[Blog] SVT ? Non, MTT !

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Romain Lewis Blog

Vendredi 4 avril 2014

Chapitre 1 : les relations entre organisations et mode de vie. Les angiospermes sont des organismes vivants végétaux évoluant pour la plupart entre la terre et les airs. Leur classe regroupe toutes les plantes à fleurs produisant des fruits. Pour survivre, ils ont besoin de ressources qu’ils trouvent dans leur habitat, le sol (eau et ions) et l’air (CO2). Ils utilisent aussi l’énergie lumineuse pour la convertir en énergie chimique lors de la photosynthèse. Ils ne peuvent pas se déplacer pour se procurer leur nourriture, se mettre à l’abri…

Le temps ne m’a jamais semblé aussi long et pourtant, cela ne fait que 17 minutes et 30 secondes que j'ai attaqué ma première heure de cours de l’après-midi. Le pire avec cette première heure, c’est qu’elle est suivie d’une deuxième heure. Avec ce même prof. Celui qui ressort la même fiche depuis les temps immémoriaux, lorsqu'il a abandonné toute espoir en la curiosité d’un groupe d’adolescents au sujet de "la vie fixée des plantes". Il se venge généralement lors du rendu des copies quand les mots "exécrable" et "insuffisant" fleurissent en lettres capitales sur le haut de nos copies.

J’ai cessé d’essayer de comprendre pourquoi nous sommes sans cesse évalués, classés, comparés et punis dès le plus jeune âge. Je n’ai aucune motivation interne pour comprendre ce cours en dehors de l’évaluation finale. Je sais que je le réviserai la veille du contrôle, histoire de m’en sortir à peu près correctement - avec un peu de chance -, mais dans quelques mois tout sera oublié. D'ailleurs, j’espère que ce sera un QCM. J’aurai juste à discrètement jeter un coup d’œil sur les réponses de Noa ou Maël, les deux vraies machines à apprendre de la classe. J’admire silencieusement l’attention et l’importance qu’ils accordent à chaque cours. En plus d’être des monstres de travail, ils sont curieux et super intelligents. Même la dégaine improbable de M. Mever ne les distrait pas. Du moins pas autant que mon voisin et moi, qui cherchons désespérément de nouveaux passe-temps pour nous occuper un minimum. Notre nouvelle découverte ? Nous forcer à rire d'un coup, pour arrêter tout aussi abruptement, chacun notre tour. Débile dites-vous ? Oui, mais on se marre bien.

Tonight's gonna be a good night

Poker Night

Mon cerveau n’a jamais réussi à se concentrer sur ce cours de Sciences et Vie de la Terre mais, aujourd’hui particulièrement, je n’arrive pas à penser à autre chose qu’à ce week-end. Ce soir, c’est Poker Night™, avec une superbe structure sur mesure confectionnée par nos soins : 5 € de buy-in, 15 000 jetons, blindes de départ 10/20 et niveaux de 50 minutes. Casquettes, bobs, lunettes de soleils, écouteurs, trash talk, slowrolls, tapis in the dark : tout est autorisé.

Parmi les joueurs qui seront présents, mon pote Sami. Lui, c’est le spécialiste du all-in sans regarder ses cartes, dès les premières mains, persuadé que personne n'aura jamais le courage de payer. En effet, on call rarement ses mises de 700 blindes au bout de deux minutes de jeu, quand la partie est partie pour durer au moins cinq heures. Mais cela suffit pour satisfaire son ego, créer une légère avance en jetons et surtout alimenter son personnage. Grand fan de Rémi Gaillard, il aime répéter plusieurs fois sa phrase fétiche, parfois après seulement cinq minutes, souvent juste avant de se faire sortir : "Je suis le patron et je vous emmerde !" Le ton est donné. Sami est capable de tout, et c’est justement ce qui le rend si difficile à jouer.

La Poker Night, c’est le sujet principal depuis le début de la semaine. On est une petite dizaine à être ultra motivés pour ce soir et même Maël se détache de ce cours horrible pour venir nous parler de cette nouvelle stratégie appelée continuation bet. C’est fou le nombre de mains que je gagne depuis quelques temps avec ça !

