EPT Prague: because iz poker! (part II)

Par dans


benjo)

EPT Prague Part II : because iz poker !

Voici la suite de mon compte-rendu de l’EPT de Prague.

Je vous avais quitté au sommet de ma forme, avec un tapis énorme de plus de 250k alors que la moyenne devait se situer autour de 60k.

Le risque dans ce genre de situation, c’est de se retrouver à jouer en excès de confiance, à se croire invulnérable et à penser que la taille de notre tapis nous met à l’abri d’une élimination proche. Ce n’est pas tout à fait exact : un gros tapis est une arme efficace mais fragile. Je me souviens que j’avais écrit un article à ce sujet l’année dernière que j’avais intitulé « le syndrome Thermopyles », en référence à la célèbre bataille de l’antiquité célébrée récemment dans le film « 300 ». A l’époque, j’écrivais :

« Il s’agit d’un problème typiquement psychologique qui s’empare d’un joueur de tournoi inexpérimenté qui vit un gros rush et ne semble pas arriver à perdre un coup. Typiquement, l’état euphorique créé par un chip lead écrasant peut provoquer un excès de confiance qui lui-même peut mener à des erreurs impardonnables, et se conclure en une grosse désillusion. »

Heureusement, je suis conscient de ce problème alors que j’empile mes jetons et décide d’attendre l’approche de la bulle pour repasser la vitesse supérieure. Je continue donc à agresser la table, mais sans excès notable, pas plus qu’auparavant. Quelques mains vont mal se passer :

Je trouve JJ au small blind et tout le monde folde jusqu’à moi. Je relance le big blind, un joueur suisse solide, qui me call. Le flop tombe trois petites cartes et un tirage couleur, nous partons à tapis, il a A4 avec le tirage et touche l’as à la river. Je perds un bon 40k sur cette main.

Peu après, je relance UTG avec 53s à cœur. Bien trop loose en principe, mais je pense bénéficier encore à ce moment d’une image correcte. Le joueur en grosse blinde, donc juste à ma droite, paie ma relance. C’est un jouer pro danois qui a montré qu’il aimait bien défendre sa blinde et check/raiser. Il a un tapis proche du mien, un peu sous les 200k.

Le flop tombe J43 rainbow mais avec un cœur. Il checke, je mise la moitié du pot et il me check/raise à 20k. Sur un flop aussi sec, son c/r ne représente pas grand-chose. Peut-être AJ ou un brelan, mais souvent rien du tout. Je décide donc de call avec ma bottom pair et mes tirages backdoor, pendant avoir souvent la meilleure main. Turn un As me donne un tirage ventral en plus de ma paire, et mon adversaire checke. Ici, je fais l’erreur de penser que mon adversaire abandonne son bluff et décide de miser pour protéger ma paire. Je mise 20k et à ma grande surprise, il me check raise encore à 50k ! Je suis perplexe : un double check/raise ? Pas très courant ! Je me torture les méninges un bon moment et envisage sérieusement d’envoyer tapis en semi-bluff : le pot est énorme, mon adversaire peut encore passer, il a l’air franchement nerveux et ses mises m’intriguent vraiment beaucoup. Néanmoins, après réflexion je décide de passer et d’attendre une meilleure occasion.

Plusieurs petits coups perdus s’enchainent : la bulle s’approche, mais mes adversaires ne donnent aucunement l’intention de se laisser martyriser. Mon stack fond à vue d’œil, et je repasse même sous les 100k à un moment. Finalement, la bulle éclate et le jeu reprend son cours normal.


Quelques mains plus tard, je relance KQs au cutoff à 6000 en 1200/2400. Le joueur suisse paie au bouton, et un joueur italien assez solide paie au small blind. Le flop arrive 6JT avec deux piques et le joueur italien « donk bet » . Je paie avec mon tirage et le suisse passe. Le K au turn me donne top pair en plus de mon tirage quinte et mon adversaire mise encore ! Il nous reste encore pas mal de jetons derrière mais les stacks et le pot sont parfait pour faire all in ici et espérer qu’il passe une main comme JT. L’italien pousse un cri de frustration et jette sa main. Ouf !

