancer, prenant une poignée de jetons de manière approximative et tremblotante. Je me souviens que mon adversaire, beaucoup plus expérimenté que moi a décidé de jeter sa top paire trouvée au flop en déclarant : « c'est la première fois que tu joues non ? Je ne te vois pas capable de bluffer ici, je couche rarement une main aussi forte mais là... je passe » (en prenant soin de me montrer le valet). J'ai compris à cet instant que le chemin était encore long, et que j'avais un gros travail à faire notamment sur la dissimulation de mes émotions.

J'ai décidé avant de partir pour Dublin de faire une escale à Paris et d'en profiter pour jouer un ou deux tournois au cercle Wagram, malheureusement fermé depuis, accompagné des mêmes Floran et Bruno. Ce voyage était très excitant pour tous les trois. Rien que la perspective d'aller passer quelques jours à Paris nous réjouissait, alors celle d'avoir la chance de se retrouver autour d'une table de poker, au sein d'un cercle de jeu aussi emblématique qu'était le cercle Wagram, c'était déjà fabuleux.

Malheureusement, cette année-là, les cercles de jeux parisiens venaient d'instaurer la cotisation. Sans elle, impossible de jouer. Et elle était de 100€ par personne, ce qui n'est pas donné pour moi qui n'avait pas de bankroll live, et encore plus pour mes amis qui ne roulaient pas sur l'or. J'avais pour plan de jouer le 300€, tournoi d'ouverture de la série « Wagram saison IV ». Je me rendis à un distributeur muni de ma carte Visa Electron pour retirer de l'argent. Le problème ici, c'est ma carte bancaire. Les détenteurs de ce type de carte savent très bien que les marges de manœuvre sont réduites. J'ai donc très vite atteint mon plafond et n'avais même pas les 300€ nécessaires à l'inscription du tournoi, et encore moins les 100€ de la cotisation. C'est mon ami Floran qui me dépanna en réussissant à retirer ce qui était une grosse somme pour lui : un peu plus de 100€. C'est donc avec environ 350€ que je me rendis au cercle avec l'intention de négocier ma cotisation en invoquant entre autre le fait que je suis juste de passage. Coup de bol : personne ne me la demanda. Je pouvais donc m'inscrire au tournoi et acheter au passage un sandwich histoire de ne pas mourir de faim pendant le tournoi. Pendant ce temps-là, mes amis jouaient en cash game.

Premier double up dans ce tournoi : muni d'une paire d'as, mon adversaire avait essayé de me bluffer, perdant au passage la quasi-totalité de ses jetons. Je me souviens qu'il déclara « je ne sais pas pourquoi j'ai fait ça, j'ai voulu t'impressionner, peut-être parce que t'es jeune ». Peu importe les justifications invoquées, les jetons étaient bien de mon côté. Un peu plus tard pendant le tournoi, je croisais une jeune « lame » déjà aiguisée : mon ami Yann Brosolo, très bon joueur de tournoi qui a récemment fait demi-finale de l'EPT Prague (pour la seconde fois après 2009). Il m'a avoué bien après le tournoi m'avoir 3-bet avec un petit Q9 (ou une main similaire) à un moment donné. Mais c'est papa qui a eu le dernier mot en l'éliminant après avoir payé sa mise à tapis avec 66 sur un flop 532 (après une longue réflexion quand même). Pour la petite histoire, il me semble qu'il avait AQ. A chaque pot gagné, je me levais de la table en serrant le point et je courais vers mes amis pour leur raconter mes coups joués. Ce tournoi se termina par un deal à 3 avec Gerard Zetoun et un autre habitué des cercles parisiens. Me voilà avec donc presque 5 000€ (en coupure de 20€ uniquement, ce qui fait une sacré liasse) en cash. Inutile de vous décrire ma joie à l'issu de ce tournoi, ni même celle de Bruno et Floran qui étaient restés au cercle pour suivre cette fin de tournoi haletante. Une fois l'euphorie (légèrement) tombée, la faim commença à taquiner nos estomacs et le repas de la victoire fût donc une crêpe salée (probablement la crêpe la plus chère de ma vie) sur les champs Elysées.

Le lendemain, je me rendis à nouveau au cercle Wagram, et là, surprise, on me demanda ma cotisation. Cette fois-ci, pas nécessaire de négocier et c'est même avec plaisir que je m'acquitta du montant demandé. Je décida de jouer le 500€ du soir mais, contrairement à la veille, je fus exclu du tournoi très rapidement, décidant à tort d'engager la totalité de mes jetons sur un baby flop avec une paire de Rois : mon adversaire avait payé mon 3bet avec 53 et a réussi à trouver deux paires au flop. Je peux vous dire que cela m'a servi de leçon (ne pas surestimer une over paire en début de tournoi) car il n'y a rien de plus frustrant que de sauter prématurément quand on n'a rien d'autre à faire. J'ai un de mes amis qui justement a réussi à se qualifier pour cet event. C'était donc à mon tour de patienter autour du bar en attendant que la partie se termine.

