Compte-rendu du Partouche Poker Tour

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Finale du Partouche Poker Tour

Salut à tous !

Voici un petit compte-rendu de ma participation à la finale du PPT qui se déroulait à Cannes début septembre.

Quand je regarde mon tournoi avec un peu de recul, je le trouve très instructif. Je suis passé par tout un tas de situations différentes et cela m’a permis de remettre en tête de mes préoccupations des qualités essentielles pour réussir en MTT et que j’avais un peu oubliées : patience, persévérance, self control et surtout prendre le temps de réfléchir...

C'est parti.

Premier Jour

En effet, mon tournoi a très mal commencé et toute la première journée fût assez laborieuse. Au milieu du second niveau, mes 20k de départ se sont transformées en à peine 6k, suite à de nombreuses mains à la fois assez malchanceuses mais également pas très bien jouées de ma part. Je dois aussi une fière chandelle à mes adversaires, qui ont plusieurs fois raté des value bets conséquents qui auraient pu me mettre dans une situation encore pire et m’achever sur place. Avec 6k au deuxième niveau, j’étais un peu démoralisé, mais en réalité j’avais une bonne trentaine de blindes, soit largement de quoi revenir. Toute la journée, j’ai oscillé entre 15k et 5k, un véritable « rollercoaster » émotionnel et stratégique au cours duquel j’ai pas mal appris.

Après Erik Seidel aux WSOP, J’ai eu le plaisir de jouer un moment avec Phil Ivey, arrivé avec près de quatre heures de retard et qui semblait moyennement motivé pour ce tournoi. Il sortira d’ailleurs après une petite heure de jeu, sur un setup, mais de son propre aveu « I can’t believe how bad I’m playing ». Difficile de rester concentré j’imagine, quand les enjeux du tournoi représentent un écart qu’il peut faire sur quelques sessions de cash game…

Au final, après une remontée aux alentours de 19k, je réussis à faire parler un peu la poudre et à imposer mon style à une table qui commençait à fatiguer. Sur les deux derniers niveaux, je réussis à culminer à 53k et terminais la journée à 48k (moyenne à 38k).

Voici quelques mains clés de cette première journée :

Jean-Marc Thomas, alias « Killer Ace », limpe utg+1 en 75/150. Je relance à 600 juste derrière lui avec TT, tout le monde passé et il call. Flop 773 avec un tirage couleur, Killer Ace « donke » 900. C’est un bon joueur mais qui conserve un pattern assez reconnaissable de joueur live en cercle, et ici il a pratiquement toujours une paire entre 55 et 99, parfois le flush draw et quasiment jamais le 7. Je call donc. Turn 2, Jean-Marc mise 2400 et je call également. River Q, Jean-marc checke, il y a une petite chance pour qu’il ait le flush draw et touché la dame, mais je décide tout de même de value better ma paire de dix contre sa paire que j’estime inférieure. Je mise 3000 et il call après un long moment de réflexion, et mucke et m’annonçant « paire de neuf ».

Coverage Winamax

Plus tard, en 150/300, j’ai un stack de 9000 environ. Je relance AA utg+1 à 800 et seule le big blind me paie, un joueur italien assez solide. Le flop tombe 467 avec un tirage couleur. Il checke, et après un instant de réflexion je décide de checker derrière. Il mise 1500 sur un 3 au turn, et je call. River le six double et fait rentrer la couleur. Il mise 4500, et je call. Il mucke sans montrer sa main. Bizarrement joué, me direz-vous ? En fait, j’ai appliqué ici une idée particulière que je dois à Michel Abécassis (qui réfléchit beaucoup plus que tout le monde à comment jouer les As !) et que j’ai développée en détail dans mon prochain article dans Poker Magazine.

