Garder du plaisir (2/2)

Par dans

Suite de l'article «Garder du plaisir (1/2) »

Jour 2 du Winamax Poker Open de Dublin. Fort d'un gros tapis et en pleine confiance,  je commence à regarder de plus près la structure : 304 joueurs restants (sur 818 au départ), 84 payés. Le plan A est de profiter de mon gros stack pour écraser la bulle. Faute de quoi le plan B est de ne pas faire de conneries. Le plan C se trouve au bar. Problème potentiel : je me retrouve toute la journée à une table piège avec de sacrés personnages, également munis de gros tapis. Présentation.

- En face, Toufik joue son premier tournoi live, mais il n'est pas venu faire de la figuration. Il me sur-relance à la première occasion, et sa poker face est impeccable derrière un costume assez déroutant dans un style « Ali G aime le rouge ».

- A ma gauche, un ingénieur qui me montre des photos de ses enfants tout en m'expliquant qu'il est intimidé de jouer à ma table, ou encore qu'il ne veut pas sauter avant la bulle. Le croyant de bonne fois, je m'attends à lui rouler dessus... Mais le bonhomme est-il crédible ? Floating, 3bet sur mes ouvertures, relance premier de parole, tout y passe... J'ai l'impression d'être le pigeon de service !

- A ma droite, un joueur qu'on ne présente plus : Le King de St-Tropez. Pardon, je prononce mal : Le KIIING de Saint-Trrrrrrrrrrrropez ! Plagiste de profession, blagueur infatigable et imprévisible, il n'a pas son pareil pour animer une table. On l'appelle ainsi car il aime bien défendre n'importe quel Roi (oui, oui, K5, K2... TOUS !). Attention il se fait passer pour un rigolo (notamment car c'en est un !) mais il n'est pas là (que) pour plaisanter.

Je l'ai vu faire un fold incroyable sur un flop hauteur Dix avec deux As en main (il squeeze, seul le payeur suit, le King mise au flop puis passe sur la relance à tapis)... Étrangement, la suite du tournoi semble lui donner raison : l'adversaire en question n'était pas du genre à faire tapis à la légère, mais alors pas du tout ! Impossible de savoir s'il était véritablement derrière sur ce coup, mais clairement un joueur qui sait faire confiance à ses lectures autant pour bluffer que pour passer un gros jeu. J'aime.

Je tire mon épingle du jeu à cette table piège sans néanmoins éviter quelques montagnes russes. Pour faire simple : je gratte des petits pots à la table puis donne des jetons à l'ingénieur. Sick. « J'ai vraiment beaucoup de jeu contre toi » me dit-il... Ben voyons !

Après quelques heures de jeu, nous passons en table télévisée. Ce changement semble crisper un peu la table, d'autant plus que la bulle approche. Je m'engouffre dans la brèche et me mets cette fois à dominer la table de la tête et des épaules, avec notamment un bluff en deux barrels, bien exécuté sur un flop hauteur As contre Toufik... qui passe As-Dix face en l'air. Désolé !

L'entrée dans l'argent et l'arrivée de Mikedou ne changent rien à la dynamique, même si je dois ralentir un poil pour ne pas qu'il parte en chasse contre moi.

Plus que 40 joueurs sur les 818 de départ.

Je remonte brièvement dans le Top 8 avec un tapis de 500,000 jetons et commence à sérieusement penser à la victoire ! Hélas, en fin de Jour 2, je perds un coin flip tout ce qu'il y a de plus classique pour un pot énorme, et tout est à refaire. Pour ne pas arranger les choses, l'ingénieur se remet à me narguer en jouant à l'envers. Par exemple, cette main où il slowplay une paire de Rois en petite blinde, puis check-raise à tapis sur un flop hauteur As. Je passe mon [Ts][7s] sans regret, mais y laisse quelques plumes alors que les blindes commencent à coûter très cher.

La dernière main du jour 2 est un peu folle : Le King fait un travail psychologique de dingue pour obtenir de l'action avant le flop contre l'ingénieur. Ça marche : il se retrouve à tapis contre paire de Sept avec... les Rois ! « Les Kings, mes amis, les Kiiiiiiiings ! » s'exclame-t-il.

Malheureusement pour lui et pour le spectacle, mais tant mieux pour la petite famille de l'ingénieur, le destin était farceur et fait apparaitre un Sept sur le tableau. Le Roi est mort, vive le Roi !

Le lendemain sera surtout composé de houblon pour moi : shortstack, avec un gros tapis à ma droite et un gros tapis à ma gauche... J'étais dans un étau ! Moins d'un tour suffira à me faire sauter autour de la 30ème place sur un coup sans intérêt (quoique mon adversaire ait apprécié). Le temps de remercier tout le monde pour leur super accueil et d'offrir des Guinness bien méritées aux alcooliques du banc de presse, et je reprenais l'avion pour San Remo avec l'impression du travail bien fait et surtout avec beaucoup de bons souvenirs dans les valises.

Je ne savais pas encore que j'étais sur le point d'observer l'exploit tant mérité de Ludo ! Exploit qui confirme ce que je me disais déjà en repartant de Dublin : que ce soit pour déconner ou pour la compétition, je suis vraiment fier d'être dans ce Team Winamax ! Anto va nous manquer, c'est sûr, mais les « nouveaux » sont là pour nous obliger à nous remettre en question sans cesse et continuer à kiffer ce jeu... Quel pied !