Des « no-life », les joueurs pros ?

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« Un nolife est une personne qui consacre une très grande part (si ce n'est l'exclusivité) de son temps à pratiquer sa passion, voire son travail, au détriment d'autres activités. Cette addiction affecte ses relations sociales et sentimentales. Le terme est le plus souvent utilisé pour désigner un joueur souffrant d'une forte dépendance au jeu vidéo ou à l'ordinateur. »


                 - Wikipedia

En 2007, j'ai consacré une année entière à jouer uniquement en MTT,  12 heures par jour, 7 jours sur 7. Je dois bien l'avouer : j'étais un nolife complet.

Dans ces circonstances, lorsqu'un joueur en arrive à penser, manger, et rêver du poker jour et nuit, lorsqu'il est constamment troublé par une main jouée, il a forcément l'impression de devenir meilleur jour après jour... Il finit même par oublier que pendant ce temps, le monde continue de tourner !

On se compare aux autres et, bien sur, on trouve toujours plus nolife que soi-même. L'attitude « geek nolife » de certains joueurs ultra performants en MTT online, que je rencontrais parfois et provenant souvent des jeux vidéo ou du Magic (domaine également propice au nolife) me réconfortait dans l'idée qu'il faut s'entraîner ardemment et penser poker 24 sur 24 !

La satisfaction est immense lorsqu'on gagne de l'argent en jouant au poker en ligne. A priori, cela semble même très facile, voire trop facile. Ce poker, que certains considèrent à tort ou à raison comme un sport, que l'on exerce seul chez soi avec une passion souvent incommensurable, au simple moyen d'une souris, et vêtu d'un confortable caleçon.

Le but devient alors de se faciliter la vie au maximum, afin de bouger le moins possible de notre chaise, et de limiter autant que faire se peut, voire annihiler toute contrainte. 

Autrement dit, la Liberté totale, avec comme rémunération principale la Passion ! Une vie a priori aussi facile est certes une chance, mais quel prix seriez-vous prêt à payer pour la vivre?

En effet, ce prix à payer comporte de nombreux sacrifices en termes d' « hygiène de vie », de vie sociale, d'inadaptation à vivre une histoire amoureuse stable, sans oublier les difficultés humaines à gérer les incompréhensions souvent légitimes de la famille et des amis qui vous entourent.

Beaucoup de joueurs accros veulent fuir leur quotidien et optent pour l'addiction au jeu qu'ils considèrent comme un moindre mal (notamment par rapport à d'autres addictions, comme la consommation de drogues ou des relations sociales douteuses).

Le joueur finit par confondre les jours et les nuits, il s'habitue à un rythme de sommeil en complet décalage par rapport aux travailleurs « normaux ». Combien de fois ne me suis-je pas demandé comment j'allais réussir à contacter ma banque avant son heure de fermeture à 16 heures ! 

On oublie les vertus naturelles de la lumière du jour ; en hiver, on ressent particulièrement ce manque, ce sacrifice. L'absence de lumière, le décalage horaire et social affectent bien entendu notre moral...surtout lorsque l'inexorable variance du poker nous rattrape. 

Les joueurs qui mènent cette « vie facile » ne sont pas à l'abri de sombrer dans la dépression. Si je n'en ai jamais été victime, c'est notamment grâce au soutien continu de mon entourage et à mes résultats relativement réguliers.

Une journée standard peut se résumer comme suit :  réveil entre 16 et 18 heures, sommeil entre 6 et 10 heures, difficulté de manger trois repas par jour, fréquentation régulière des night shops (heureusement nombreux à Bruxelles), organisation paradoxalement minutieuse au travers de commandes en ligne et livraisons à domicile de biens de première nécessité...

Est-il possible d'être réellement à l'écoute des autres lorsqu'on est obnubilé par une passion aussi envoûtante que le poker? Quelle place reste-t-il pour une vie sociale et familiale épanouie lorsqu'on se consacre à 100% au poker 24 heures sur 24 ? 

Si tout n'est pas poker, en revanche, tout devient poker :  

« Euuh.. Tu disais ta femme a muck ta main, tout ça à cause des nuts que t'as slowplayé en boite? »

« Quoi t'as voulu bluffer ton patron, en slowplayant une maladie runner runner? WOW, t'as osé 2-barrels bluff la semaine d'après en revenant bronzé de vacances, faut que je te dise c'est un donkish move tellement obv! »

Alors pour répondre à ma première question... Oui, j'ai accepté de payer ce prix exorbitant malgré les inconvénients. Je pense que ces inconvénients constituent une étape nécessaire pour progresser, que si mon année 2007 incontestablement qualifiable de nolife a été aussi prolifique c'est notamment parce que je me suis entraîné no limit et j'ai pu acquérir une excellente connaissance technique du jeu.

En me professionnalisant et en rejoignant l'équipe Winamax en 2008, j'ai été surpris de constater que l'équipe veillait à construire une vie en dehors du monde du poker. 

L'encadrement offert par un sponsor comme Winamax a justement pour effet de rétablir à la fois une vie sociale professionnelle et humaine. Par la force des choses, on voyage souvent en équipe, on est constamment entouré de nouveaux amis qui partagent la même passion, on échange des idées, des valeurs, une culture et des instants humains privilégiés. 

On prend goût aux sorties en terres étrangères, on prend le temps de vivre avec les autres, d'oublier un court instant le poker pour se consacrer aux vrais choses de la vie.

Même si j'ai certainement conservé certain réflexes nolife, j'ai décidé, après l'EPT de Berlin, de prendre un peu de temps pour moi :

- en jouant à FIFA 2010 entre amis (j'ai un peu honte d'avoir trahi PES, je l'avoue !)

- en écoutant de la bonne musique (excellent conseil de Vikash : Devendra Banhart  ; un groupe belge prometteur : Vismets )

- en prenant des vacances en famille (je suis en ce moment-même à Tel Aviv avec mes proches)

- en faisant du sport (jogging deux fois par semaine)

- en mangeant  plus sain et en essayant de me réveiller de temps en temps avant midi !

Niveau poker, je pense que le skill cela ne se perd pas, mais il faut malgré tout rester attentif aux nouvelles tendances qui  naissent lors des MTTs online, en jouant par exemple des MTT le dimanche, en partageant des idées avec des joueurs actifs online ou encore en lisant les parties stratégiques des différents forums !

Bon, je vous rassure, je reste un pur passionné de poker et un glandeur dans l'âme!

Néanmoins, je pense avoir un peu évolué et avoir pris conscience notamment du fait que : 

 - le facteur temps est très précieux ! 

 - l'hygiène de vie est importante afin d'être physiquement et moralement en bonne forme lors des longues journées de tournoi live.

 - il n'est pas nécessaire de sacrifier sa vie sociale pour être un joueur gagnant .

Mon ambition reste inchangée malgré ma prise de conscience récente. Je désire aujourd'hui construire une vie sociale harmonieuse et un palmarès de joueur de poker à succès! 

Espérons que je puisse mettre à profit ma nouvelle ambition pour les prochains tournois live : EPT San Remo, EPT Montecarlo, WPT Paris et puis bien-sûr Las Vegas baaabyyy pour les WSOP que j'attends avec impatience !


KitBul

EPT, WPT, WSOP : pas un circuit majeur n’a résisté à l’appétit de victoire du Belge du Team Winamax, qui n’est pas pour autant rassasié.

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