[Blog] Voyage à l'autre bout de la Terre

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Blog François Pirault Facebook

Février 2013. Étudiant en Licence et complètement perdu dans mes études, je me vois proposer par deux amis de la fac de les suivre pour une année sabbatique en Australie. J'ai alors en tête de me réorienter et le timing semble parfait : c'est un grand oui ! À cette époque, le poker fait déjà partie de ma vie depuis quelques années et il m'arrive de rêver d'en vivre un jour. À lire les coverages, j'ai des étoiles plein les yeux devant les résultats des Ludovic Lacay, Davidi Kitai, Nicolas Levi et consorts.

C'est tout droit

Pour financer en partie ce voyage programmé huit mois plus tard, je bosse un peu dans l'animation l'été et prévois de mettre de l'argent de côté en jouant au poker. C'est une occasion de voir si je peux être pro en augmentant mon volume de jeu. Par chance, les dieux du poker m'entendent et je vis le plus gros rush de ma vie : je fais runner-up de La Fièvre, remporte le multiplex poker et le Mad Max et termine 4e d'un tournoi Winamax Series !

Mon budget gonfle d'un coup et ce rythme de vie me plaît bien. Ce good run booste ma confiance et j'ai même l'impression que c'est facile d'être pro. J'envisage déjà de m'y mettre à 100% à mon retour ! Spoiler : ce sera loin d'être aussi simple... La suite du programme est elle déjà écrite : notre road trip doit durer neuf mois au total et on compte bosser sur place dans des fermes pour gagner un peu notre croûte.

Avion

La tête dans les nuages

Un casino sauvage apparaît !

Octobre 2013, c'est parti ! Après vingt longues heures de vol, nous posons enfin les pieds au pays du surf, et plus précisément à Perth, une ville côtière de l'ouest de presque 2 millions d'habitants. Après une semaine, on décide d'acheter un van aménagé qui nous servira de maison et on visite un peu la ville.

Allez savoir pourquoi, il y a un casino et j'y fais un tour pour découvrir de belles tables de cash game. Une occasion en or pour confirmer mon ambition pokeristique. Petit bémol : il n'y a rien en dessous de la NL500 $ alors que ma mise moyenne sur Winamax était de 6 €. Mais bon, je suis jeune, mon capital vient d'augmenter, je suis sur une bonne dynamique... Allez, on n'a qu'une vie : ouste la gestion de bankroll et let's go direction la 2/5 $ !

François Pirault Mer

Cagoule droit devant !

Trois heures plus tard et 500 $ en moins, je me sens vide. Je n'ai jamais perdu autant d'argent en si peu de temps, ça pique. Mes potes me rejoignent et on part en soirée pour oublier tout ça. Mon budget reste correct et on a prévu de bosser en ferme, tout va bien.

Les diables en Tasmanie

Après un mois à visiter la côte ouest et ses paysages magnifiques, il est temps de chercher du travail. De mon côté, malgré une première session au goût amer, je suis retourné au casino quatre, cinq fois pour un bilan net d'environ -300 $, après être descendu à -800 $. Je découvre petit à petit l'univers du cash game live et des gros swings et joue un peu avec le feu avec ma vingtaine de caves en stock.

À peine descendu en dessous de Perth, on apprend une mauvaise nouvelle : la saison est décalée. Changement de plan, on s'envole pour la Tasmanie ! Ils cherchent du monde pour cueillir des cerises et apparemment c'est plutôt bien payé. Motivés par l'appât du gain, on vend notre van et on file vers Hobart, ville principale de l'île.

François Pirault Van

RIP le van, petit ange parti trop tôt...

Arrivés sur place, on loue une voiture, bien décidés à chercher un lieu où cueillir ces fameuses cerises. Rebelote : la saison est également repoussée et il faudra être patient. Fort heureusement pour moi, Dame Nature fait bien les choses et cette charmante île (grande comme deux fois la Belgique) possède aussi son casino. On loue un AirBnb et je décide d'aller tester ce nouveau lieu. J'en suis convaincu : cette fois-ci c'est la bonne ! Les tables les plus abordables sont cette fois-ci des NL300, synonymes de swings plus faibles. Me voilà rassuré. Avec les pertes sur la revente du van, le billet d'avion et les différents frais, j'ai environ 25 caves en stock à ce moment-là. Je me dis que c'est plus safe. L'avenir me dira le contraire.

La descente aux enfers

J'emprunte la voiture presque tous les soirs pour enchainer les sessions négatives. Mon mental est de plus en plus impacté par les résultats, je me sens malchanceux. Le fond du gouffre est atteint lors d'une fin de soirée où j'ai la chance de pousser mes 150 blindes préflop avec une paire d'As contre l'ultra-agressif de la table qui possède cette fois-ci deux Rois : un Roi dès le flop vient m'anéantir. Je ressens beaucoup d'injustice avec un bilan d'environ -1 500 $ sur deux semaines. Malgré les visites et soirées avec mes potes, j'ai de plus en plus de mal à penser à autre chose.

