[Blog] Prêt comme jamais

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Un mois entier sur les terres américaines. 61 000 $ de buy-in pour 61 000 $ de gains. 25 tournois, 8 places payées, de beaux deep runs, des potes en finale, des débats poker qui envahissent les journées, parfois les nuits, des coup de cartes qui peuvent nous marquer longtemps... Cette sensation indescriptible de quatre longues semaines de WSOP à Vegas est bien là, et le plus excitant ne fait que commencer ! Je vous ai déjà parlé en long, en large et en travers de ma dernière traversée du Main Event en 2019, et cette année je le sens, les voyants sont au vert pour un nouveau gros run sur le Big One. Mon envie de jouer est palpable, j'ai hâte ! Les jours s'enchaînent et même si cette fois je n’ai pas bougé de Vegas pour ne pas manquer trop de tournois, j’ai géré mon quotidien pour ne pas être épuisé avant cet événement capital.

Avant d'attaquer le Main en 2019, je ne comptais que trois petites places payées pour 6 000 $ de gains sur mes 60 000 ou 70 000 $ de buy-in. Beaucoup moins rassurant ! En fait, je pourrais même dire que je me prépare pour ce moment sans m'en rendre compte depuis peut-être plus de la moitié de ma vie. Cette fois-ci, je me sens vraiment prêt. Prêt à repartir avec des millions de dollars. Prêt pour être le seul joueur moitié Anglais, moitié Français à remporter le plus beau tournoi du monde. Prêt pour l’inconnu et les coups de massue. Prêt pour ressentir des émotions internes intenses. Prêt à les canaliser. I’m ready.

À nul autre pareil

Cependant, je n’ai pas toujours été prêt. Il est bien plus facile de s’en rendre compte après coup. Il y a deux ans, arrivé au Day 6, et même si je me sentais au top mentalement, je ressentais une fatigue peu visible à table de l'extérieur, mais qui résonnait dans mes tripes lorsque frappaient les cartes. La manière dont je réagissais intérieurement aux mains difficiles à encaisser me prouvait ma fragilité. Quelques coups catastrophiques se sont enchaînés durant cette journée et j’avais l’impression de ne plus pouvoir respirer. Les sensations que procurent ce Main Event sont différentes de tous les autres tournois. C'est son côté "marathon". Se prendre une béquille au 38e kilomètre fait forcément plus mal qu’au premier, même s'il est plus difficile de terminer la course en prenant des coups dès le départ. Maintenant que l'expérience de mon précédent deep run est ancrée dans mon corps, j’espère pouvoir mieux appréhender les obstacles qui se dresseront sur mon chemin cette année.

Romain Lewis WSOP 1

Mes mots-clés comme souvent seront la rigueur, l’acceptation, la patience et le flair. Le flair, je le traduis comme le fait d’être présent, mais d’être présent pour moi-même. Jouer pour moi. Remarquer un détail et m’en servir, quitte à paraître stupide. Ne pas essayer de justifier mon play à une personne imaginaire, simplement être conscient de la lucidité entre mes pensées et mes actions. Pouvoir faire la différence tout en contrôlant ma peur. La rigueur est beaucoup plus simple à définir : ne pas commencer à s’enflammer lorsque tout se passe bien. On est 9 à table, un tiers des cartes du paquet sont distribuées avant le flop, on ne peut pas jouer toutes les mains. La patience et la rigueur s’entendent bien, mais parfois trop. Il ne faut pas s'endormir. Mon image perçue aussi est très importante, et s'avère potentiellement différente pour chacun. À moi de savoir qui pense quoi de moi. Pas facile. Les journées sont longues, à moi de gérer les périodes de concentration intense et les périodes de repos consenties.

What the tell ?

À quel moment interviennent les tells live dans tout ça ? Comment m’en servir et jusqu'à quel point puis-je y accorder de l’importance ? Comme souvent, il n’y a pas de vérité absolue et un tell pourrait être catégorisé comme très efficace s'il fonctionnait ne serait-ce que 70% du temps. Voici un exemple pioché lors du dernier mois, où un tell qui me semblait solide m’a complètement trompé.

