Insomnies à Macao

Par dans

Dimanche 26 octobre. La grande étape du Winamax Poker Tour à la Grande Halle de la Villette prend fin. Après un week-end passé à jouer au poker, prendre des photos avec des fans, et disputer des parties de FIFA, mon premier WiPT à Paris se termine. Il est temps de souffler… ou pas. Je viens enfin de me décider à prendre mes billets pour aller jouer les ACOP (Asian Championship of Poker) à Macao.

Davidi a réussi à m’avoir à l’usure pour me convaincre de l’accompagner. Soyons honnêtes, l’idée d’y aller trottait déjà dans ma tête depuis quelques temps. Mais vu le calendrier chargé et donc les nombreux déplacements qui m’attendaient pour le mois de novembre, avec deux étapes du WiPT et un WPT à Nottingham, je ne m’étais toujours pas décidé, craignant le burn-out.  Seulement, comment résister à l’idée de pouvoir manquer ces tournois avec un field intéressant et des droits d’entrée élevés, et donc des dotations affriolantes ?

A l'assaut de Macao

Je pars donc le jeudi 30 octobre sur un coup de tête. Destination Macao, en passant par Hong-Kong, pour aller jouer le Main Event et le High-Roller des ACOP, ainsi que les juteuses parties de cash game locales. Car oui, Macao est surtout connu dans le monde du poker pour ses parties de cash game super high stakes aux enjeux délirants, où les protagonistes jouent régulièrement des pots à plusieurs centaines de milliers d’euros. Plusieurs stars du poker comme Tom Dwan, Patrick Antonius ou Sam Trickett, faisaient figure d’explorateurs de ce nouvel eldorado, et certains s’y sont même installés durablement. A ce petit jeu, si vous suivez l’actualité du poker, certains de mes amis y sont régulièrement pour jouer ces grosses parties. C’est donc par ailleurs l’occasion de les retrouver.

Heureux hasard, je suis dans le même vol que mon pote Romain, qui revient lui aussi de France et retourne à Macao. Le voyage paraitra moins long. Après tout de même 13 heures de vol, nous prenons le ferry depuis l’aéroport de Hong-Kong, en direction de Macao. La compagnie du bateau récupère directement nos bagages et nous les livre une fois arrivés, ce qui est très pratique.

Un air de déjà-vu

Mon dernier séjour à Hong-Kong remontait à juin 2010, vers la fin de mes études, où j’avais gagné un « Business Challenge » avec quatre autres étudiants de mon Master, avec à la clé comme récompense une semaine de voyage tous frais payés dans la province chinoise. C’était d’ailleurs mon tout premier séjour en Asie, avant les nombreux autres qui ont suivi, une fois mes études terminées et mon choix de devenir joueur pro.

A l’époque, j’avais eu l’occasion d’effectuer des visites en tous genres, mais la ville ne m’avait pas vraiment charmé, notamment à cause de l’air irrespirable (en raison du taux d’humidité très élevé à cette période) et de l’agitation incessante dans les rues de la ville. Mais le dépaysement avait été total. La vie nocturne était très active et beaucoup plus fun que les activités de jour. Entre soirées arrosées la nuit et visites le jour, nous avions alors décidé d’aller passer une journée à Macao. Si mes amis avait préféré découvrir la ville, je m’étais de mon côté logiquement dirigé vers le gratte-ciel Grand Lisboa, pour aller jouer en cash game dans la plus grosse room locale de l’époque. Je n’avais pas beaucoup d’argent sur moi et m'étais contenté de jouer à des limites assez basses, mais je n’avais pas été déçu par le niveau de jeu local… Cela avait donc été ma première et dernière expérience en date de Macao. Et je n’avais pas vu grand-chose de la ville, trop pressé d’aller toucher des jetons et découvrir le niveau de jeu des joueurs chinois.

Repos, sport et... poker !

Quatre ans plus tard, me voilà donc de retour ! Et même si je sais plus ou moins à quoi m’attendre, cette excitation de redécouvrir Macao est bien présente. Surtout que la ville s’est évidemment bien développée. La première chose que j'aperçois depuis le ferry, c’est cet immense pont en construction pour relier Hong-Kong à Macao. Le mot immense ne lui rend pas honneur, tellement ce projet paraît titanesque. Il deviendra une fois terminé le pont maritime le plus long du monde.

Une heure plus tard, nous voilà enfin arrivés. Romain meurt d’envie d’aller jouer et va vraisemblablement se diriger rapidement vers le Wynn. Il n’a pas dû lire mon dernier blog ! Ou peut-être a-t-il tout simplement la chance de bien dormir en avion… Direction Cotai pour moi - une baie au Sud de la baie principale de Macao qui a son propre « Strip » - où mon hôtel se trouve. Les chantiers de construction y sont toujours nombreux, et les nouveaux hôtels poussent comme des champignons, signe de la forte croissance de la zone au cours des dernières années.