Suite à cette énième soirée dans le rouge, il est temps de prendre une décision. J'ai conscience que mon budget diminue et que le travail en ferme va peut-être prendre le relai sur les soirées de tripotage de jetons. Je m'autorise une dernière cave de 300 $ en espérant un miracle mais au fond de moi j'y crois très peu.

François Pirault Désert

La fameuse traversée du désert

Un flop séduisant

Je pose les jetons devant moi, conscient qu'il s'agit possiblement de ma dernière soirée poker en Australie. Nous sommes en milieu de soirée quand arrive ce coup. J'ouvre à 9 $ UTG avec 89s et 400 $ devant moi. Le hi-jack me surrelance à 30 $ et le bouton paie. Le premier joueur m'est inconnu mais je connais bien le bouton, une Asiatique avec un style de jeu serré.

Je complète et le flop vient 887 avec un tirage couleur, pas le mien. L'excitation monte, je cache ma carotide avec ma main gauche. Je check, le HJ mise 40 $ et le bouton paie. Je décide de check/raise à 120 $. Le joueur au hi-jack se couche et la joueuse décide de faire tapis. Aïe. Mon instinct me dit que ça ne sent pas bon du tout avec mon read sur son style de jeu. De plus, j'ai construit une image correcte au cours des dernières sessions et je la vois mal investir tout son capital avec un tirage ou une overpair. J'essaie de me convaincre de fold mais l'impact mental de l'enchaînement des soirées perdantes et l'amour que je porte à ma main sont plus forts. Je finis par craquer et paie.

Elle claque sa main sur le tapis vert : 77 pour un magnifique full floppé ! J'entends déjà vrombir au loin le moteur du tracteur et sonner le réveil à 7h du matin pour aller ramasser des aubergines sous 45 degrés avec un tee-shirt trempé de sueur. Après tout, c'était le plan de base. La vie me fait signe qu'il est temps d'arrêter mes conneries, de redevenir raisonnable… sauf que le turn est un 8 pour carré !!! J'explose de joie, c'est complètement fou, inespéré ! Une fois calmé, je ramasse les jetons avec ce sourire gêné du mec à la fois heureux et un peu mal à l'aise d'avoir infligé un tel bad beat. Quel moment ! Huit ans après, j'ai encore les images gravées dans ma mémoire. Je finis la soirée positif et, lors de notre dernière semaine à Hobart, je remonte la pente pour terminer à +200 $. Un scénario miraculeux au vu des deux premières semaines.

Tirer les leçons

François Pirault Paysage

En train de méditer sur le sens de la vie

Pendant longtemps, j'ai cru que ma bonne étoile m'avait aidé ce soir-là. Avec du recul, j'en suis bien moins convaincu. J'ai plutôt raté une belle leçon de vie et les apprentissages qui en découlent. D'ailleurs, je réitérerai les mêmes erreurs durant les mois de mon retour en France, mais sans le petit coup de pouce de Dame Variance cette fois-ci. Je prendrai alors conscience de mon niveau de jeu très moyen et que devenir pro ne se fait pas en un claquement de doigts !

À froid, j'ai fait plusieurs erreurs pendant ce séjour. De quoi dresser une courte liste :

Un mauvais bankroll management. Il s'agit pourtant d'un élément essentiel à toute personne qui souhaite progresser et évoluer dans le milieu. Jouer dans ses limites diminue le stress, évite l'endettement et permet de jouer avec plus de sérénité et, in fine, de garder un niveau de jeu plus élevé.
Vouloir rattraper mes pertes et négliger les pauses. Ces dernières font partie du processus d'évolution. Avoir une vie en dehors du poker permet d'arriver mentalement plus fort aux tables et évite de vouloir surjouer quand on sait que l'on doit fold.
Croire que mes acquis étaient suffisants pour vivre de notre jeu de carte favori. La remise en question et le travail du jeu sont plus que nécessaires pour rester à jour et espérer être compétitif dans ce milieu.

Épilogue

Route

La route est longue et sinueuse

On passa les mois qui suivirent à voyager, visiter des lieux incroyables, s'imprégner d'une culture nouvelle et découvrir de nouveaux casinos pour ma part. Le ramassage de fruits et légumes ? Il ne concerna finalement que mes deux acolytes. À Melbourne, j'ai même participé à un tournoi à 1 100 $ des Aussie Millions et eu la surprise de m'asseoir à la droite de Marvin Rettenmaier sur une table de NL300 $ ! Pour les non-initiés, on parle d'un joueur aux millions de dollars de gains, qui s'amusait alors avec ses potes en buvant des bières. Pour étoffer l'anecdote, il nous a même posé un beau brag en sortant de sa poche un jeton de 5 000 $ pour recaver sur notre table... que la croupière refusa, car trop gros pour ces basses limites.

En espérant que ce petit récit de mes aventures australiennes vous a plu, je prends une pause d'une semaine avant de vous retrouver très vite pour un nouveau Top of The Pok ! Prenez soin de vous et à bientôt !

Les pages à suivre

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On_The_Road

Sa deuxième tentative sur la Top Shark Academy s'est soldée par un high score monstrueux. Le Nantais est un vrai guerrier !

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