Enfin, plus tard dans la journée, j’ai autour de 40k. Je suis très actif depuis de nombreuses mains mais la table ne semble pas trop réagir. Je trouve 64s au cutoff et relance à 1500 en blinds 300/600. Le joueur situé juste à ma gauche, un français qui jouait plutôt bien et assez agressivement, me sur-relance à 4400. J’ai remarqué qu’il était observateur, capable de 3-bet light, et quelque chose dan son timing, dans l’historique entre nous m’a très fortement fait penser à un resteal. Je sur-relance donc à 11000 et il passe. Je montre et plus personne ne m'a sur-relancé de la journée. :)

Second Jour

J’arrive en pleine confiance à une table que j’estime au premier coup d’œil très facile. Je ne reconnais qu’un joueur de ma table précédente (solide et réfléchi) et MagicDeal de ClubPoker.net, (agressif et intelligent). Les autres semblent un peu perdus dès les premiers coups de cartes, l’ambiance est à la tight/weakitude, donc je lance le rouleau-compresseur. Au bout des deux premiers levels, je suis à 120k sans pratiquement avoir touché une main ou un flop et en éliminant au passage MagicDeal avec un coin flip.

Quelques mains clés :

Je relance UTG+2 avec A6o. MagicDeal défend son BB. Le flop : 553 avec deux carreaux ! Je mise, il call. Turn le 3 double et il donke 5000. Je call car j’ai du mal à le croire avec ce pattern bizarre. Je ne me souviens plus de la river, mais il bet 6000 dans un pot qui fait près de 15000. Ca ressemble très fortement à un value bet, trop peut-être… Quelques tells de faiblesse m’intriguent et je décide que mon hauteur as sera souvent bonne ici car il va bluffer souvent et value better une paire rarement. Il a full, ou air. Je call et il mucke en annonçant « 4 et 2 de carreau ! ».

Je relance avec AA au bouton et suis payé par la petite blinde, un joueur français assez prudent qui aime bien relancer et sur-relancer pour info. Le flop tombe 953 rainbow, et il donke 5000. Comme dans ma main avec TT contre Killer Ace, j’interprète ce bet par ce type de joueur de la même façon : une paire de 44 à 88, ou parfois le 9 avec une main comme T9s, mais c’est moins probable dans sa position et vu son style. Je call donc. Turn, le neuf double et il bet 10000. C’est déjà plus ennuyeux, mais je décide de call pour réévaluer à la river. A la river tombe un 6 et il checke immédiatement. Je trouve son check hautement suspicieux et me met à réfléchir. Le pot est déjà gros, et je ne le vois pas payer un value bet avec 44-88. Mes deux calls successifs, notamment au turn sur le neuf qui double, ont du l’effrayer. En revanche, le 6 est une mauvaise carte qui lui donne fulle si il a 66… Mais serait-il le genre à checker son full à la river ? Je ne sais pas trop, et décide de me simplifier la vie en checkant. Il abat 66 pour le full, et je respire un grand coup, je l’ai échappée belle!

Un peu plus tard contre ce même joueur, je floppe une quinte dans un pot limpé avec 78o et il me 3bet au flop « pour info » afin de folder deux paires sur mon all in. Je quitte cette table avec 140k.

Ma deuxième table est un peu plus compliquée : les stacks sont plus importants, les joueurs un peu moins weaks, et il y a notamment deux étrangers : un qui joue solide et qui est assez éloigné de moi, pas trop dangereux, mais le second est (je crois) un suédois avec un stack énorme et qui joue toutes 1es mains ! J’essaie de reprendre le rôle du patron sur notre première confrontation, en payant sa relance preflop avec KJo et en raisant son continuation bet sur le flop QT6 rainbow, mais il m’envoie immédiatement tapis et je passe. Il monte KK, pour un overbet très mal joué au niveau du rapport risque/récompense (je ne call jamais avec moins bien, je ne perds pas grand-chose et lui prend un maximum si j’ai floppé mon set). Néanmoins, cela me fait perdre un peu d’image et je rétrograde un peu en vitesse.

Plus tard contre ce même joueur, je call son raise depuis le big blind avec JTo. Nous checkons tous les deux le board K87, je le sens faible et check/call 5000 sur le 5 au turn avec l’intention de check/raiser la river en bluff si je rate ma gutshot. La river est une brique, il mise 10k et je check/raise à 30k. Il passe instantanément et je montre (sans doute une erreur mais là c’est l’égo qui parle !).