La configuration de la table change quelque peu, et je vivote correctement au dessus des 100k. Me voici à 120k quand la main suivante se produit : j’ai AA au bouton. Le même joueur italien a été changé de table mais il est revenu dans une autre position, sur ma droite. Il relance et je me contente de payer pour plusieurs raisons : les stacks sont bien pour partir à tapis sur le flop de manière profitable, et il y a deux stacks moyen dans les blindes qui peuvent penser à effectuer un squeeze play. Malheureusement, ils passent, et le flop tombe JT5 avec deux cœurs. Mon adversaire mise, je fais tapis, et il réfléchit un moment avant de call avec … KQ ! Me voici face à un tirage pour un pot énorme. Le J au turn arrange mes affaires, puisque mon adversaire ne joue plus que les 9… Et la river est un 9 !!! Mais j’ai par la même occasion fait une couleur backdoor et la confusion s’empare brièvement de la table le temps de comprendre qui a gagné le coup.

Me voici de retour autour de 240k pour le day 3, en huitième position sur les 32 joueurs restants.


Day 3


Après un bon petit déjeuner, une séance de méditation profonde et quelques interviews vidéos avec la redoutable équipe qui nous suit sur tous les tournois (ici en l’occurrence, Paco et régis), je m’apprête à disputer ma première table télévisée !

La table est loin d’être évidente, il y a de nombreux joueurs de qualité et les tapis sont presque équivalents. J’ai notamment Sebastian Ruthenberg à ma gauche, Raul Mestre à ma droite en compagnie de Pedersen (le joueur danois qui m’a donné mal au crâne la veille) et ce diable de Juan Maceiras de l’autre côté de la table. Je ne le sais pas encore, mais le plus petit stack de la table, avec 32k, est Salvatore Bonavena, le futur vainqueur du tournoi…

Je commence par ne pas jouer pendant quelques tours afin de solidifier mon image, puis je passe la vitesse supérieure. La première main importante se déroule contre Mestre qui raise au hijack. Je call au cutoff avec TT, ne voyant pas beaucoup de value à reraiser. Le flop tombe QJ8 et je call son continuation bet. Turn K, il check et je check derrière avec mon tirage amélioré. La river est un 9, il checke et je fais un gros value bet pour lui faire croire à l’arrachage. Je sais qu’il a quelque chose, peut-être même deux paires… Il agonise pendant plusieurs minutes avant de passer.

Conjugué à quelques vols de blinds et un 3bet light sur Mestre, je monte à 320k. Puis je m’enflamme un peu, et 3bet encore Mestre en bataille de blind avec 89o. Il push et je suis contraint à passer… J’en ai trop fait ! Je retombe autour de 250k.


Puis arrive la main clé de mon tournoi, qui a provoqué par mal de discussions sur les forums et pour laquelle j’ai même été interviewé plusieurs fois par la presse présente sur l’évènement (ce qui en général signifie que vous avez joué de manière soit géniale soit atroce. Je vous laisse décider.) :

Je relance ATo en milieu de parole à 20k en 4k/8k. Juan Maceiras, qui a une image très LAG en un stack légèrement supérieur au mien, call en petite blinde. Malgré son image, je suis à peu près certain qu’il a une paire et cherche le brelan. Le flop tombe KT8 avec un tirage couleur, il check et je checke derrière pour contrôler la taille du pot. Turn 5 : il mise et je call, essayant de représenter le tirage et prêt à caller son bet à la river. Le K double à la river, il doit se douter que je ne l’ai pas, je sais qu’il ne l’a pas non plus et il mise à nouveau, très cher. S’il a bien une petite paire, il vient de transformer sa main en bluff ou un a touché un full… J’ai déjà décidé de call sur une carte inoffensive, et bien entendu il a 88 pour le brelan floppé. Le joueur le plus bluffeur de la table touche un full et ça doit tomber sur moi quand j’ai une main parfaite pour attraper un bluff ! Un peu malchanceux comme situation… Je ne sais pas si je peux vraiment folder la river ou jouer différemment, c’est un débat compliqué. Mon seul regret est de ne pas avoir suivi le gros tell de force que Juan m’envoie à la river quand il se met à parler avec son « I have no idea what you have… »

Me voici à 100k et je profite de mon premier bouton pour envoyer tapis avec T6s sur les deux blindes avec des stacks équivalents. En faisant ce move, je cherche à récupérer un stack de 15bb afin d’avoir un semblant de fold equity. Malheureusement, Bonavena au SB fait un call très marginal avec KJo et gagne avec hauteur Roi.

Et c’en est fini de mon EPT Prague. Je ne défendrai pas le titre d’Arnaud Mattern… En tout cas pas cette année ! Plus que tout, ce tournoi m’a redonné confiance. Il m’a fait prendre conscience qu’une perf en EPT était à portée de main. Il m’a clairement rappelé qu’il ne faut jamais abandonner en tournoi, quelle que soit la difficulté de la situation.

En 2009, attendez-vous à me voire faire beaucoup mieux…