Ciao l'artiste

Par dans




Il y a de ces articles qu'on aborde à reculons, qu'on repousse à plus tard, le plus tard possible, parce qu'on n'a pas vraiment envie de les écrire. Par exemple l'article que vous êtes en train de lire, et où l'on vous apprend que les chemins d'Antony Lellouche et du Team Winamax se séparent.

Une nouvelle qui fera prendre un coup de vieux à ceux d'entre vous qui suivent l'aventure de l'équipe depuis ses débuts : Antony faisait en effet partie de la toute première mouture du Team Winamax à sa naissance en septembre 2007. Signe des nombreux succès à venir, le professionnel des cash-games parisiens, dont la réputation n'était déjà plus à faire, avait à l'époque baptisé l'équipe d'un coup de sabre parfaitement ajusté en atteignant la table finale du premier tournoi disputé par le Team, lors de l'étape EPT de Londres.

Les cinq années qui ont suivi ont vu Antony vivre les hauts et les bas de tout joueur de poker aux couleurs de Winamax au cours de ses pérégrinations sur le circuit professionnel international...  mais avec ce zeste d'extravagance en plus qui sépare les joueurs comme Antony du commun des mortels.

Aujourd'hui, Antony reste plus que jamais un des joueurs de cash-game les plus respectés d'Europe, dont l'intégrité, la combativité et la jovialité autour des tables n'ont jamais été mises en défaut. Le cash-game, c'est justement ce sur quoi le professionnel veut désormais se concentrer, sans les contraintes qui accompagnent un contrat de sponsoring, les déplacements incessants, les opérations promotionnelles, les contacts avec la presse. « Ces cinq années passées au sein du Team ont été une magnifique expérience », a commenté Anto, « mais je dois maintenant m'investir à fond sur les tables de cash-game, dans un contexte fiscal où être français et sponsorisé est moins profitable que dans le passé. Je continuerai de disputer de temps à autre les grands tournois, mais cela sera un bonus plutôt que mon activité principale. »

Aux couleurs de Winamax, Antony aura, pêle-mêle, manqué de peu un titre EPT à San Remo au printemps 2008 (remportant plus d'un demi-million d'euros face à un nouveau venu nommé Jason Mercier), couru les tables de cash-game les plus chères du globe jusque dans les endroits les plus reculés, nous narrant au passage avec bonheur ses aventures sur le blog du Team, gagné, et perdu des fortunes au cours de ces voyages, tourné un épisode de « Dans la tête d'un pro » à Vienne, défié les amateurs de Omaha sur Winamax, animé nos cash-games high-stakes en ligne, enregistré des vidéos stratégiques pour notre Poker School, passé deux nuits en garde à vue après s'être retrouvé au beau milieu d'une opération de police visant à démanteler un cercle de jeux, remporté quelques tournois par-ci par-là, atteint quelques finales aux Championnats du Monde... Tout en s'imposant comme un pilier du Team Winamax, que ce soit à la table ou en dehors, où sa compagnie était toujours chérie par ses coéquipiers. Je pourrais consacrer des pages et des pages d'anecdotes à propos des moments mémorables passés en compagnie d'Antony, les restos inoubliables, les soirées en boîte jusqu'à pas d'heure et les maux de tête le lendemain, les parties de tennis aux enjeux affolants, les après-midi de pêche au bord du lac Mead...

Si l'on écrit un jour le Grand Livre d'Histoire du poker français, nul doute qu'un large chapitre sera consacré à Antony Lellouche, professionnel parmi les professionnels. En attendant, Antony va continuer d'écrire sa légende au quotidien, en ligne et en dur. Merci pour tout, Anto : on ne se perdra pas de vue, qu'on se le dise !

