Comment j'ai gagné la Top Shark Academy (2/2)

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(Pour ceux qui n'ont pas lu le premier épisode, c'est par ici)



Jeudi 5 janvier 2012, 20 heures. L'académie reprend ses droits. Comme d'habitude, deux épreuves sont au programme. Durant trois jours, je dois monter la plus grosse bankroll possible en cash-game en démarrant avec 100 euros, puis commenter deux mains jouées durant la première épreuve. Objectif initial : ne pas finir dans les quatre derniers de chaque épreuve. Cet objectif me semble d'autant plus abordable que l'Academy connaît alors son pic d'affluence avec treize élèves en course et que j'ai commencé l'année en mode good run étant donné que j'ai dissipé les dernières effluves d'alcool du Réveillon en shippant le Sunday Surprise le 1er janvier, avec un voyage aux Seychelles à la clé. Accessoirement, essayer de finir Major ne serait pas du luxe. La semaine suivante sera effectivement l'ultime semaine avant l'épreuve finale, le niveau de l'Academy est de plus en plus relevé et obtenir une immunité permettra peut-être d'éviter quelques sueurs froides.

23 heures 30. Je n'ai pas encore commencé à jouer. Quand j'arrive devant mon ordinateur, les six ou sept élèves ayant commencé à jouer ont tous monté plus de 130€ de bankroll. Il y en a même un qui se balade à 330€ après avoir directement ouvert quatre tables de NL30. La gestion de bankroll n'est pas ma qualité première, mais là, il y en a qui ont fait fort... J'ouvre alors quelques tables de NL5. Je suis un peu surpris de constater que les tables sont remplies de regs plutôt tights et que par conséquent, les livraisons de caves entières sont loin d'être légion. L'adaptation n'est pas évidente. Je me rends compte que la semaine risque d'être beaucoup plus compliquée que prévue. Je grinde toute la nuit et me retrouve avec 230€ de bankroll aux alentours de midi en ayant clairement run good. Je décide à ce moment-là d'ouvrir six tables de NL20 pour essayer de rattraper le premier.

Tout est à refaire


14 heures. Mon cashier affiche environ 90€. J'ai spew six à sept caves en NL20 dans des pots 3-bet au cours d'une dernière demie-heure caractérisée par un phénomène de tilt récurrent chez moi au bout d'une longue session de cash-game, mais dont je n'ai toujours pas identifié les causes exactes. Je vais me coucher en sachant qu'avec ce petit sabotage aux airs de déjà-vu, je me suis préparé un week-end à priori pénible.

À mon réveil dans la nuit de vendredi à samedi, je constate que les bankroll des autres élèves ayant commencé à jouer ont plutôt stagné. Certains d'entre-eux étant même plutôt mal en point. Je rouvre plusieurs tables en NL5, remonte aux alentours de 150€ avant de run assez bad pour me retrouver encore une fois autour de 90€ samedi soir. En parallèle, je vois Woooote grinder en NL2 avec 50€ de BR. Ça me rassure quelque peu de voir que je ne suis pas le seul à galérer. Et le voir se démener ainsi me fait réaliser qu'on approche de la fin de l'Academy et que les choses deviennent vraiment sérieuses à présent. On dépassera d'ailleurs chacun la barre des 20 000 mains disputées en trois jours à peine.

Dimanche matin, 8 heures. Ma bankroll atteint son point le plus bas. Avec 60€, je suis à cet instant précis dans la charrette des nominés. La semaine est effectivement plus compliquée que prévu... Je deviens totalement scared money par moments. Étant donné le degré de nititude des vilains en face, chaque call à effectuer sur la rivière avec moins qu'un brelan devient un véritable supplice. Et je sais que chaque mauvais call effectué rendra le suivant encore plus stressant. La bonne nouvelle est que deux élèves sont quasiment broke. J'essaye de grinder tranquillement et le soir, vers 21 heures, je remonte à 140€. Sauf gros rush des élèves derrière, je suis à priori sorti d'affaire. Je stagne aux alentours de 150€ et vers 23 heures 30, les derniers sont vraiment loin derrière tandis que le premier élève n'est finalement qu'à 250€. L'épreuve se termine dans trente minutes, je peux même viser la première place en gamblant un peu. J'ouvre alors cinq tables de NL30.

