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Dans ce billet de blog, je vais vous raconter mon entrée (relativement récente) dans le cercle très fermé des tournois highrollers, là où les liasses de billets représentent plus souvent un pourboire qu’autre chose. Je vais tâcher de vous retranscrire mon état d’esprit lorsque je plonge au milieu des requins de ces tournois peu médiatisés.

Avant de faire partie du milieu du poker, j’aurais juré que jamais je ne miserais 10 000 €, 25 000 € ou même 100 000 € sur une partie de cartes. Le jeune Romain de 18 ans était bien plus sage et soucieux de ses sous. Ahhh, mes amis, les temps ont bel et bien changé !  Enfin, ne vous inquiétez pas : je ne me déplace pas encore en jet privé entre deux suites royales des plus beaux hôtels du monde.

Je me rappelle d’un échange avec mon grand-père anglais il y a huit ou neuf ans, alors que je disputais des parties gratuites sur Facebook avec mes potes :

Grandpa : « Je te fais confiance Romain, mais promets-moi de ne jamais mettre un pound sur un jeu de hasard ! »
Jeune Romain : « Bien évidemment Grandpa, je ne fais ça que pour m’amuser avec mes amis. De toute façon, je n’ai pas l’âge pour jouer et je ne vais quand même pas devenir un gambler (lol). »
Grandpa, pas franchement convaincu, mais souhaitant éviter la dispute : « Ok son, viens aider ta mamie à mettre la table, roast dinner is on its way ! »

Partie stoppée, dîner avalé et discussion oubliée… Mais quelques années plus tard, alors que je réfléchissais à franchir le pas et devenir un joueur pro, cette conversation m'est revenue en tête. Aujourd’hui Grandpa me regarde fièrement de là-haut, j'en suis certain. Comme moi, il a dû avoir un peu peur au début, puis il a dû essayer de comprendre et d’apprendre pour effacer cette peur. C'est le récit de mon chemin, depuis les parties gratuites de Facebook jusqu’à mon premier highroller EPT.

Nous sommes nombreux à avoir démarré par des parties gratuites ou à petit buy-in. Tout simplement car le jeu nous plaît, à la manière d’un jeu de société. Ainsi, lors de mes 18 ans, je me suis inscrit à un ClubHouse de poker à Bordeaux au sein duquel j'avais quelques amis. J’ai également commencé à jouer online, sans grand résultat pendant un an, si ce n’est le fun que j'en retirais. Je mêlais alors études et poker, mais ce dernier prenait de plus en plus de place. J’ai commencé à me déplacer avec des amis sur quelques tournois live.

Un ou deux jolis résultats plus tard, c’est clair dans ma tête : le poker n’est plus qu’un simple hobby, je souhaite devenir le meilleur. J’arrive alors à une fine frontière : vais-je devenir le gambler que je m’étais promis de ne jamais être, ou un joueur professionnel, un métier dont je ne connaissais même pas l’existence du temps de cette fameuse conversation avec Grandpa.

J’étais jeune, bien entouré et au courant des difficultés que la génération précédente de joueurs pro avait rencontré. Les indicateurs semblaient au vert, j’étais prêt à changer de vie, déménager et m’attaquer au circuit. Pourtant, sortir de ma zone de confort et passer pro reste aujourd’hui la décision la plus difficile que j’ai eue à prendre de ma vie. Ainsi que de devoir l’annoncer à ma famille…

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Première grosse étape : l’European Poker Tour de Prague en 2015. Pour mon tout premier buy-in au-dessus de 1 000 €, j’avais décidé de me faire staker. L’idée de participer à ce tournoi était assez folle, mais je mourais d’envie de me tester et je me sentais en pleine confiance. Une fois que j'avais décidé d’arrêter mes études, je voulais prendre des risques pour franchir rapidement les étapes. Quitte à me planter et réaliser que ce métier n’était pas fait pour moi.

Fin de mon premier Day 1 sur un EPT avec 9 300 jetons (pour 30 000 de départ), puis élimination au deuxième niveau du Day 2. Pas franchement le rêve attendu. Ce sport donne parfois des coups, il faut savoir les recevoir. C’est un vrai uppercut que j’ai pris sous le menton à ce moment-là. Mes amis m’encourageaient à jouer le side-event à 2 000 €, mais j’étais encore groggy et au sol après cette défaite.

