[Blog] Une méthodologie du grind online

Par dans

Depuis quatre ans j'ajuste mon quotidien en fonction de mes forces et mes faiblesses, en essayant à chaque fois d'apprendre de mes erreurs et mes expériences. Peu d'entre vous le savent, mais j'ai connu à Málaga un épisode sombre, qui m'a laissé à 22 ans complètement fauché, et même gravement endetté. Paradoxalement ce fut une de mes périodes les plus heureuses de ma vie. Pour l'anecdote, je faisais croire à mes parents que j'allais à la Fac, préparais mon faux sac de cours et partais du lundi au vendredi jouer online chez Flavien Guénan, et remportait des tournois à 10 centimes. Six mois plus tard j'avais regagné 150 000 euros. J'ai bien entendu connu un goodrun d'enfer, mais j'ai surtout du rationnaliser mon approche du grind afin me donner un maximum de chance de me sortir de l'énorme bourbier dans lequel j'étais.

Cette méthodologie du jeu online s'articule autour de trois axes : 

Timings de montée de limite : savoir jouer les bons tournois aux bons moments.
Timings d'apprentissage : sélectionner les bons contenus techniques aux bons moments.
Éviter le burnout : maintenir un poker de qualité sur le long terme.

1) Timings de montée de limites

A) S'imposer un volume minimum

Pour faire face à cette première contrainte, j'utilise un système semblable au système scolaire, où j'alterne phases de jeu intensives comprenant quatre ou cinq sessions par semaine et phases de vacances où seule la session du dimanche est obligatoire. En règle générale, accordez-vous quatre semaines de jeu pour une semaine de vacances, modulable selon vos sensations. Plus votre bankroll est basse, plus vous devez vous astreindre à faire du volume. Considérez-ça comme une sorte de phase de décollage qui peut prendre du temps car les fields de tournois à faibles limites sont énormes. Pour réduire un peu cette variance, vous pouvez également vous inspirer de mon billet Comment obtenir son ticket pour la finale du WiPT et jouer l'après-midi. Ne l'oubliez jamais, la maitrise du multitabling est indispensable pour s'extraire des basses limites. 

B) Quand monter de limite?

Mixer de manière anarchique les buy-ins est fortement déconseillé. Tout d'abord car les approches stratégiques sont différentes, d'autre part car si vous vous faites éliminer de la frange haute de vos buy-ins il vous sera difficile de vous remobiliser sur les tables qui vous restent.

Voici un tableau purement indicatif de paliers possibles (plus vous dominez la limite plus votre gestion de bankroll doit être agressive) : 

Bankroll Volume minimal Volume conseillé
300€ - 600€ 10 tables entre 1€ et 5€ 20 tables et plus
600€ - 1 200€ 10 tables entre 2€ et 10€ 20 tables et plus
1 200€ - 3 000€ 8 tables entre 5€ et 20€ 16 tables
3 000€ - 6 000€ 7 tables entre 20€ et 50€ 14 tables entre 10€ et 50€
6 000€ - 20 000€ 6 tables entre 50€ et 100€ 14 tables entre 20€ et 100€
Plus de 20 000€ 5 tables entre 100€ et 300€ 12 tables à plus de 50€

Attention, au moment de monter de limite, commencez par des sessions qualitatives. Autrement dit, jouez sur moins de tables, astreignez-vous à un important travail de prise de notes, utilisez un code couleur pour identifier certains types de joueurs et choisissez soigneusement les informations que vous voulez recevoir de votre tracker. Voici les données que je conseille d’afficher lors des premiers paliers :

 VPIP : pourcentage de mains dans lesquelles rentre un joueur qui doit miser pour y participer.
 PFR : pourcentage de mains qu'un joueur a relancé avant le flop.
 Agression Factor : littéralement facteur d'agressivité, établi en divisant le nombre de mises et de relances par le nombre de calls effectués.
 Fold to Steal : pourcentage de mains où le joueur en petite ou grosse blinde se couche après une tentative de vol du joueurs au cutoff, au bouton (ou en SB).
 M : nombre de tours qu'un joueur peut disputer s'il jette toutes ses mains.

Avec tout cela en évidence, vous aurez moins de risques de voir une spirale négative s'enclencher. Mais si jamais ces sessions se passent mal, redescendez de limite immédiatement.

Le multitabling, un art qui demande de la pratique.

Il faut monter par étapes, en étant sûr d'être assez aguerri et fort psychologiquement pour s'attaquer à des tournois plus chers, donc plus durs. Il faut pouvoir se faire éliminer des tournois sans que la perte financière ne vous affecte. Commencez par des sessions sur les buys-in que vous maitrisez, avec un prix d’entrée moyen d'environ un centième de votre capital. Une fois que vous vous sentez à l'aise, commencez par augmenter progressivement le nombre de tables que vous jouez, avant d'enfin vous lancer sur les buys-in supérieurs. 