23 heures 50. J'ai 180€ de bankroll et j'ouvre quatre tables de NL50. À 23 heures 59 et à minuit, je prends deux caves en NL 50, l'épreuve est terminée et les bankroll se mettent à jour. Je finis à 277€, le suivant est à 196€. Aucun autre mot que "lol" ne me vient alors à l'esprit... Après le dimanche MTT de la semaine 3, le Sunday Surprise le jour de l'an, je commence quand même à me demander s'il n'y pas des caméras cachées dans le salon avec un Big Brother aux manettes qui s'amuse à jouer avec mes nerfs. À ce rythme-là, les deux dernières semaines de l'académie devraient être assez surréalistes. L'épreuve de commentaires de mains se passe bien, je ne finirai pas Major de Promo mais serai bel et bien là pour l'avant-dernière semaine.

Pression maximale


Semaine 6. Nous ne sommes plus que huit élèves dans l'avant-dernière ligne droite. Nous allons jouer douze matchs de heads-up contre les pros du Team Winamax avant de réaliser une vidéo de cash-game en face-à-face. Trois élèves au minimum seront nominés pour chaque épreuve. L'épreuve de heads-up contre les pros à ce moment de l'académie est celle que je redoutais le plus. Les tête-à-tête vont être terriblement crispants. Et avec au moins trois nominés sur huit, ça risque fort d'être serré jusqu'au dernier heads-up. Le samedi soir confirme mes impressions. Je gagne deux face-à-face sur quatre, et excepté JackAdi, aucun élève ne gagne ses quatre tête-à-tête. Le dimanche soir est horrible. Je perds mes quatre heads-up. Je run bad et ne joue pas très bien. Les pros mettent une agression maximum, sentant bien qu'en face d'eux certains élèves sont scared money. Je repense à l'investissement effectué dans cette Academy depuis deux mois. Chacune des six semaines passées dans l'académie semble m'écraser de tout son poids et mon bras est terriblement lourd à chaque hero call ou 4-bet light.

Je vais devoir gagner au moins trois des heads-up du lundi soir pour éviter la nomination. Je suis dos au mur. Assez curieusement, c'est ce soir-là que la pression se sera faite la moins ressentir et que je jouerai le mieux. Quitte à me faire nominer, autant que ce soit proprement et en ayant un minimum joué mon jeu. Je gagne mes deux premiers tête-à-tête. À 23 heures, tous les élèves ont fini leurs face-à-face excepté Woooote et moi-même. Nous devons tous les deux remporter nos deux derniers affrontements pour ne pas être nominés. On gagne chacun l'avant-dernier heads-up, quelle ironie du sort... On se tire la bourre depuis la première semaine et au moins l'un de nous deux risque de se retrouver nominé sur le dernier tête-à-tête après six semaines d'académie, et ce, juste avant la semaine finale. Woooote gagnera le sien et je perdrai le mien sur un ultime flip... Tellement sick ! Lundi soir, je me retrouve exactement là où je ne voulais pas arriver, au pire moment, épilogue cruel et logique à ces deux dernières semaines... Je vais devoir compter sur un repêchage du public pour faire la dernière semaine. Je n'ai aucune idée de ce que cela va donner et j'avoue que je trouverais cela injuste de sauter maintenant. L'hypothèse de la présence d'un Big Brother rôdant autour de moi me semble de plus en plus plausible.

Après quelques heures passées le mardi à essayer de chercher des voix sur tous les réseaux sociaux vient le temps de l'attente des résultats du vote. Le mercredi, ces derniers tombent. Je suis sauvé avec une avance plutôt confortable. Je trouverai quand même le moyen de whiner un peu intérieurement en me disant que finalement, ce n'était pas la peine d'autant se prendre la tête au cours des deux dernières semaines (j'en profite par ailleurs pour remercier toutes les personnes ayant voté pour moi !). Le repêchage du public m'a regonflé à bloc, et je constate à quel point l'esprit humain est capable d'amnésies et de revirements aussi soudains que brutaux. 48 heures plus tôt, je détestais la terre entière. À présent, j'ai envie d'embrasser tout le monde et les deux dernières semaines tellement pénibles sont totalement passées aux oubliettes. Mon esprit est déjà totalement tourné vers l'ultime semaine.

Dernière ligne droite


L'épreuve finale est dévoilée le soir même. Ce sera un challenge MTT. Durant huit jours, JackAdi, Woooote et moi-même pourrons disputer tous les tournois disponibles sur Winamax. Celui ayant réalisé les dix meilleures performances remportera le contrat. Je suis content d'être dans la dernière ligne droite et de pouvoir enfin jouer pour gagner plutôt que pour éviter d'être nominé. L'épreuve me plaît bien. Je sais que nous ferons entre 30 et 40 MTT par jour, que ce sera usant physiquement et psychologiquement et que nous passerons probablement par toutes les émotions possibles. Il va falloir jouer sans trop se préoccuper de ce que font les autres, et je sais que deux d'entre nous seront terriblement déçus jeudi prochain.

