[Blog] Spleen et idéal

Par dans

Au retour de Malte, j'étais vraiment frustré et en colère. C'était sans doute la première fois que je préparais aussi bien un festival, tant mentalement que physiquement. Je me suis même surpris à commander un combo cabillaud/quinoa/épinard au restaurant. Un vrai scandale. 

Sept tournois étaient à mon programme, au cours desquels j'ai joué un poker de qualité mais les cartes ont systématiquement été contre moi. Cruel retour de variance après Dublin, particulièrement quand le destin s'en mêle. Alors que j'avais 140 000 jetons sur le Main Event de l’EPT, j’ai perdu quasiment tous mes jetons sur une main rocambolesque, où mon adversaire a retourné ses cartes à la rivière par inadvertance avant de payer ma relance avec brelan alors que le board affichait une quinte à quatre cartes.

Je plaçais donc beaucoup d'espoirs dans le High Roller à 10 000 euros, d'autant que j'avais Davidi Kitai à ma table. Il a toujours cru en moi et réaliser une bonne prestation me tenait à cœur. Le destin encore une fois en décidera autrement, puisque j’ai perdu un pot de 100 blindes à cinq minutes de la fin du day avec As-Roi suité vs As-Dame à tapis pré-flop, alors que j'avais réalisé une performance plutôt bonne.

Très affaibli avec 8BB pour le Jour 2, je poussais As-Dame et tombais sur les rois du Russe Igor Kurganov. Pourquoi le mec qui joue des buy-in à 100 000 euros doit trouver les Rois à ce moment contre le mec qui est en shot pour une portion significative de sa bankroll ? Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas ressenti le tilt dans tout ce qu'il a de plus terrible. La rage au ventre et ce feu aux tripes qui vous brûle. L'envie de tout casser, ou de boire pour apaiser.

Je ne vais pas vous le cacher, j'ai un peu pété les plombs, furieux de rendre de bonnes copies récompensées par des zéros pointés. Je ne vous détaillerai pas mes atrocités d'oiseau de nuit (pour reprendre l'expression d'Anthony Lellouche), toujours les mêmes, onéreuses et peu productives. Elles me servirent certes d'exutoires, mais m'ont surtout laissé seul et triste en plein milieu du mois de novembre. Ce ne fut pas mon meilleur anniversaire, ma 27e année ne démarrant pas franchement sous les meilleurs auspices.

Se reconstruire

Je me réveille doucement, avec la bouche pâteuse et la honte du mec qui a fait un peu n’importe quoi. J'ai pris huit kilos et je n'ai pas bossé une seule seconde mon poker ce mois-ci. J'ai bien évidemment décidé de ne pas me rendre à Prague pour l'EPT étant totalement hors de forme. J'ai connu beaucoup de périodes de destruction et de doute, elles font partie de ma vie. Un combat de soi pour soi, de moi pour moi, pour revenir au plus haut niveau avec l'envie et les armes pour confirmer ma belle victoire de Dublin qui parait si lointaine déjà.

Cette reconstruction, elle devra d'abord être physique. L'expérience de Malaga, où j'étais passé de 72 à 87 kilos, m'a appris que je devais avant tout me sentir fort physiquement pour jouer mon A-game. Stimuler mon métabolisme tôt dans la journée m'est essentiel. Cela permet de brûler des calories pendant, mais surtout après l'effort, et favorise la perte de poids sans passer par un régime drastique. Je suis donc repassé à un rythme diurne avec une activité physique très intense et relativement courte (entre 30 minutes et 1 heure) programmée quasiment dès le réveil. Pour ce faire, je couple trois activités : squash, badminton et vélo elliptique à la salle, en fractionné. J'essaie aussi de bien manger (vous retrouverez mes repas types dans mon premier article de blog). Je suis très confiant et je me sens déjà bien mieux. Les résultats sont en général très rapides. Je pense revenir à mon poids de forme (72 kilos pour 1m75) en deux mois et demi environ, ce qui coïncide avec les dates de l'EPT Dublin. 

D'un point de vue poker, grinder m'est difficile car le changement dans mes cycles de sommeil, couplé à la reprise du sport, me fatiguent. J'ai vraiment l'impression de très mal jouer. Vous allez cependant sûrement me recroiser dans peu de temps sur les tournois de l'après-midi, juste le temps que mon corps s'adapte à mon nouveau rythme. Jouer de jour comporte deux avantages : les tournois se terminent tôt et permettent donc de se lever tôt sans accumuler un déficit de sommeil et d'autre part la variance y est moindre, idéal donc pour reprendre doucement confiance. Pour l'aspect purement technique, j'ai pris contact avec des amis finlandais pour travailler avec eux (je ne peux malheureusement pas vous donner leurs pseudos mais vous les connaissez sans doute). Notre première séance a débuté et je suis ravi de confronter mes raisonnements avec les leurs.

Voilà pour ce billet, en espérant que vous puissiez y trouver quelques astuces pour mieux aborder votre grind. Je tiens également à remercier tous les participants du WiPT Saint-Etienne. J'ai ressenti avec beaucoup de force la passion commune que nous avons pour le poker et ça m'a fait beaucoup de bien.

Je vous embrasse et vous souhaite de bonnes fêtes.

LEVIETSAGE (pour le moment du moins)


LeVietF0u

L'enfant terrible du Team Winamax a remporté les plus gros tournois W et fait souvent parler la poudre en live. Un talent ravageur, à la table comme sur les réseaux sociaux.

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