[Blog] Si tu veux la paix, prépare la guerre

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Après ma sortie prématurée du Main Event des WSOP lors du Day 1, je profite de mes derniers jours à Las Vegas pour (enfin) visiter Sin City avec ma copine. J’aurai attendu quatre ans avant de survoler le Grand Canyon ou de voir un spectacle du Cirque du Soleil (que je vous recommande chaudement d’ailleurs).

Le rythme était assez intense durant ce dernier mois et demi : lorsque je finissais un tournoi, je tâchais de me reposer pour le tournoi suivant. Mieux valait éviter d’accumuler la fatigue pour ne pas risquer le burnout au bout de quinze jours. J’en profite également pour dresser un bilan du cru 2017 de mes championnats du monde. Rien de mieux que le sentiment du devoir accompli pour partir en vacances l’esprit tranquille. 

Prendre du recul

Si le bilan comptable est indispensable, il est tout aussi intéressant de se poser les bonnes questions. Quels sont les points positifs et négatifs de ma préparation ? Qu’ai-je fait de mieux que les années précédentes ? Que puis-je perfectionner pour l’année prochaine ?

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D'un point de vue comptable, c’est un été très positif. Je réalise mon meilleur séjour depuis ma première venue en 2014 : 17 tournois pour quatre places payées et une table finale. En tout, 41 000 $ de buy-in pour 95 000 $ de gains bruts, ou 54 000 $ de gains nets pour un retour sur investissement de 132 %.

Je n’ai certes pas atteint mon objectif principal de remporter un bracelet mais je suis bien entendu ravi de ces résultats. D’autant plus que c’était la première année ou mon programme comptait moins de vingt tournois joués. Ce qui nous amène à la deuxième partie du bilan : je vais tâcher d’analyser les éléments de ma préparation et de ma routine qui ont pu avoir une influence positive sur mes résultats.

Un environnement sain

Le principal changement fut de décider de séjourner dans une villa plutôt qu’à l’hôtel. Les raisons qui m’ont motivé sont nombreuses, mais c'était avant tout pour éviter l’agitation et les tentations du Strip de Vegas, et ainsi déconnecter plus facilement et rester sur les rails de ma routine.

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D'ailleurs en parlant de routine, nous avons mis en place avec Sylvain Loosli, Davidi Kitai, Romain Lewis, Ivan Deyra et les autres colocs’ un programme en vue d'instaurer une dynamique positive. On commence la journée en se réveillant tôt, pour prendre le petit déjeuner préparé par notre chef / femme de ménage Claudette, puis c'est sport pour certains (dont j’ai fait partie, mais seulement quelques jours) et surtout rigolade et discussions en tout genre pour les autres, avant de partir pour le Rio dans la navette du coach.

Pour la fin de la journée, on se contente de quelques discussions techniques sur les coups intéressants de la journée (dont des whines / brags / histoires de flip sur lesquels nous reviendrons plus tard) et d'un maximum de détente (entre jeux de société et bets en tout genre), avant d’aller dormir pour être en forme le lendemain.

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La dynamique créée entre nous fut un élément majeur : quand on reste à l’hôtel, on passe beaucoup de temps seul à ressasser ses éliminations, sans réel exutoire. Cet été, la bonne ambiance qui régnait nous a clairement aidés à rester positifs tout au long des six semaines, même lorsque l'on enchaînait les éliminations.

Gestion d'énergie

J’ai également repensé mon programme de tournois. J’avais décidé cette année de concentrer mon énergie sur les tournois importants pour lesquels j’étais réellement motivé. Les années précédentes, j’avais tendance à enchaîner les tournois sans me poser les questions importantes : ai-je vraiment envie de jouer ce tournoi et l’énergie que cela va me coûter ne serait-elle pas mieux investie sur un autre tournoi ?

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Après une élimination, je regardais mécaniquement le programme, et, s’il y avait un autre tournoi à jouer, j’y allais automatiquement. Forcément, si à 20h on s’inscrit pour son troisième tournoi de la journée, alors que l’on pense encore à un coup perdu sur le premier, il y a peu de chances de jouer à son meilleur niveau.