Ensuite, une séquence classique de MTT : je sur-relance du bouton un joueur qui relance du cutoff avec un tapis moyen avec 97s, il fait all in, je passe et il montre JJ. La tour d’après, même configuration mais cette fois j’ai KK contre son A7s et je gagne le showdown. Je gagne aussi un petit coup contre un short stack en touchant ma dame avec AQ contre son AK. Ces coups heureux me font allègrement passer la barre de 200k, alors qu’il ne reste que 88 joueurs, soit l’équivalent de ce que sera la moyenne à la bulle.

Je suis à nouveau changé de table et atterrit à une nouvelle table difficile, avec à ma gauche Aurélien « guignol » Guiglini, un excellent joueur qui accessoirement travaille pour Winamax, et le suisse Claudio Rinaldi qui terminera second du tournoi.

Arrivé UTG, je me vois distribué 66. Je relance à 6000 en 1200/2400, Rinaldi paie, et un short stack au small blind envoie la boite pour 19k en hésitant clairement. Je décide d’isoler le short stack en sur-relançant à 40k et Claudio envoie immédiatement son tapis ! Il me couvre, je pense un moment qu’il a AK mais me ravise, décidant que l’erreur serait trop chère à constater. Il dévoile AA et gagne contre A9… Tricky !

Deux mains plus tard, je suis au bouton avec J9s. Je décide de limper seulement pour 2400, afin d’éviter qu’Aurélien ne me « resteale » depuis la petite blinde, car il a le stack idéal pour ça et est très friand de ce genre de choses. Aurélien passe, Rinaldi checke. Le flop tombe Q74 avec un flush draw pour moi. Je bet 3000, Claudio call. Turn A, Claudi check, je décide de bluffer l’As (sans réaliser que ce n’est pas très crédible car j’aurais sans doute relancé preflop) et bet 12000, payé par Claudio. Je rate ma couleur à la river et décide de bluffer une nouvelle fois, plus par dépit que parce que je pense que c’est le bon move. Je bet 20000 et Claudio m’instacall avec AT. Je n’ai pas eu de chance qu’il touche l’As au turn qui m’a donné envie de poursuivre dans mon semi-bluff, mais ça reste très bien joué de sa part et assez mauvais de la mienne…

Avec ces mésaventures, je retombe à 100k, et ce n’est pas fini ! Un joueur limpe en milieu de parole juste à ma droite, je découvre une magnifique paire d’As et relance à 9000, une grosse relance pour donner l’impression que j’ai peut-être quelque chose à me reprocher… Et là je vois qu’Aurélien se met à réfléchir. Dès cet instant je suis absolument certain qu’il va faire tapis. Ca ne manque pas, il push sur moi, je call avec mes As, et il dévoile un joli JTs … qui termine en couleur à la river !



Coverage Winamax


Tombé à 50k en trois mains douteuses, je suis un peu en tilt alors que la bulle s’approche. Un peu plus tard, je me retrouve en combat de blind contre Aurélien. Je découvre 72s et envoie impulsivement mon tapis de quinze grosses blindes, ce qui est marginalement mal joué car mon tapis est encore trop gros pour prendre ce risque. Il me call avec AK, et je perds ce coup (je ne comprend pas, j‘avais 38% pourtant! :-D ).

Je sors donc à la 56eme place du Partouche Poker Tour, en ayant joué moyennement au début, très bien au milieu et à pas très bien à la fin. Le tournoi dût un franc succès et on m’y reverra sûrement l’année prochaine, à condition que les organisateurs baissent le rake prohibitif (1500 euros + 4%) du prize pool, du jamais vu. Toutes mes félicitations à Michel Abécassis, un grand joueur et un grand professeur, qui réalise une performance amplement méritée et n’est vraiment plus très loin d’un premier titre majeur. Bravo à Arnaud Mattern qui a un sale coup près était parti pour peut-être remporter son second titre majeur. Et bravo aussi à Aurélien pour sa place payée, malgré l’horreur qu’il m’a infligée. Au moins mes jetons auront terminé dans la famille !

A bientôt pour d’autres aventures,