Deauville, mon désamour.

Par dans

J’avoue que j’ai déjà fait plusieurs tentatives de m’asseoir devant l’écran de mon ordinateur pour vous écrire. Et à chaque fois j’ai fait la même erreur de jeter un coup d’œil sur les récents articles postés par mes illustres comparses. Comme vous j’ai attendu avec impatience la suite de l’histoire du CrocMonsieur, des péripéties de ManuB et des aventures d’AntonyL et je me suis demandé comment j’allais attiser votre curiosité après de tels textes, écrits avec passion, humour et finesse par de véritables Grand-Maîtres de la plume.

À moins d’écrire un roman digne du « Parrain » ou de vous conter la vie ordinaire d’un joueur d’échecs avec le génie et la virtuosité de Nabokov et de Zweig réunis, je n’ai pas trouvé de solution. Je me suis dirigée vers la deuxième option tout à fait naturellement.

La vie d’un joueur d’échecs est loin des paillettes et surtout du …danger qui est toujours présent dans la vie du joueur de poker. Pas de cagoule, pas de champagne non plus, pas de bad beat, pas de gestion de bankroll (parce qu'il n‘y a pas de bankroll !), pas de descente musclée, pas de hold-up et le plus souvent les tournois d’échecs sont organisés dans de petites villes loin du regard des médias.

Quand mon absence se fait un peu longue sur Winamax, regardez la carte du monde et jetez votre dévolu sur le coin le plus perdu de la planète. Vous êtes probablement à 50/50 de me trouver en train de jouer aux échecs à cet endroit précis. La semaine dernière par exemple j’ai joué des matchs de Bundesliga dans un petit village allemand. Je défends les couleurs du club Werder de Brème et pendant longtemps j’ai été à l’affiche d’une campagne d’information censée faire migrer les supporters du foot vers les échecs.

Une fois même, à la mi-temps pendant le match contre le Bayern Munich, cette dernière est passée sur l’écran géant du stade devant les yeux ébahis des spectateurs. Mais bon, on a dû mal choisir notre cible et j’ai été remplacé par un petit bout de chou de 12 ans qui devait mieux représenter les vertus sociaux-éducatives de notre noble jeu .

Sur le plan technique, comme au football, notre équipe joue plutôt pas mal et nous restons toujours en course pour le podium après avoir gagné les deux matchs. Et il y avait même des spectateurs !  Il s’agit de cette espèce rare en voie de disparition « le public du tournoi d’échecs »… Le spectateur allemand est poli, mais  adore semer le doute sur votre compréhension du jeu par ses questions spontanées. «  Quelques minutes de réflexion, le souffle repris et la confiance regagnée, je réfute la variante proposée et suis très contente de moi-même .

Et maintenant, ce que vous attendiez tous, du Poker!

J’ai consacré tout le mois de janvier à mon entraînement et la préparation de l’EPT de Deauville. Au menu, deux heures de sport et trois-quatre heures de poker par jour. Mon programme sportif a été facile à établir : la course, le vélo et quelques cours collectifs à la Gym du Club Med. Les cours m’ont posé pas mal de problèmes, quand au bout de 15 minutes le seul muscle qui ne me faisait pas souffrir, c’était mon cerveau et encore… Il se moquait de moi sans cesse en me proposant le side bet que je n’allais pas survivre la demi-heure qui suivait. Contre toute attente j’ai tenu bon!

Quant au poker, je n’ai pas eu beaucoup d’occasions de jouer live et je me suis surtout entraînée en jouant des tournois multi-tables sur Winamax, avec l’objectif d’amasser quelques scalps des « Daily ».

Je suis passé à un cheveu de la victoire au Canadian Daily à 50 dollars l’inscription. Comme il se doit, je me suis vraiment énervée mais j’ai persévéré et finalement, juste avant Deauville, j’ai gagné l’European Daily à 100 dollars. L’entraînement physique à porté ses fruits et j’ai gardé le même niveau de concentration tout au long des tournois.

J’ai commencé à rêver de nouveau!

Les dieux de poker en ont décidé autrement et j’ai été éliminé quelques minutes avant la fin du Day 1. J’ai été short-stack toute la journée et je n’ai pas eu assez de skill pour gagner des rencontres décisives pour changer le cours de la partie. Paire de 8 contre paire de 6, et surtout As 10 contre As 9 qui a été la dernière pour moi dans ce tournoi. ManuB a sans doute une analyse plus approfondie de ces coups et me donnera des conseils pour améliorer mon jeu.

Deauville, mon désamour… Je reviendrai quand même l’année prochaine!

Sinon, dans la vie de tous les jours il m’arrive de dialoguer avec un moineau qui se pose tout simplement sur mon épaule, de rencontrer ensuite … Marion Cotillard (!), de faire la queue au service d’apostille du Palais de justice avec Tomer Sisley résistant à l‘assaut de ses admiratrices avec courtoisie, ou d’entendre « C’est donc vous la fameuse Chessbaby » de la part de Fabrice Jeannet croisé lors de l’enregistrement de l’émission sur Canal Plus. Lui, ce mousquetaire habile, le dieu de l’olympe … je me pince mais il est toujours là

« La vie est un miracle » m’a dit Marion Cotillard en partant,

et aujourd’hui, le jour de mes 33 ans, j’écris un blog. Fascinant, n’est-ce pas?

P.S. Et pour tous ceux qui aiment piocher dans les archives je vous joins le lien de mon compte-rendu de l’EPT de Copenhague.