Je suis donc très satisfait de la manière dont j’ai géré mon énergie durant ce « marathon », et je pense n’avoir eu que très peu de déchets dans mon jeu. Je me suis toujours senti motivé et concentré avant de m’inscrire à un tournoi et j’estime que cela a eu un impact énorme sur mes résultats.

Respiration

J’ai senti dès ma première année à Vegas qu’il était très compliqué de rester concentré et en pleine possession de ses moyens durant la longue période des WSOP. C’est pourquoi j’ai décidé cette année de prendre une vraie pause et j’ai prévu une cassure d’une semaine au milieu de mon séjour pour me déconnecter complètement.

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Au final, des évènements de ma vie ont même fait que je suis rentré à Barcelone pour une grosse semaine. Certes, accumuler 24h d’avion aller-retour n’est pas idéal pour se reposer, mais ce break m’a permis de respirer et je n’ai pas discuté une seule fois de poker pendant toute cette période. J’essayais même de regarder le moins possible les nouvelles des WSOP (même si ne pas regarder du tout était impossible) et la semaine me fut mentalement très bénéfique pour le reste du séjour.

Last but not the least, le groupe de travail dont parle Ivan dans son excellent premier billet sur le blog du Team m’a permis d’arriver techniquement affuté et avec une confiance gonflée à bloc. Cet aspect de ma préparation est de plus valable toute l’année : il ne tient qu’à nous de poursuivre sur cette voie.

Continuer de travailler

Même si je suis très content de ma préparation pour ce Vegas 2017, je ne m’en satisfais pas pour autant : il reste encore des points sur lesquels je peux travailler et m’améliorer.

guillaume 7Tout d’abord dans mon analyse technique du jeu de mes adversaires et des différences de style entre les joueurs européens et américains. Stéphane Matheu soulignait dans notre chat commun qu’il fallait réfléchir aux adaptations spécifiques au jeu des américains, ainsi qu’à la possibilité que nos préjugés à leur égard soient erronés.

J’estime pouvoir encore améliorer mon alimentation et ma condition physique. Même si j’ai déjà vraiment progressé par rapport aux années précédentes, il me reste encore beaucoup d’efforts à fournir pour être à 100 % de mes capacités physiques et donc mentales.

Se concentrer sur l'essentiel

Enfin, et c’est le point sur lequel je compte travailler dès la reprise du circuit fin-août à Barcelone, je veux réduire au maximum toutes les discussions stériles autour du poker. J’aimerais ne plus avoir à dépenser la moindre énergie dans une discussion où il est question de chance, de variance, de flip perdu ou de jugement de valeur hâtif :

« Siège 1 a monté une tonne en faisant n’importe quoi. »
« Fait chier, j’ai encore perdu un flip pour revenir à l’average. »
« Je suis card dead depuis trois heures, j’en peux plus. »

Je ne veux plus passer mes breaks ou mes fins de journées à débattre sur des questions dont on ne maîtrise de toute façon pas les facteurs et consacrer au contraire ce temps à l’analyse de mes adversaires ou d’un aspect technique. Si je pouvais utiliser ne serait-ce que 50 % du temps que j’ai gaspillé à raconter un bad beat à travailler mon jeu, je serais certainement bien meilleur et je me sentirais bien mieux mentalement.

guillaume 8Du coup, si vous me croisez à Barcelone lors d’un break ou au bord de la plage, parlez-moi d’un spot compliqué plutôt que de me raconter le setup AK vs QQ que vous avec perdu il y a une heure. D’ici-là, je vous souhaite le meilleur des étés et tâchez d’en profiter si vous êtes en vacances. Je vous retrouve autour du 15 août pour le Pokerstars Championship Barcelona et probablement sur les tables de Winamax les prochains dimanches... car même en vacances, la session du dimanche est sacrée !

Prenez soin de vous et de vos proches, peace !


Guillaume Diaz

Le vainqueur de la troisième Top Shark Academy possède l’un des plus beaux palmarès de Winamax.

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