Faire ses premières armes

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Que ce soit sur le circuit ou sur les réseaux sociaux, des joueurs novices ou débutants confirmés, voulant franchir un palier, viennent souvent me demander des conseils. Les questions sont multiples et variées : quel format de jeu dois-je privilégier ? Live ou online ? De quelle bankroll ai-je besoin ? Comment progresser ? Je vais essayer dans ce blog de donner mon opinion à travers mon expérience personnelle sur comment faire ses premières armes.

Comment débuter ?

Il y a autant de manière de faire ses débuts que de joueurs de poker, et il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon de débuter tant que vous restez dans vos limites financières.

J’ai appris à jouer en regardant mon « binôme » au sein du Team, Michel Abécassis, commenter les WSOP sur RTL9. J’avais ensuite déposé mes 50 premiers euros sur Winamax un dimanche soir à 20 heures. Quand j’ai vu le lobby s’ouvrir avec tous ces tournois, j’étais aux anges ! J’ai alors fait une nuit blanche avant d’aller travailler le lendemain. Rarement une photocopieuse n’aura imprimé autant de feuilles avec des statistiques de jeux de cartes et de calculs d’équité que ce jour-là. Je suis rentré  et ai rejoué jusqu’à 3 heures du matin. C’était sans doute un peu excessif, mais je me dis que si je me retrouve à écrire ce blog aujourd’hui, c’est probablement qu’il n’y pas de fumée sans feu. J’ai ensuite passé plus d’une année à tout tester : tournois, sit&go, cash game, heads-up, avec bien entendu la volonté de gagner, de monter un peu la bankroll et de progresser, mais surtout l’envie de m’amuser.

Ce que je retiens de cette période, c’est que les premiers mois où vous jouez servent à cerner les affinités que vous avez avec ce jeu, votre degré de passion et ce que vous en attendez. Mais la notion de plaisir doit être la principale motivation.
 
Au bout d’un an et demi, j’avais un peu plus envie de privilégier l’aspect compétition et ai donc décidé d’essayer de monter une vraie bankroll. Le hic, dont je ne me suis rendu compte qu’après coup, c’est que je n’avais strictement aucune notion sur comment y arriver. J’ai commencé à jouer des sit&go à 30€ et du cash-game heads-up en NL 100 avec 600€ de bankroll, le tout en n’étant clairement pas au niveau techniquement.

Le problème, c’est que vous ne pouvez pas décider de monter une bankroll du jour au lendemain. L’un des charmes et particularités du poker, c’est que vous pouvez vous retrouver demain assis à la table du champion du monde, un joueur débutant peut d’ailleurs même devenir champion du monde avec beaucoup de réussite. C’est pour cela que lorsqu’on nous demande des conseils, cette question revient très souvent : « je veux monter une bankroll, qu’est-ce que je dois faire ? ». La réponse est : comme dans n’importe quel domaine, pour progresser et atteindre un certain niveau, il faut travailler à moyen terme. Vous n’allez pas gagner cinq classements au tennis ou réussir votre Bac du jour au lendemain, juste parce que vous l’aurez décidé la veille.

C’est pourquoi il est intéressant à un certain moment de se demander pourquoi vous jouez.

Vos objectifs

ll ne s’agit pas de discuter ici de l’ambition de passer professionnel, ceci est propre à chacun, et le jour où cette question méritera de se poser, vous aurez suffisamment de recul et d’éléments personnels pour y répondre.

Simplement, comme pour n’importe quel loisir, après un certain laps de temps, votre rapport au jeu change quelque peu. Si vous en arrivez au stade où vous vous demandez quelle variante choisir par exemple,  il est intéressant de vous demander si vous jouez par pur plaisir, par envie de compétition et de progresser ou par envie d’arrondir vos fins de mois. Il n’y a bien évidemment pas de bon ou mauvais objectif et les trois vont de pair. On prend plus de plaisir lorsque l’on progresse et gagne, il est dur de progresser si vous ne prenez pas de plaisir et vous ne gagnerez pas d’argent si vous ne progressez pas. Cependant, un objectif prend souvent le pas sur un autre, et si vous vous retrouvez au stade de demander des conseils, il est essentiel de savoir lequel est primordial pour vous.

Si vous jouez uniquement par plaisir, c’est assez simple, continuez à jouer comme vous avez envie, mais n’oubliez pas que cela peut quand même être sympa d’essayer de progresser si vous ne voulez pas vous lasser.

Si vous voulez arrondir vos fins de mois, sélectionnez la variante dans laquelle vous êtes le plus à l’aise et correspondant  à votre emploi du temps, mais sans plaisir et envie de progresser, cela ne peut être un objectif viable à moyen terme.

Si vous jouez pour la compétition, il faut travailler son jeu si vous voulez devenir meilleur.