Je finirai quatrième de l'XPERT le premier jeudi soir, sortant sur un banal pile ou face, ce qui me permettra néanmoins de prendre la tête du classement. Ce tournoi me donnera un aperçu de ce que risque d'être cette semaine. On sera souvent tiraillé entre l'envie d'assurer un peu pour grappiller une ou deux places supplémentaires et l'envie de totalement jouer la win, car une victoire dans un gros tournoi peut fournir une avance décisive. A partir de cinq joueurs restants dans ce type de gros tournoi, la différence de points entre chaque place est énorme et pèsera probablement lourd dans la balance finale. Comme souvent dans la semaine qui allait suivre, j'irai me coucher en étant content d'être en tête, mais sans pouvoir m'empêcher de songer à ce maudit coin flip qui aurait pu m'aider à trouver le sommeil un peu plus facilement...

Réveil vers midi le vendredi. Les tournois intéressants commencent vers 13 heures. Je ferai une honorable sixième place dans le Starter en fin d'après-midi ainsi qu'une seconde place dans un deepstack à 5€. Je ferai également un deep run dans le Noctambule mais je finirai aux alentours de la quinzième place vers 5 heures du matin après avoir monotablé durant deux heures. À ce moment-là je me dis que ce rythme risque de ne pas être idéal et qu'il vaudra peut-être mieux dormir un peu plus, quitte à balancer les tournois vers 3 heures du matin s'il reste peu de tables ouvertes sur mon ordinateur. Le samedi sera la copie conforme du vendredi : une septième place dans le Starter et une seconde place dans un deepstack après un heads-up encore une fois mal négocié. Les autres n'ont pas fait de grosses performances malgré quelques deep run et je reste en tête du classement. La liste de mes dix meilleures perfs commence à avoir de la gueule, mais je sais qu'il faudra inévitablement faire au moins un ou deux top 3 dans des gros MTT pour gagner. Je m'endors pas très serein ce soir-là, car le lendemain se profile le dimanche tant redouté...

Dès que j'ai vu l'épreuve finale, je savais que le dimanche, avec ses innombrables tournois à gros field,  s'apparenterait au Galibier de cette académie. Cette dernière pourra se gagner ou se perdre ce jour-là et c'est non sans une pointe d'angoisse que je cliquai sur le bouton "register" des tournois. Mais j'étais encore loin de me douter de la tournure qu'allaient prendre les évènements. Je ne ferai aucune performance notable durant l'après-midi, mais vers 19 heures, JackAdi se retrouve gros chipleader en table finale du Digestif, tournoi à 1500 joueurs. Vers 21 heures, il remporte le tournoi et prend une avance qui a l'air d'être à la fois irréelle et irrattrapable. J'ai fait suffisamment de sessions dominicales pour savoir à quel point il est difficile et improbable de remporter un gros tournoi et je reste presque de marbre tellement cette victoire dans le Digestif a un goût d'irréel. Pourquoi cette win aujourd'hui ? Pourquoi durant cette semaine ? Je me souviens avoir dit à un pote sur Skype que ce n'était pas bien grave, que j'avais prévu de gagner un gros truc le soir-même... Mais je n'y croyais pas moi-même. Pendant dix minutes, les semaines et les épreuves passées défilent dans ma tête et je me dis que l'académie a peut-être bien écrit son épilogue aujourd'hui, avec un peu d'avance. Je me rends compte qu'inconsciemment et naïvement, j'espérais que les positions restent figées en tête du classement et que, comme les jours précédents, personne ne fasse de grosse perf. Pour me rassurer, je me dis qu'il reste encore quelques jours pour marquer des points et changer la fin de l'histoire. Et donc je continue à jouer un peu machinalement pour ne pas trop réfléchir. Ce n'est pas vraiment le bon timing pour se mettre à gamberger...

