EPT Prague: why iz poker? (part I)

Par dans

Je suis le premier à a apprécier un bon compte-rendu de tournoi, à condition que ce dernier ne s’éternise pas sur des détails inutiles. Sans plus attendre, voici donc la folle histoire de cet EPT de Prague, main par main…

J’avais à cœur de réussir enfin une petite performance sur ce circuit où pour l’instant, après quatre tentatives dont trois sous les couleurs de Winamax, j’étais toujours rentré bredouile. Bien sûr, il y avait aussi la pression de l’énorme performance d’Arnaud Mattern lors de l’édition précédente. Ça allait être difficile de faire mieux, et pourtant chez les W on rêvait en secret de garder le titre à la maison…

Jour 1B

Le niveau de jeu à l’EPT est plutôt élevé : rien à voir avec les WSOP et son cortège de serrures made in USA, ou le Partouche Poker tour et son déluge de qualifiés quasi-débutants. On prie toujours pour une table facile au départ… Quelle ne fût pas ma déception quand, à ma gauche, je trouvais Antony Lellouche, suivi très bientôt par Juha Helppi. Un véritable cauchemar ! Heureusement, le reste de la table s’avérait assez faible, et rapidement j’échange quelques regards amusés avec Anto sur les plays étranges qui surgissaient à ma droite.

Première main d’intérêt en 25/50: j’overlimpe au cutoff derrière deux limpeurs avec 85s, le bouton, un qualifié internet, fait 250. Tout le monde call ainsi qu’Antony au BB. Flop 44T, tout le monde checke jusqu’au bouton qui mise 600 dans 1000. Ça folde jusqu’à moi et je décide de le check/raiser à 1400 : un bluff bancal, je tente de représenter le 4 (ce qui est à peu près crédible) mais ça va être difficile de lui faire lâcher la grosse main qu’il représente. Il call. Turn 8, je check, il check. River 3, check check. Piteusement je montre mon 8 et il abat 77 ! J’ai un sourire gêné et la table plaisante aimablement à mon sujet… Première main jouée et mon image est déjà détruite… Je passe néanmoins à 12k.

Seconde main d’intérêt : je raise TT, Juha Helppi call en position ainsi qu’un autre joueur. Flop Qxx, je bet, il call. Je finit par check/call turn et river et il montre KQ. Je repasse sous les 10k, encore une main misplayed bien comme il faut… Serais-je un peu nerveux ?

Je descends doucement jusqu’à 8k en ratant quelques flops, quand je découvre KK. Un joueur avec 4k relance, je sur-relance pour la première fois du tournoi, il fais tapis, je call. Il a QQ. Je ne bronche même pas quand la Dame tombe au flop et le paie avec un sourire. Geindre, pleurnicher sur sa malchance n’a jamais fait gagner de tournois… Me voici à environ 4000 en 50/100. Je n’ai presque plus de marge de manœuvre et décide de serrer les boulons.

Pendant ce temps, la Supernova Lellouche déroule en véritable artiste du Poker. Tout semble fluide, efficace, sans la moindre erreur ni la moindre retenue. Son jeu est large et agressif, certes, mais tout en subtilité. C’est presque du small ball ponctué par un gros bluff par-ci, par là, sur la bonne personne et toujours au bon moment. Les jetons gravitent vers son stack comme attirés par un irrésistible vortex, comme des astres dérivant vers un trou noir. Petite comète poussive dans mon coin de galaxie, je reste à l’écart et je patiente…

Au break, je suis à 4100. retour avec moins de 30BB, va falloir s’accrocher… Je me fais lentement déblinder jusqu’à 2900 quand arrive le coup charnière dont j’ai déjà parlé dans ce blog qui me fait repasser au dessus de 4000. Mon adversaire fait une fausse relance depuis le SB et se retrouve obligé de call. J’allais folder mon J8o, mais je trouve ne paire, turn un brelan et prend deux streets de value. Je suis loin de m’en douter à ce moment, mais c’est le début du plus gros rush de ma vie ! Attention les yeux :

La main suivante, j’ai QQ au small blind. Le même joueur raise son bouton, je shove, il call avec 44. Me voici à 8000. La main d’après, je raise et remporte les blinds. La main d’après, je raise 77 au cutoff. Antony call depuis le BB. Flop AJ6, je me prépare à faire un continuation bet quoi qu’il arrive mais Anto open-folde sans demander son reste dès que ma main s’approche de mes jetons!