Autant je n’étais pas encore très à l’aise avec les montants engagés, autant j’étais vraiment surpris par le niveau de certains joueurs. J’étais jusqu’alors persuadé que tous les joueurs qui engagaient 5 000 € et plus pour jouer un tournoi de poker étaient au moins aussi compétents que moi. Mais j’ai bien vite réalisé que ce n’était pas forcément le cas.

Aussi, après quelques heures de récupération, j’ai décidé de remettre les gants. J'ai accepté de me faire stake pour ce side-event. Bingo : une journée plus tard, je me retrouve à 24 joueurs restants, attablé en compagnie de Fedor Holz et de… Davidi Kitai. Nous sommes à la pause, et je n’ai pas encore adressé la parole au « génie ». Je suis alors un peu au-dessus de son tapis en jetons, et lui propose timidement un « swap » à 5%. Il accepte sans hésiter : je vis un peu le rêve, je suis tout content et ma confiance est gonflée. Je termine deuxième du tournoi pour 79 000 € et je suis aux anges.

Les choses vont alors s’accélérer. J’ai reçu un appel de Davidi dans la nuit pour me féliciter, mais pas seulement… Il me proposait de jouer le 10 000 € Highroller du lendemain. Peut-être était-ce un peu tôt, sûrement même, par rapport à mon expérience et mon niveau de jeu, mais certainement pas en termes de confiance. La confiance et le momentum sont des éléments que je juge très importants pour expliquer la réussite d’un joueur. Je me suis laissé porter par le génie belge et je me suis retrouvé face aux meilleurs joueurs du monde sur un tournoi à cinq chiffres.

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Et bien m’en a pris. Je termine le Day 1 chipleader du clan français. Bon, certes, avec à peine cinq représentants, ce n’était pas si dur, mais c’est encourageant et mon tapis est bien au-dessus de la moyenne. Je suis passé par différents états mentaux. Avec beaucoup trop de top-players à toutes les tables, j’étais au départ clairement impressionné. À cause de l’argent en jeu et du regard des autres, je me mettais une certaine pression. Beaucoup de joueurs plus expérimentés ou avec un plus joli palmarès que moi n’avaient pas la chance de participer à ce tournoi et j’avais envie de bien faire.

Puis toutes ces petites appréhensions se sont envolées au fur et à mesure des coups gagnés et des joueurs éliminés. J’ai oublié les autres pour me concentrer sur moi. J’ai malheureusement fini par bust à quelques places de l’argent mais l’expérience et la confiance engendrées par ce tournoi ont donné un vrai boost à ma carrière.

Retour au présent, vingt-et-un mois après ce premier highroller. Je suis devenu un joueur aguerri du circuit et je peux vous donner un ressenti de ces tournois. S’ils sont moins médiatisés que les Main Events, c’est tout simplement car ils sont moins accessibles. Mais l’enjeu y est pourtant parfois plus important.

Il n’y a pas de qualifications onlines pour ces épreuves. Il y a certes quelques satellites live durant le festival, mais ce sont avant tout des events réservés aux joueurs les plus fortunés. Vous ne lirez jamais une belle histoire du genre : « Jimmy s’est qualifié pour 13 € sur Winamax avant de remporter le 25 000 € Highroller des Bahamas. » On n’essaie pas de vendre du rêve avec ces tournois, ils sont simplement inscrits dans un coin du programme : « 14h00 - Day 1 Highroller EPT 25 000 € ». Du coup, qui les joue ?

Les meilleurs joueurs du monde, d’une part, bien entendu. Possédant à la fois la bankroll pour supporter la variance de ces buy-ins démesurés, ainsi qu’un niveau de jeu leur assurant de pouvoir gagner de l’argent contre les autres pros, ils constituent une base logique du field des highrollers du circuit (et pas celle qu’on préfère rencontrer). Puis d’autre part, les joueurs comme moi qui se font financer une partie de leur tournoi par des investisseurs externes.