Au final, la notion de progression me semble tout le temps présente dans ce jeu, et c’est bien logique. Le poker est certes un jeu de cartes et un jeu de hasard, mais c’est aussi un jeu cérébral. Et la plupart d’entre nous ont toujours envie de prendre la bonne décision lorsqu’ils disputent un coup. Or, il y a mille façons de jouer un coup, pire, on n'est jamais certain d’avoir pris la bonne décision. C’est ce qui rend ce jeu si prenant et insupportable dans le même temps. Mais on peut essayer de se rapprocher de la bonne décision en progressant.

Quels outils pour progresser ?

Suite à l’essor du poker, beaucoup de contenu pédagogique est apparu sur internet, et le niveau moyen du joueur du poker a clairement augmenté. Les c-bets (mises de continuation) et les 3-bet lights sont désormais au joueur de poker ce qu’un bilan et un compte de résultat sont à un expert-comptable.

Jouer ne suffit plus pour progresser, il faut accorder un certain temps à la réflexion en-dehors du temps de jeu. L’une des meilleures manières de progresser restera toujours l’échange avec d’autres joueurs : si vous n’avez pas un cercle proche de joueurs ayant votre niveau, de nombreuses associations locales existent désormais, mais aussi des forums tels que Clubpoker, Wam-poker ou Twoplustwo pour les anglophones.

Concernant les livres, je n’en ai pas en particulier à vous recommander. Par contre, regarder des vidéos pédagogiques sur internet comme celles proposées dans la Poker school sur Winamax me semble excellent pour voir le processus de réflexion à adopter sur une série de coups ainsi que les différents styles de jeu que vous pouvez embrasser.

Je pense qu’il y a deux « étages » dans l’apprentissage au poker.

D’une part, il faut disséquer, décortiquer dans le moindre détail certaines mains jouées, explorer toutes les options que vous aviez dans ces mains.

D’autre part, il faut une vision d’ensemble de votre propre jeu et c’est probablement l’aspect le plus intéressant et le plus difficile car cela exige du recul et une qualité d’introspection. Pour cela, il est difficile de donner une recette en quelques lignes, chacun doit trouver sa façon de fonctionner. Etes-vous trop agressif ou trop tight à un moment donné d’un tournoi ? Arrivez-vous à changer de rythme ? Avez-vous conscience de votre image ? Changez-vous d’approche mentale à un moment donné ? Un coach ou quelqu’un vous suivant régulièrement pourra vous conseiller là-dessus, mais la réponse finale à vos questions proviendra bien souvent de vous-même.

Un joueur est venu me voir à La Villette et m’a dit : « je ne sais plus quoi faire, j’arrive souvent dans l’argent dans mes tournois mais ne parviens plus à faire Top 3 ». Sans savoir comment il joue, je peux juste essayer de lui poser les bonnes questions :
-    Prends-tu assez de risques avant la bulle ?
-    As-tu trop peur de sauter une fois dans l’argent, modifies-tu ta façon de jouer?
-    Quelle est la part de variance ?
-    Ne fais-tu pas une fixation sur le fait que tu retiens trop souvent les fois où tu sautes un peu avant le Top 3 ?

C’est bien sûr lui qui a les réponses à ces questions, mais il ne parvenait pas vraiment à y répondre. Je lui ai alors dit qu’il pouvait par exemple noter le montant de son tapis par rapport à la moyenne chaque fois qu’il arrivait dans l’argent, avant de comparer avec sa place finale dans le tournoi.

Il est difficile de se rendre compte de ses habitudes de jeu, et par conséquent de se forcer à en sortir pour tenter de nouvelles choses et s’améliorer.

L’aspect mental est primordial au poker et c’est encore plus dur à travailler, car il est difficile d’avoir suffisamment de recul sur soi-même pour savoir comment cela impacte notre façon de jouer. Lorsque j’ai commencé à jouer régulièrement des tournois, je m’étais rendu compte que chaque fois que je jouais le lendemain d’une bonne session, je faisais généralement une mauvaise session, car j’étais trop impatient. Pourquoi exactement ? Je ne sais pas : le manque d’envie de recommencer un tournoi à zéro, l’envie de gagner beaucoup trop rapidement ou le manque de concentration…  A part ne pas jouer, je ne voyais pas vraiment de solution pour rejouer mon A-game le lendemain, jusqu’au jour où, sur le détour d’un forum, je suis tombé sur une phrase assez simple d’un joueur qui expliquait que lorsqu’il jouait un tournoi, il ne s’occupait pas du stade ou de l’enjeu du tournoi, il essayait simplement de prendre la meilleure décision possible à chaque instant. Cela peut paraître évident, mais le simple fait de me dire cela a en partie résolu mon problème.

Je crois que c’est l’aspect que je préfère dans le poker et qui rend ce jeu si intéressant : si on arrive à prendre un peu de recul, il nous apprend énormément de choses sur notre façon de fonctionner.

Conclusion

Il n’y a pas de bonne ou mauvaise façon de débuter au poker, l’essentiel étant de s’amuser. Mais je pense qu’en se donnant les moyens de progresser avec tous les outils désormais disponibles, ce jeu devient encore plus passionnant et permet de nous apprendre quelque chose sur nous-mêmes.