La MAIN D’APRES, je relance 22. Helppi me sur-relance à 1500 depuis le bouton. J’ai à peine la cote pour chercher mon brelan mais je décide d’aller voir quand même : flop 572 rainbow ! Check check. Turn K qui rajoute un flush draw, je lead 1500 pour me faire raise par AK, mais Helppi hésite un instant et call seulement. River, le 7 double. J’envoie tapis en léger overbet et je sens que Helppi se met à hésiter fortement. Je me fige et envoie tous les reverse tells de faiblesse que je connais… Il m’observe longuement et finit par faire glisser lentement ses jetons derrière la ligne. J’abats mon full et il mucke en faisant la moue. Me voici à 17000 !

La MAIN SUIVANTE ( !! )j’ai KK, je relance un limper, checke sur 886 et bet sur le K au turn mais malheureusement il passe. Je montre KK : oui, je ne bluffe pas à chaque fois non plus, je suis même tout le temps max !

Un tour passe et je trouve AKo au cutoff. Antony défend sa grosse blinde. Flop A67 avec deux trèfles. Je bet, Anto me min-raise. Je call. Il checke le turn, je check behind ou éviter le mal de crâne d’un seconde check/raise. Il checke à nouveau la river, je value 2000 et il finit par passer après avoir feint la réflexion un instant. Il m’avouera plus tard avoir eu neuf et dix de trèfles pour un gros tirage.

Break. Me voici à plus de 22000. Nenad Medic vient s’installer à ma droite. Super ! Me voici pris en sandwich entre trois joueurs world-class. Mais contre un tel flot de cartes, tout le talent du monde ne peut pas vous sauver...

A peine sommes-nous de retour de break que je trouve AA en milieu de parole. Medic relance à 800, je fais 2600, il fait 6500. A ce moment je pense qu’il a soit KK, soit rien du tout. Je prends le risque de laisser un flop venir pour lui prendre une mise de plus si il bluffe. Le flop tombe Q high tout à pique… heureusement, j’ai l’as de pique (mais je n’ose pas vérifier tout de suite pour ne pas lui donner d’indication !). Il bet 5500, je shove et il call avec KK dont le K de pique… Sick setup ! En une vingtaine de mains à peine, me voici passé de 3000 à 43000 ! Je grinde tranquillement jusqu’à 45k et ma table casse.

Nouvelle table : encore un joueur de Winamax à ma gauche, le redoutable Nicolas Levi et son éternel chapeau. Nico me briefe rapidement sur la table et ses principaux acteurs, les antes arrivent en jeu et me voilà paré à mettre la pression. Je me mets à tout relancer et à miser tous les flops. Nico prend la mesure de mon manège et me paie en position quand je relance avec Q8 de carreaux. Le flop tombe T64 avec deux carreaux. Je leade, Nico call. Turn un deux de carreau qui complète ma flush. Je checke, Nico mise 1600 et je check/raise petit à 4800, laissant juste de quoi mettre son tapis en pot à la river afin de polariser ma range au maximum si il a quelque chose pour me call. Je sais que Nico à un plan et que si il call mon bet au turn, ce n’est probablement pas pour folder sur la river. Il call… river un blank, je déplace une pile de jetons rouges pour le mettre all in. Il réfléchit un instant et me call seulement avec le 6 ! Je suis malheureux d’éliminer un coéquipier, mais il faut bien prendre les jetons quelque part… Nico est déçu, mais très sport et classe comme à son habitude, il me serre le main et souhaite bonne chance à tout le monde.

Je suis à plus de 75000, parmi les chip leaders et en pleine euphorie. Comme à mon habitude, j’ai du mal à m’arrêter et ça me joue un tour : je relance ATo au cutoff. Le bouton me paie avec un gros tapis. Flop AQx, check check. Le turn ouvre de nombreux tirages. Je bet et le bouton me raise. A ce moment je pense qu’il raise souvent avec un set ou un tirage et comme les possibilités de sets sont faibles et les tirages nombreux, je call. La river est le neuf de pique, un blank total qui rate tous les draws, je checke, il effectue une grosse mise et je snap/call …. ! Pour le voir abattre QQ pour un magnifique brelan invisible.