Le Main Event ne démarre que mardi. Mon plan pour les jours suivants est donc de me reposer un peu pour récupérer de ce bon vieux jet-lag, faire du sport et jouer en cash game au Wynn. Une fois là-bas, les parties sont agréables et mes première sessions se passent bien. Mais impossible de grinder tranquillement pour autant, la faute à Davidi qui se retrouve toujours en table finale ! Je me rends donc dès le dimanche au complexe City of Dreams pour aller supporter notre Belge préféré, qui sera malheureusement assez vite éliminé, en 8e place, par l’inarrêtable Daniel Colman. La performance est tout de même belle pour un premier shot dans un Super High Roller.

Un Main Event raté

Les jours se succèdent et le Main Event approche à grands pas. J’ai dû mal à dormir depuis quelques jours, sans vraiment savoir pourquoi. Je ne peux pas vraiment me coucher tôt le soir, car les parties de cash game finissent généralement tard, mais surtout parce que le Main Event démarre à 18 heures… Autant vous dire qu’il vaut mieux être un peu décalé quand on doit être préparé à jouer jusqu’à 3 ou 4 heures du matin. Décalé, je le serai le jour J. Dormant de 2 heures à 6 heures du matin, puis n’arrivant pas à me rendormir jusqu’à 11 heures où je décide de retourner dans mon lit. Mais ma chambre a beau être au 32e étage, le chantier d’à côté est trop bruyant pour espérer se reposer. Les boules Quies ne suffisent pas et le tilt commence lentement à monter… Je finis par demander à changer de chambre à la réception de l’hôtel qui s’exécute. Et parviens tant bien que mal à dormir une petite partie de l’après-midi.

En faisant mon entrée dans le tournoi, aux alentours de  20 heures, je me sens clairement diminué, et dans une toute petite forme. Mon objectif est donc de jouer le poker le plus simple possible et d'arriver au Day2 en meilleure forme. Je fais toutefois quelques erreurs, et la réussite n’étant clairement pas présente, je finis par me faire éliminer au bout de quelques heures…
Forcément déçu, car je n’ai pas pu jouer mon A-game dans ce beau tournoi, j’essaie de rester positif en pensant aux parties de cash game et au High Roller sur lesquels je pourrai me rattraper.

Je reprends donc le grind les jours suivants. Et cela se passe plutôt bien. Avant que je finisse par perdre le plus gros pot que j’ai jamais joué en cash game. Un pot de 600BB sur une table aux blindes à 50€ et 100€…  Un setup où je suis presque en flip. Je ressasse forcément pendant un moment ce coup, ce qui ne m'aide pas à mieux dormir.

Place au High Roller

Le High Roller est déjà le lendemain. Et pour me changer les idées, je pars jouer un satellite avec mon ami Nicolas Cardyn. On parvient à atteindre la table finale, et ainsi espérer jouer en freeroll le High Roller. Mais l’on ne réussira pas à décrocher l’un des rares tickets en jeu. Peu importe, le tournoi a lui déjà démarré, et vu le field, je me dirige directement vers le cashier pour m’inscrire. Ma table est cependant ce qu’il y a de plus sharky en la matière : Dan Smith est là, mais aussi Philip Gruissem, Sam Trickett et Chance Kornuth… Je gagne très vite un énorme pot en attrapant un bluff de ce dernier qui a envoyé un 3-barrels avec une simple paire. Je joue plutôt bien et suis serein. Et cela se passe très bien malgré le niveau très relevé de ma table. Malheureusement, quelques heures plus tard, je perds un énorme pot à tapis pré-flop contre Trickett, qui aurait pu me faire passer à trois fois la moyenne, avec As-Roi contre As-10 chez lui et As-9 chez un autre joueur. Il me reste des jetons et je survis un moment, avant de finalement perdre le reste de mon tapis, rattrapé par la structure assez turbo du tournoi, à la suite d’un micro setup - As-Dame dominé par As-Roi. Le séjour à Macau ne sera donc pas profitable !

De son côté, Davidi décide de faire une table finale supplémentaire. Je suis donc dans le rail, pour un moment, car les organisateurs ont décidé de revenir deux niveaux en arrière au début de la finale afin que cela ne ressemble pas trop à une boucherie. Cela me permet de sympathiser avec un Québécois qui vit au Japon et joue régulièrement au poker et de revoir  un ami à moi, résident de Hong-Kong, qui nous rejoint au casino. Davidi finit malheureusement par chuter, vers 4 heures du matin environ, ce qui achève plus ou moins notre soirée. On va quand même manger un bout avant de se coucher et on refait le match en parlant de quelques mains de sa finale... Lorsque je rentre à ma chambre, il doit bien être 6 heures. Mon vol retour à Hong Kong est  à 15 heures. La nuit va être courte.


Loosli

En 2013, Sylvain est rentré dans l’histoire du poker tricolore en accrochant la 4e place du Main Event des championnats du monde. Le début d'un parcours d'exception au sein du Team Winamax.

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