Claque sur claque au Québec

Par dans

Quand on m’a parlé pour la première fois de l’étape World Poker Tour de Montréal, j’étais au bar du Light au Bellagio, à boire des shots de téquila Patron avec mes amis Québécois Marc-André Ladouceur, Pascal LeFrancois et Samuel Chartier. Sans surprise, je n’allais pas retenir grand-chose de la conservation que nous avons eue ce soir-là, en particulier une chose : à entendre mes compères, je n’avais pas le droit de ne pas faire le voyage au Québec, le tournoi allait être trop beau, et l’accueil royal garanti par mes futurs hôtes.

Au réveil le lendemain, je n’ai donc aucun souvenir. Oubliée Montréal, le bar du Light, les futurs swaps avec mes potes, et la demi-douzaine de déclaration d’amour et d’admiration mutuelles. Ce n’est que trois mois plus tard, à l’occasion de l’EPT Londres massivement envahi par les Québécois, que j’entendrai à nouveau parler du tournoi. La joyeuse bande avait réservé un appart’ supplémentaire dans leur immeuble, bref tout était organisé, il n’y avait plus qu’à prendre le billet. Ah, et acheter un manteau bien épais, aussi.

Après un vol de sept heures qui m’aura permis de découvrir les deux chefs d’œuvres, cinématographiques de l’année 2013 que sont The Hangover III et We are the Miller, j’atterris en pleine tempête de neige, la première de la saison me dira-t-on plus tard, et me dirige en taxi vers mon appartement situé dans le quartier Français de Montréal. Car comme me l’apprend mon chauffeur (francophone), plus de la moitié de la ville est anglophone, c’est en réalité à Québec que les francophones sont vraiment en majorité.

Il est tard, je suis éclaté et m’effondre sans avoir pris le temps de regarder par la fenêtre la ville qui s’endort, j’aurai donc au réveil une deuxième surprise : Montréal est une très belle ville, sorte de Brooklyn géant n’ayant que peu de ressemblances avec les grandes villes Américaines que je déteste. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, j’ai toute la journée pour en profiter puisque je ne joue que le lendemain, et il fait super beau.

Alors je me suis ballade dans le quartier Francophone, j’ai (enfin) découvert ce qu’était un poutine, mais rassurez-vous sans (trop) le goûter, j’ai visité des bouquineries, pris le petit-déj’ à l’heure du déjeuner, me réservant le souper pour le casino, il fallait bien que j’aille faire quelques repérages.

Le casino en question est situé dans la réserve indienne de Kanahawkee, à environ une demi-heure du centre-ville, enfin ça c’est quand les ponts sont de bonne humeur, car Montréal est une île et les ponts qui la relient à la terre sont constamment en travaux (gel, dégel, gel, dégel, c’est pas bon pour le béton) et provoquent donc régulièrement des embouteillages géants. La salle de poker est gigantesque avec une bonne cinquantaine de tables réservées au cash-game, des écrans retransmettant tous les sports populaires, sur lesquels il est possible de parier – mention spéciale aux matches de hockey des Canadiens de Montréal, dont les buts sont annoncés par haut-parleur dans toute la salle. La zone de tournoi est encore plus étendue, cent tables au bas mot, et des parties dans tous les sens : satellites, tournois annexes, Sit&Go… Un petit Vegas en somme.

Histoire de me chauffer, je m’assois à une partie chère tenue dans une salle privée, là aussi le service est irréprochable, plein d’écrans de télé, possibilité de dîner ou boire un coup, les croupiers sont très pros et les tables équipées de mélangeurs automatiques… Rien à redire, c’est le paradis pour un joueur de poker. Mais je m’éclipserai rapidement, ayant du pain sur la planche le lendemain.

Le Day 1A de ce WPT à la sauce Caribou se déroule sans accrocs pour moi, je termine avec un très gros tapis, j’économise un re-entry pour les Day 1B et 1C et suis libre pour aller voir le gros derby de hockey entre les Canadiens de Montréal et les Maple Leafs de Toronto (photo ci-dessus). Un match dont mes hôtes me parlaient depuis des semaines. Ils sont tous avec moi dans les tribunes, évidemment (sauf ceux qui jouent le Day 1B), ainsi que pas mal de pros Américains. Le match est un grand show à l’Américaine, 30 000 spectateurs, ambiance extraordinaire à des années-lumière des derbys de foot dégueulasses des championnats Européens où les supporters ne pensent qu’à se taper sur la gueule, ici ils sont là pour encourager leur équipe, se chambrer mais juste un peu, sans aller trop loin. La preuve, les fans visiteurs sont mélangés aux locaux, j’ai même vu un fan de Montréal prendre en photo trois mecs de Toronto à la fin de la deuxième période, alors que dix minutes plus tôt l’arbitre annulait un but litigieux de Toronto. Cerise sur le gâteau, les Habs (habitants de Montréal) remportent le derby 4-2.

La rencontre terminée, nous partons nous enfiler quelques wings arrosés de bière avant de partir, pour les plus courageux, vers LE club de la ville, le New City Gas. Là encore, grosse claque, la boîte est un hangar désaffecté étalé sur deux niveaux, la programmation est très electro, l’alcool ne coûte rien et la vibe est cool. Je reste jusqu’à la fermeture, j’ai encore une journée off derrière pour récupérer, et on m’apprend qu’il n’y a rien à faire ensuite car passé trois heures du matin, plus aucun endroit ne sert de l’alcool. Il y a bien des afters fermant beaucoup plus tard, mais ils n'y servent que des sodas… Je suis crevé, mais le risque associé à la boisson étant écarté, je me dis que cela vaut le coup d’aller explorer un de ces mystérieux et mythiques endroits ouverts jusqu'à pas d'heure, en l’occurrence le Stereo, qu’un site web à classé dans sa liste des « Clubs à voir à tout prix avant de mourir ». L’expérience est très particulière, avec une clientèle aux deux tiers gay mais restant assez éloignée du dancefloor, préférant flirter à grand coup de Powerade au bar, tandis que le reste de la foule, majoritairement en train de planer, danse sur une tech-house très pointue.

La suite au prochain épisode, avec le Day 2 du WPT Montréal, qui durera longtemps et ne sera pas mon dernier…