Cette Poker Night c’est déjà la quatrième de l’année. On fait ça depuis environ deux ans, ce qui me permet de ronger mon frein en attendant de pouvoir ouvrir un compte en ligne. D’ailleurs, même si je pouvais, je n’ai alors que 50 balles sur mon compte en banque, réservés principalement au kebab du mercredi aprem. J’ai aussi un peu peur de jouer contre des inconnus pour de l’argent par ordinateurs interposés. D’abord parce qu’ils sont sûrement ultra forts mais aussi, parce que qu’est-ce qui me dit que ce n’est pas truqué ? Oui, je sais, on a des pensées ridicules quand on est un ado qui débute dans le poker.

Give me the night

Romain Lewis

À l'été 2014, en plein pendant la grève des coiffeurs bordelais.
Crédit photo : poker-sphere.fr

Mon meilleur ami lui, a déjà joué pas mal sur Internet, sur un site qu’on appelle Winamax. Il fait des parties gratuites, où il faut s’inscrire en quelques secondes, trente minutes avant le tournoi. Généralement, une alarme sonne sur son téléphone pour le lui rappeler. Imaginez-vous la scène en vrai : 5 000 personnes devant un casino, prêts à sprinter vers les tables. Quinze secondes après l’ouverture des portes, les 2 000 plus lents n’ont plus que leurs yeux pour pleurer face à la grande porte maintenant fermée à double tour et se tournent vers le prochain tournoi. Seuls quelques braves réclament des tickets dans le chat général, alors que les plus insistants tambouriner sur la grand eporte en espérant gratter une place.

Mon pote joue généralement pour la coquette somme de 20 €, mais 25 centimes suffisent pour pouvoir jouer un tournoi payant. La semaine dernière, c’était différent. Il m’a invité chez lui et on a joué le Cinq Majeur pendant des heures. On avait réussi à se qualifier à partir d’un euro gagné sur un tournoi gratuit. Eliminés sur un malheureux coin flip au milieu des places payées, on venait de transformer un petit euro en un pactole de 12 €. Tout ça sur Internet. De quoi payer deux kebabs !

Ce dimanche, c’est encore autre chose. Dans deux jours commencent les Winamax Series. En temps normal, les tournois apparaissent écrits en jaune. Cette fois, ils sont en bleu. En apercevant les prizepools, j’hallucine complètement : que des montants astronomiques, tous les soirs, pendant une semaine. On est loin des 35 € de pot commun de nos home games. Rien qu’en ouvrant le lobby, j’ai le cœur qui palpite. Il faut que je me qualifie à au moins 5 ou 10 tournois. Le rêve serait de jouer le Main Event mais je sais très bien que je ne pourrais pas. Même si je gagnais mon ticket, j’aurais du mal à être à l’aise sur une aussi grosse table. Peut-être un jour. J’espère.

33 minutes sont passées maintenant dans ce cours de SVT. Quel enfer. Avec une telle monotonie dans la voix du prof, couplée à son attitude moqueuse, même un Rennes - Bordeaux serait cent fois plus palpitant. Je suis prêt à déclamer sur le champ mon amour pour les végétaux, si l’on cesse de me forcer à écouter que "des ramifications permettent d’augmenter la surface d’échange pour capter plus d’eau et de sels minéraux à l’intérieur d’une plante." Très honnêtement, à ce moment-là, j’ai beaucoup de mal à trouver quelque-chose qui me passionne moins. On m’oblige à écouter et apprendre un sujet inintéressant au possible, pour ensuite me punir si je n’ai pas tout compris. Quitte à choisir, je préfère être celui qui quémande des tickets dans le chat général de Winamax. Au moins lui il suit ses propres envies.

Allez, encore une heure à éviter tout contact visuel avec M. Mever, une heure d’Histoire, una hora de español et je serai enfin en week-end. Il n’y a rien de plus excitant que de poursuivre une passion qui vient de naître. Je rêve de pouvoir jouer un jour tous ces Events en bleu et, pourquoi pas, décrocher ce titre tant convoité, accompagné de son fameux logo W. Mais restons les pieds sur terre. Aujourd’hui, l’important c’est d’intimider Sami avant la partie de cette nuit. Si je gagne, je mets mes gains de côté pour ensuite tout placer online. Après tout, qui sait de quoi l’avenir est fait ?


rLewis

Après une année 2018 exceptionnelle marqué par trois podiums WSOP, le jeune Bordelais n'a qu'un objectif : s'installer parmi les meilleurs joueurs du monde !

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