En route pour Vegas

Par dans

J’ai écrit ce blog dans l’avion en venant à Vegas et j’ai oublié de le poster une fois arrivé. Je le mets quand même, mieux vaut tard que jamais :

J'arrive dans quelques heures à Vegas. Je suis dans l'avion avec tallisque, Mik et son fils Victor. Je suis un peu mieux installé que d'habitude d'ailleurs puisque je me suis offert quelques centimètres carrés de plus pour la dizaine d'heures à passer dans les airs.

Il y a un mois j'étais à Londres, je préparais la reprise des tournois et la fin de 3 mois de break. Enfin « break » n'est pas vraiment le mot puisque je me suis surtout consacré pendant ces 3 mois au cash game online, qui demande encore plus d'efforts et de mental pour réussir que les tournois live, du moins aux hautes limites. En tout cas je découvrais qu'il était possible d'attraper un coup de soleil à Londres et je profitais du début de l'été.

Fin avril, j'allais à Monaco jouer un des plus beaux tournois de la saison. Je n'avais pas eu de table aussi faible à un EPT depuis très longtemps. Et pourtant je saute au dernier niveau du day 1, sans avoir eu l'occasion d'attraper mon quota de chips. En face de moi, de l'autre coté de la table, le seul autre bon joueur de la table finissait chip leader du day 1A suite à quelques livraisons de nos amis communs à table. Ce joueur n'a rien fait d'extraordinaire, juste joué solide. Il a touché du jeu et a été payé. J’avais fini dans l’argent à mes 2 tournois précédents, les bahamas et Deauville, donc j’accepte facilement de sortir au day 1 à Monaco. Et je profite de mon temps libre pour jouer avec Tall et Nico sur les cours de tennis les plus sympas où je sois allé pour l’instant :

Tennis Monaco

Il y a deux semaines j'étais sous le charme de Venise. Un cadre idéal pour jouer au poker, je ressentais la sérénité du lieu de façon immédiate, et cela a clairement influé sur mon jeu. J’ai eu de très bonnes sensations pendant ce tournoi. Je ne me souviens pas forcément de tous les coups que j'ai joué, mais je n'oublie pas cette impression de calme et de lucidité forte que j'ai eu à plusieurs reprises. Deux mains m'ont particulièrement marquées. La première c'est à ma première table au jour 1. Aux blinds 75/150 je relance 74 de pique depuis le hijack à 400, et le joueur à ma gauche sur-relance à 1125. Les autres passent et je paie. Flop Ks5d4d. Je check/call 1450. La turn est le joli Ts. Je check call 2750. La river apporte le 9h et mon adversaire mise un peu plus de 5000 après que j'ai checké logiquement ma 5e paire. Mon adversaire est un très bon joueur norvégien. J’ai discuté avec lui pour me faire une meilleure idée de son jeu, il joue en high stakes cash game online. Ses mises sont cohérentes, physiquement il ne fait pas d'erreur, son timing est bon. Je commence à me demander pourquoi dans ce cas j'ai tellement l’impression que je dois le payer... Je revois alors la légère hésitation qu'il a eu lorsqu'il a misé 1450. Il avait sur-relancé 2 fois déjà et avait misé 1400 au flop. Là il a pris 1400, a hésité une demi seconde et est revenu en arrière chercher 50 de plus. Pour moi c'était louche. D'accord, mais c'est léger, sur le reste tout me semble cohérent. Le temps qu'il met à réfléchir est vraiment celui qu'il prendrait en réfléchissant aux jeux que je peux avoir et qui vont le payer. Il semble serein. Pourquoi j'ai toujours envie de le payer ? Je revois alors le geste qu'il a eu avant le flop au moment de me sur-relancer. Je venais de gagner un petit coup avec 85 et j'ai senti qu'il prenait la décision de me sur-relancer light après que j'ai montré quelques mains "faibles preflop". Maintenant quels jeux vont 3 barrels ce flop à part AA KK AK ? Il peut toujours avoir QJ. Il aurait fait un C bet, aurait touché un tirage à la turn et une quinte miraculeuse à la dernière.

Je continue un peu ma réflexion, je cherche à me souvenir d'autres détails. Et finalement je suis mon read et je paye. Il retourne A8 et je peux me délecter des froncements de sourcils des autres joueurs à table. "le call light du tournoi, ca s'est fait".

Je fais en gros un call difficile par tournoi, mais celui là est celui pour lequel j'avais le moins de raisons conscientes de payer. Et c'est pour ça que je l'aime bien. Bizarrement c'est quand je comprends le moins mes décisions que je les préfère...

En tout cas je crois qu'il ne s'attendait pas à être payé par un 4. Avant de voir mes cartes il me dit "nice call" et il reste très calme en voyant ma main, mais je peux apprécier assez vite qu'il était quand même bien en tilt après ce coup lorsqu'il relance « pour info » puis call le tapis de son adversaire, mon voisin de droite, peu de temps après.

Il y a une autre main qui m'a marqué. Cette fois c'est au day 2, 10 à 20 places avant la bulle. J'ai A6 de pique au cutoff. Les deux blinds sont weak et je ne me souviens plus exactement de leur tapis mais je dirais dans les 8/9 blinds. J'en ai 15. Je pousse. Il se trouve que je suis payé par la BB qui a QQ. La main en soit n'a pas d'intérêt, ma décision de pousser est assez simple. Mais cette main m'a frappée parce que du moment où j'ai vu mon adversaire retourner sa main jusqu'au dévoilement de la river qui me donne une runner quinte, je n'ai pas ressenti l'ascenseur émotionnel que l'on peut s'attendre à vivre normalement dans ce coup. Je me suis senti zen du début à la fin, j'étais content de ma décision le reste n'avait pas d'importance. J'observai mon adversaire monter au 65e étage et redescendre au sous-sol en quelques secondes dans ce même ascenseur et je me suis surpris à me sentir détaché et lucide.

J'avais ressenti la meme chose en janvier, aux bahamas. Ce sont les 2 tournois qui me laissent les meilleures impressions.

Tout à l'heure je serai à Vegas, pour le rendez-vous le plus attendu de l'année. Venise et Vegas, deux villes totalement opposées, mais nous serons dans une maison à l'écart du strip et j'aurais tous les jours mon quota de calme pour me ressourcer et m'aider à aborder les tournois dans de bonnes conditions. Et je suis sur que les sensations seront au rendez-vous à la table.