Minuit. Je suis dans les vingt derniers joueurs en lice dans l'XTASE, tournoi à 1000 participants. Un top 5 me remettrait dans la course. Deux heures plus tard, je suis en table finale et de retour dans la Top Shark Academy, c'est presque inespéré. Chaque place grappillée vaut de l'or, et un Top 2 me permettrait largement de reprendre la tête du classement. J'ai l'impression de revenir de très loin, ce qui rend la table finale un peu moins stressante. Je suis également dans les quarante derniers joueurs du Main Event. En parallèle, Woooote joue de malchance dans deux tournois aux portes des tables finales, et l'écart commence à se creuser pour lui, même si je sais qu'il n'abdiquera pas. Je saute du Main Event sur un move d'équilibriste et me retrouve à côté en heads-up dans l'XTASE. La situation est désormais totalement inversée. L'écart de points entre la première et la deuxième place est énorme et une victoire me donnerait pour le coup une avance à priori irrattrapable. Par ailleurs, mon adversaire semble moyen et j'ai deux tiers des jetons. L'occasion est vraiment trop belle. Quelques minutes plus tard, mon adversaire double après avoir rentré une improbable gutshot river pour craquer mes As. Je finirai finalement second un peu plus tard en perdant avec paire de dames contre As-Roi. La faute à un As tombé sur la rivière. Big Brother se cache définitivement quelque part. Je m'attendais à un dimanche avec quelques rebondissements, mais de là à imaginer qu'il pouvait prendre une tournure aussi dingue... Les commentaires sur les forums confirmeront mon impression, le Galibier a effectivement tenu toutes ses promesses.

À partir de là, je me dis que quoi qu'il arrive, j'aurai été fier d'avoir participé à l'aventure, et surtout à cette dernière semaine. Avec JackAdi et Woooote, on est en train de faire une belle course et je suis très content d'en faire partie. Cela faisait longtemps que je n'avais pas vécu une semaine aussi intense et passionnante. J'en oublie presque qu'il y a un contrat au bout. En fait, je n'ai plus qu'une seule envie, c'est de remporter cette épreuve. Je n'ai pas le souvenir d'avoir spew un seul tournoi au cours de cette semaine. La sensation était assez grisante, même si je me doutais que j'allais devenir quelque peu cinglé à la fin de la semaine.

Lundi. Je me réveille en espérant accroître mon avance. Je me dis que mes adversaires ont peut-être pris un coup derrière la tête, j'espérais qu'ils baissent un peu de pied pour pouvoir enfoncer le clou ce jour-là. Je ferai deux deep run le soir-même, mais à vouloir conclure l'affaire trop rapidement, je me prendrai les pieds dans le tapis. Et pendant ce temps-là, JackAdi se retrouve en table finale de l'XPERT où il finira troisième. Il se rapproche dangereusement de moi au classement, et je me dis qu'à ce rythme, cela va être insoutenable jusqu'au bout. Je m'en veux d'avoir été impatient au cours de la soirée. J'espère que je ne vais pas regretter tous ces heads-up mal gérés depuis le début de la semaine.

Il reste trois jours de compétition et le rythme de grind est désormais bien installé. Je joue assez sereinement les MTT lancés dans l'après-midi. C'est une bonne occasion de grapiller quelques points supplémentaires, et en même temps, il n'y a pas assez de points à marquer pour être rattrapé au classement. Par contre, à partir de 20 heures, un sentiment d'angoisse m'envahit. Avec tous les points que rapportent les tournois du soir, j'ai le sentiment de traverser une sombre ruelle emplie de gens dissimulés prêts à me sauter dessus à la moindre occasion pour me voler les quelques points d'avance que je possède.

La libération !


Je remporte le Magnum le mardi après-midi et JackAdi et Woooote ne font pas de perf le soir-même. J'en profite pour insulter quelques potes qui m'envoient des SMS en me disant que l'affaire semble pliée. Je décide de couper Skype pour les deux derniers jours. Pas grand chose à signaler le mercredi. On arrive au huitième jour, le dernier. On touche au but. Je remporte encore un petit tournoi en fin d'après-midi, ça commence vraiment à sentir bon. Je me concentre sur les derniers tournois tout en suivant du coin de l’œil JackAdi et Woooote qui ne joueront pas trop avec mes nerfs ce soir-là. Vers 1 heure du matin, ça y est ! Cela semble bel et bien officiel après toutes ces émotions et heures passées derrière le pc.  J'ai gagné.

Cette semaine a été tellement intense et prenante qu'une légère et soudaine sensation de vide se mélangent à mes sentiments de joie et de soulagement. J'ai un peu de mal y croire et à réaliser. Je resonge à mes débuts dans le poker, lorsque je lisais les coverages de Benjo et que j'enviais tous ces mecs qui faisaient de gros tournois. La semaine prochaine, ce sera moi qui poserai mes valises à Deauville, et quand j'apposerai le logo Team Pro Winamax sur mon épaule, je réaliserai bel et bien qu'une nouvelle aventure commence, tout en sachant pertinemment que le plus dur reste à faire...