L'Irish Open [part II]

Fin de l'épopée parisienne. Il était temps pour moi de prendre l'avion (pour la première fois) direction Dublin. Pour faire des économies, j'avais réservé un billet Ryanair. Mon avion partait donc de Beauvais et non pas de Paris. C'est sans avoir dormi que je pris le train Paris-Beauvais. Après avoir pris un taxi de la gare de Beauvais, me voici à l'aéroport, impatient comme jamais. Pour ma première en avion, j'avais décidé de mettre toutes les chances de mon côté afin d'être sûr de ne pas le rater en arrivant... 25 minutes en avance sur l'heure du décollage. Mon premier  avion fut aussi mon premier vol raté, le premier d'une longue liste. Mes amis ont beau m'appeler « El PDG », je suis néanmoins fâché avec les horaires et je mérite amplement le titre de « roi de la non-ponctualité ». Trains, avions, bus... je ne compte plus. En arrivant avec 25 minutes « d'avance », je pensais être large dans le sens où je considérais que prendre un avion c'était comme prendre un train. C'était sans compter sur les procédures d'embarquement (check-in, contrôle de sécurité...).

Je pris donc un billet pour le prochain vol à destination de Dublin qui était dans... plus de 11 heures. Me voilà donc obligé de patienter tout ce temps dans un aéroport peu moderne et mal chauffé, sans avoir dormi, avec plus de 4 000€ sur moi en coupure de 20... Ma « nuit » de sommeil s'est donc déroulée sur des sièges métalliques gris des plus inconfortables. Je m'endormis, assis, les bras serrés autour de mon sac de voyage contenant le magot comme si à chaque instant quelqu'un pouvait s'en emparer. Après avoir dormi tant bien que mal quelques heures et grignoté une part de pizza ainsi que quelques gâteaux secs, le moment était venu d'embarquer. L'excitation était à son comble. Ma première fois en avion s'est très bien passée. Je me souviens même d'avoir applaudi à l'atterrissage tout comme la colonie d'ados irlandais qui partageait cet avion (d'ailleurs il faudra que l'on m'explique un jour pourquoi les gens applaudissent à l'atterrissage comme si c'était un exploit que l'avion arrive entier à bon port).

C'est dans le taxi qui m'amena à l'hôtel que j'ai pu mettre en pratique tout ce que j'avais appris en classe d'anglais pour la première fois de ma vie. Et même si je peux me réjouir d'avoir eu un excellent professeur durant la fin du secondaire, mes premiers pas furent néanmoins compliqués, la conversation hachée pleine de « can you repeat please » ou de « I'm sorry I don't understand ».

C'est au City West Hotel de Dublin que je pris part à mon premier évènement majeur. Ce fut pour moi l'occasion de rencontrer pour la première fois Pascal Perrault, Thomas Fougeron, Guillaume Darcourt ainsi que les deux reporters de l'époque : Pierre et Manu. Je me souviens avoir partagé un repas avec tout ce beau monde. J'étais très intimidé, je n'osais pas parler. Imaginez : vous achetez votre magazine de poker comme chaque mois, vous rêvez en lisant tous les articles, les comptes-rendus de tournois, les interviews des joueurs stars. Et la semaine suivante, vous vous retrouvez à leur table, vous partagez une bière avec eux et vous racontez vos coups, et eux les leurs. C'était très excitant.

Le Main Event ne s'est pas spécialement bien passé pour moi : j'ai bust au dernier level de la journée  (deux paires 97 contre quinte sur 987 si ma mémoire est bonne). Ce n'était pas bien grave, il y avait quelques side qui se profilaient à l'horizon et les tables de cash game tournaient toute la nuit. Parmi les side event, il y en avait un qui me faisait particulièrement rêver : c'était un 1 500€ NLH. Un peu trop cher pour ma toute jeune bankroll live. Pas grave, je décidais d'aller voir du côté des tables de cash. Pour la première fois de ma vie (live et online) je m'assis à une table de PLO. Je devais à peine connaître les règles et répétais dans ma tête « Tristan, tu n'as le droit d'utiliser que deux cartes, seulement deux ! » Je posais 200€ (il s'agissait d'une 1€/2€) et la session fut particulièrement fructueuse puisque je repartis avec pas moins de 1300€. 1100€ de bénéfice donc, après avoir gagné un pot 3way à 1000€ avec comme main finale une... top paire. Il n'en fallait pas moins pour me décider à m'inscrire au 1500€, tournoi que j'avais l'intention de jouer à la vie, à la mort. A suivre...