Vous allez me demander pourquoi diable serait-il rentable d’investir ainsi face aux meilleurs joueurs du monde ? Tout simplement car il ne faut pas oublier toute une gamme de joueurs récréatifs et fortunés qui sont fans de poker et s’asseyent à ces tables pour le kiff. Ils peuvent représenter jusqu’à 20 % du field. En termes d’argent, c’est un sacré pactole à aller chercher. La principale difficulté étant alors de parvenir à adapter notre stratégie de manière optimale selon le style de notre adversaire, entre top reg et businessman aviné.

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Je travaille mon jeu toute l’année avec Sylvain, Davidi, Ivan, Guillaume et autres habitués du circuit pour devenir le plus équilibré possible. Quand nos adversaires n’ont pas tous le même degré de réflexion dans le jeu, il faut savoir être flexible. Je cherche par exemple à être le moins exploitable possible contre les meilleurs et le plus exploitant possible contre les moins bons. Toutes ces adaptations prennent un temps fou à mettre en place dans mon jeu et si je ne me vante pas de mes résultats sur ces tournois, c’est simplement car ils sont encore trop décevants.

Un autre élément important qui peut différencier les meilleurs joueurs du monde sur les Highrollers est le rythme et l’hygiène de vie. Le travail technique ne suffit maintenant plus à créer l’écart, mais l’état mental et physique est pour moi la clé de la réussite. Si on observe les victoires en série des Holz, O’Dwyer, Trickett, Schemion ou encore Urbanovitch, on remarque des patterns. Cette fameuse vague (ou cycle, pour emprunter un terme cher à un collègue du Team), le momentum durant lequel le joueur maîtrise son run et prend systématiquement la meilleure décision. Il s’agit de se mettre dans les meilleures conditions mentales pour que « la préparation rencontre l’opportunité », ainsi que Doyle Brunson définit la « chance » au poker.

J’ai appris aujourd’hui à considérer les highrollers comme les autres tournois. Le prix d’entrée est plus élevé et le field plus prestigieux, certes, mais c’est un investissement qui sera un jour, je l’espère, rentable. Je joue parfois moins d’action que sur mes autres tournois de l’année, mais c’est normal dans une optique de gestion de bankroll saine. Vous seriez d’ailleurs surpris de constater la très faible minorité de joueurs qui jouent 100 % de leur action sur ces tournois.

Il y a également un véritable challenge à participer à ces épreuves relevées. Les décisions sont compliquées et la variance est parfois cruelle. Mentalement, c’est parfois très difficile. Un mauvais run sur quelques highrollers consécutifs peut détruire les résultats d’une année de travail online, par exemple. C’est ce qui me motive, je veux connaître mes limites et j’ai le sentiment qu’en me donnant toutes mes chances, je vais y arriver.

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Mon palmarès n’est pas très beau sur ces tournois, mais j’ai acquis énormément d’expérience. Pour dix tournois à 10 000 €, je n’ai qu’un seul ITM, et pour deux à 25 000 €, aucun. Pourtant, je suis très content de la manière dont j’ai abordé ces tournois. J’ai souvent atteint le Day 2, mais quelques erreurs d’ICM et autres bad beats m’ont poussé vers la sortie à la bulle (quatre fois sur ces douzes tentatives).

Aujourd’hui mon objectif est clair : je veux perf’ continuellement dans les highroller pour créer l’écart. Et avec le bel entourage dont j’ai la chance de bénéficier chez Winamax, j’ai l’impression d’avoir une étoile au-dessus de la tête que d’autres n’ont pas.

Bon, c’est pas tout ça, mais j’ai mon avion pour Barcelona dans quelques heures ! J’espère disputer à nouveau le 25 000 €, comme l’an passé (via satellite, évidemment). C’est le tournoi qui m’a le plus apporté dans ma jeune carrière. Je dois filer : le soleil, mes amis et un magnifique programme de poker m’attendent. J’espère que votre été se passe bien et que le stress de votre année de travail se dissout petit à petit au gré des balades et séances de bronzette. Pour moi, c’est déjà la rentrée… et je suis chaud bouillant. Il va falloir que je pense à bien respirer avant d’entamer mes tournois, ça fait trop longtemps que je n’ai pas vu de cartes.

La bonne bise, rLewis.


rLewis

Le plus jeune joueur du Team enchaîne les résultats live et online. Et il ne compte pas en rester là !

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