Je redescends sous les 55000 après ce coup dur, mais reprend mes esprits et me remet à agresser la table. Plus tard se joue un coup décisif : un joueur anglais que Nico m’avait présenté comme très loose et agressif (mais qui a considérablement resserré son jeu depuis quelques instants) relance en début de parole. Je call un peu plus loin avec neuf et sept de trèfles. Les deux joueurs dans les blinds, assez serrés et pas très bons, callent également. Le flop est 678 avec un flush draw à carreau. L’anglais mise 3000 dans le pot de 6000 après le check des blinds. Je me rends compte que les blinds ont environ 15000 chacun et que l’anglais a dans les 30000. Je décide de me committer dans la main en mettant la pression sur les trois joueurs avec une grosse relance à 10.000. Ca revient au joueur anglais qui envoie all in : je sais que je suis battu, mais j’ai déjà prévu de call, étant à un peu moins de 50% contre une overpaire et donc plutôt pas mal contre sa range. Malheureusement il montre 66 pour un brelan ! J’ai à peine 27% de gagner ce coup énorme de plus de 60k. Quand le cinq tombe au turn, mon flegme habituel s’évanouit et je serre le poing en me redressant. Un magnifique Roi à la river scelle le destin de mon adversaire qui se précipite loin de la table sans dire un mot. Tough beat… Quand à moi, je ramasse un pot énorme et passe à plus de 90k, gros chip leader !

La journée se poursuit sans accrocs. Je monte même jusqu’à 110k, mais perd quelques coups en voulant trop abuser la « peur de fin de Day 1 », comme par exemple sur ce coup : je paie une relance avec 64s au bouton, nous voyons le flop à quatre joueurs. Flop JJ3 avec un flush draw, le relanceur initial mise, je call en « float » complet pour représenter le valet et placer un bluff à retardement, tous les autres foldent. Je m’attends à le voir se figer et arrêter de miser mais il fait tapis sur le 4 au turn ! J’hésite un instant à faire un « Hero Call », mais c’est trop bête, et je passe…

Je finis donc ce day1B avec 97k, deuxième en chips derrière Christer Johansson. Ludo pointe à la quatrième position, juste derrière moi. J’ai envie d’être euphorique, mais j’ai déjà gaspillé tellement de chips leads ou simplement eu tellement de déceptions que je préfère garder la tête froide et prendre les mains les unes après les autres.

Jour 2

Ma première table est facile, que des stacks moyens ou short. Je mets la pression, commence mon ascension, mais double malheureusement un short stack en combat de blind avec A9 contre son JJ. Je suis brièvement déplacé à une autre table avec des stacks énormes, mais seulement pour quelques minutes. Enfin, j’arrive à la table 3, qui restera ma place pour le reste de la journée. Et quelle journée !

Je commence par grinder sans difficulté jusqu’à 115k sans showdown. La table est tight, les gens se laissent faire, et je vole les blinds comme Arsène Lupin à une convention de malvoyants.

Arrive un coup auquel je ne participe pas mais qui prépare la suite : un joueur italien situé deux places à ma gauche call une relance preflop en position puis trois gros barrels avec AJ sur un flop A high. Son adversaire bluffait avec 22… Voici la calling station par excellence, doté désormais d’un stack énorme, supérieur au mien, sur laquelle je prévois de gagner un gros pot. Bingo, quelques instants après je call une relance en début de parole de ce joueur avec 99. Le flop tombe A95 rainbow, et mon adversaire overbette le flop ! Je sais qu’il a AK et je sais que je le tiens. Turn K, c’est le clou définitif dans son cercueil. Il mise 16200, je le minraise à 324700 pour le provoquer. Il envoie tapis pour plus de 100k et j’insta-call. Il a bien AK, je prie pour que la river ne double pas... et la river double !!!! Mais heureusement, c’est le cinq qui double.  :-)

Après ce pot, je passe énorme chip leader du tournoi, à près de 235k. La main suivante, je met un adversaire all in avec AcQc sur 2c3c3s , il passe 88 et me voici désormais à plus de 250k. Je n’essaierai même pas de décrire le sentiment de « quiétude euphorique » qui s’empare de moi à ce moment, mais rien ne semble m’arrêter. Je relance tous les coups, agressif mais prudent, cherchant le moindre spot pour mettre la pression à mes adversaires inquiets. Malheureusement, ce « high point of my day » sonnera aussi le début des difficultés...

La suite dans mon prochain blog !