Avec le coach Stéphane Matheu (WSOP 2010)

Témoignages du Team

Manuel Bevand : « Ce qui m'a le plus frappé lors de ces nombreuses années passées aux côtés d'Antony sur le circuit, c'est la présence qu'il dégage à table. On ne peut pas être assis avec lui sans être hypnotisé par ses moindres mouvements. C'est probablement le joueur du Team avec qui j'ai partagé le plus de tables et chaque occasion m'a permis d'apprendre quelque chose. Son jeu est imprévisible, créatif, ses lectures de tells en live sont imparables, mais son plus fort point est la confiance avec laquelle il dissèque la range adverse à coups de serpe. De plus, avec les swings insensés qu'il a connus, il domine l'aspect lutte psychologique du poker mieux que personne.

Humainement, tout le monde connaît et louera sa générosité, mais celle-ci est d'autant plus remarquable qu'elle est invariable, tant en période de disette qu'en période faste.

Je pourrais chanter ses louanges toute la journée mais je n'en ai pas particulièrement besoin car son palmarès et sa réputation parlent pour lui. Pour moi Antony est en train de construire une légende. Je me sens privilégié d'avoir pu le côtoyer si longtemps. »

Finale à Paris avec Tristan et Davidi (Septembre 2011)

Davidi Kitai : « Je me souviens d'Antony Lellouche à l'Aviation Club de France il y a dix ans... Il avait 20 ans à peine et il jouait dans les parties high stakes contre des vieux de soixante ans ! J'étais très impressionné et l'observais en cachette... Quelques semaines avant mon intégration au sein du Team Winamax en 2008, j'ai retrouvé Anto à l'EPT San Remo. Il fumait des clopes dehors alors qu'il était en demi-finale du tournoi, laissant ses blindes tourner ! Son détachement à l'argent m'a toujours impressionné... D'ailleurs, il relativise dès qu'il perd une grosse somme. ‘'Bon, ce n'est que de l'argent'', dit-il.

C'est un homme avec un grand cœur. Je l'ai souvent vu donner des gros billets à des sans-abris dans la rue. Il aide aussi beaucoup ses proches et est toujours partant pour régaler ses amis d'un restaurant haut de gamme ou d'une soirée mémorable. Un vrai épicurien qui vit chaque jour comme si c'était le dernier.

Malgré ses spew dans la vie de tous les jours, il a toujours su rester très professionnel à la table et dans sa préparation. C'est pour moi le meilleur joueur de Pot-Limit Omaha français de tous les temps. »

A Las Vegas (WSOP 2010)

Antony Lellouche et Winamax, c'est :

- En ligne, deux victoires et cinq finales sur le High Roller à 300€, une demi-finale lors du Main Event, de nombreuses tables finales sur des Deepstack Hold'em, mais surtout des sessions endiablées sur les plus grosses tables de cash games de Pot-Limit Omaha du site depuis les débuts de Winamax.

- En live, une table finale dès son premier tournoi sous les couleurs de Winamax : c'était à l'EPT Londres en septembre 2007, où Antony avait atteint la sixième place. Ce fut le coup d'envoi d'une brillante série durant laquelle Antony a accumulé 34 places payées sur le circuit, avec notamment 11 sur les seules World Series of Poker, parmi lesquelles figurent non moins de 3 tables finales (9ème du 5,000$ PLO High/Low 2009, 9ème du 10,000$ 7-card stud 2011, 9ème du 2,500$ Omaha/Stud 2011). Sur le circuit européen, Antony n'est pas en reste avec 6 places payées dont 3 tables finales à l'European Poker Tour : 6ème à Londres en 2007, 8ème dans la capitale anglaise dès l'année suivante, et 2ème de l'EPT San Remo au printemps 2008. En 5 ans, Antony Lellouche a remporté plus de deux millions de dollars sur le circuit. Un palmarès auquel il manque un titre majeur, certes, mais qui est du domaine de l'excellence quand on sait que les cash games restent son activité principale.

Avec le Team (Septembre 2011)


Benjo DiMeo

Triple vainqueur VSOP à Cognac.

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