2) Timings d'apprentissage

A) Notez, compilez, partagez

Sur le plan technique, la première chose est d'aller chercher des informations. J'ai pour ma part toujours un fichier Bloc-notes ouvert et je compile les mains qui m'ont posé problème au cours de ma session. Je les poste ensuite soit sur des forums soit à des amis pour en débattre. Wam-Poker, Facebook, Skype sont autant d'outils à votre disposition pour demander des avis sur des hand histories.

B) Étudiez les contenus qui vous conviennent

Ne commencez pas par regarder des vidéos de cash game high stakes Heads-up. Les coups joués par les joueurs réguliers de limites 500/1 000 vous paraitront peut-être intéressants sur le moment, mais ils ne fonctionneront pas sur un tournoi comme le Cinq Majeur ! Si vous jouez en basses limites, il vous faudra exploiter au maximum les faiblesses adverses. Les sessions Twitch d'Adrien Guyon par exemple sont de véritables démonstrations de jeu exploitant. Si vous êtes déjà réguliers des tournois à 50 et 100 euros et que vous souhaitez vous frotter aux Highrollers, Grand Tournaments et autres satellites EPT, la dernière vidéo d'Alexandre Luneau sera une véritable mine d'informations pour acquérir les connaissances théoriques nécessaires afin d'équilibrer vos ranges et vous défendre face aux meilleurs joueurs. Ce ne sont bien entendu que des pistes d'apprentissage parmi tant d'autres tant il existe une infinité de moyens de progresser.

3) Éviter le burnout

A) Sur le plan physique 

Grinder de manière méthodique suppose la planification de ses heures de sommeil. Pratiquer une activité physique est aussi fortement conseillé. Lorsque j'ai découvert le poker à mes 20 ans, j'ai complètement négligé ces deux aspects. Je dormais de manière anarchique et avais complètement arrêté le sport. Après des premiers mois tonitruants avec plus de 60 000 euros de gains online (dont une victoire sur le Main Event) j'avais aussitôt tout reperdu – et plus encore – en faisant littéralement n’importe quoi. 

Ce serait dommage d'en arriver là.

Pour les joueurs de poker qui ne vont pas forcément s'entraîner de manière régulière, voici mon programme pour les six semaines à venir. Il s'agit d'un programme d'entraînement de 45 minutes plutôt intense, qui a l'avantage de vous faire travailler tout le corps, et qui ne nécessite aucune assistance. Idéal pour se remettre à niveau si vous n'avez pas pratiqué d'activité physique depuis longtemps.

 Échauffement : cinq minutes de vélo, cinq minutes de rameur
 Presse (cuisses, fessiers)
 Leg extension (quadriceps)
 Leg curl (ischio-jambiers)
 Pull over (pectoraux)
 Shoulder Press (épaules)
 Tirage à la poulie basse (dorsaux)
 Développé haltères (pectoraux)
 Tractions verticales (dorsaux)
 Dips (triceps) 
 Curl avec haltères (biceps) 
 Poulie haute (triceps)

Sur chaque exercice, il faut effectuer deux fois dix répétitions. Les trois dernières répétitions doivent être dures, et le rythme soutenu tout au long du circuit. Il faut que le cœur monte légèrement. Les premières fois, je me retrouvais cramé après les tractions verticales. Aujourd’hui je finis le circuit en entier sans mourir. Faites-le deux ou trois fois par semaine avec, en complément, une à deux séances de cardio d'une heure à intensité modérée, et complétez avec des exercices de gainage et d’abdos de temps en temps quand vous prenez vos jours de repos. En outre, Je ne le répéterai jamais assez, forcez-vous à vous réveiller à 13 heures AU PLUS TARD.

B) Sur le plan mental

Alternez phase de jeu intensif et phase de récupération. En général les symptômes du burnout sont toujours les mêmes : 

 Incapacité à se concentrer durant une longue plage de temps,
 La pause à moins cinq apparait comme un énorme soulagement,
 Lassitude au moment de lancer les tables,
 Impatience, spew.

Dès que vous ressentez ces signes, n'attendez pas d'avoir perdu une tonne, utilisez votre temps pour autre chose que le poker, un hobby qui vous change les idées et vous fasse plaisir. Rien n'est plus motivant que de s'accorder des cadeaux à chaque montée de palier par exemple. Si vous passez de 300 à 1 200 euros de bankroll, accordez-vous un bon resto ! Si vous passez de 3 000 à 15 000 euros, partez en vacances ou offrez-vous magnum en boîte !

Après l'effort...

Voilà donc pour les ajustements du mois de janvier. Pour la suite, j'ai prévu de poster au quotidien mes sessions sur mon mur Facebook, et de tenir une comptabilité précise. Libre à vous de vous caler sur ce programme si vous en avez le temps et l'envie, j'attends vos retours avec impatience. J'en profite également pour vous souhaiter une belle et heureuse année 2016. Rendez-vous maintenant début mars au Cercle Clichy-Montmartre pour la Grande Finale du Winamax Poker Tour !


LeVietF0u

Il a remporté les plus gros tournois W et fait souvent parler de lui en live : il est l’un des grands espoirs de la jeune génération.

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