Flashback sur mon premier cash de l’automne, sur un tournoi 6-max à 1 500 $. Nous sommes à une vingtaine de places de l’argent. Je 3-bet de grosse blinde As-Dame off contre le bouton, qui joue dans les 50 BB deep. Flop : Valet-10-8 rainbow. J’ai deux options à mes yeux, et décide de check/call un tiers du pot. Le turn est un 4 anodin qui ne change rien et mon adversaire mise de nouveau un tiers, 77 000 dans 200 000. Maintenant en payant, il me reste 250 000 dans un pot de 350 000. Je prie pour une river magique et l'As tombe. Pas si mal. Je check et cette fois mon adversaire mise très rapidement 100 000, soit moins d’un tiers du pot.

Premier tell observé : la mise très rapide sur une carte qui change fondamentalement la force d’une multitude de mains. Un signe de faiblesse car c’est comme si la décision était prise, peu importe la river. Ce simple tell, en plus des cotes qui me sont données, me donne envie de payer en moins de quinze secondes. Mais je peine à trouver une main "logique" qu’il pourrait bluffer. Le temps est gratuit alors j’attends un peu avant de payer. Il pourrait peut-être avoir Roi-9 mais avec ces sizings j’y crois moyennement. Plus je réfléchis, moins j’arrive à trouver de bluffs. J’y passe plus de cinq minutes jusqu’à ce qu'une table casse et qu'un nouveau joueur ne rejoigne notre table. Il pose ses jetons et me demande si je veux de l’aide. Je réponds "Oui, avec plaisir", ce à quoi mon adversaire de la main rigole d'un rire franc.

Deuxième tell observé : ce rire assez spontané et naturel ne peut être qu'un signe de force. Il est bien trop difficile de rire naturellement après un bluff de cinq minutes. Je prends ça comme un coup de pouce et jette ma main dans les secondes qui suivent. C'est alors qu'il commence à sourire encore plus. "You wanna see it?", me demande-t-il. Non, j’y crois pas. Il me montre un Roi. Je me dis bon, Roi-Dame pour quinte max. "It’s good for the game" enchaîne-t-il, et il me montre un 2. La table pousse des exclamations, moi je me prends la tête dans les mains. J’allais payer rapidement à partir d'un tell qui me semblait valable, pour finalement me rabattre sur un autre qui me semblait tout aussi valable.

Romain Lewis WSOP 2

Alors : tell de force ou de faiblesse ?

Les combats intérieurs

En clair, il y a toujours des indices à dégager à table, et c’est ce qui rend le jeu passionnant. Mais un indice observé chez quelqu’un a rarement la même signification chez un autre. Être présent et suivre son instinct peut donner l'impression d'être un génie quand cela se passe bien (suivez mon regard qui part vers la Belgique), mais peut aussi coûter très cher dans le cas inverse. Personne n’est un livre ouvert, personne n'est sûr de ses pouvoirs de "lecture" sur ses adversaires et tout le monde se trompe tout le temps. Tout le monde ressent des émotions plus ou moins fortes et tout le monde réagit différemment lorsqu’il entre en contact avec. Le Main Event décuple tout ça chez une majorité des joueurs. À moi de m'en souvenir et d’avoir l’esprit assez vif, pour me faire une bonne idée de ce qu'il se passe dans la tête de chaque joueur qui me fera face tout au long du tournoi.

J’espère que lorsque ce texte sortira je serai toujours en plein exercice. [NDLR : tes vœux ont été exaucés Romain, puisque tu as franchi le Day 1E avec brio.] Peut-être l’exercice le plus lucratif de ma vie. C'est un long tournoi qui se joue sur deux semaines et qui a le pouvoir de tout changer, pour toujours. Voilà la chance que j’ai. J'inspire profondément, je me relâche et je sens ce qui se passe en moi. Je souris légèrement à cause de l’excitation et du petit stress que me procure cette nouvelle épreuve. Je remercie la vie de me re-proposer une telle opportunité qui pourrait ne pas se reproduire de sitôt. Je vais maintenant essayer de la saisir pleinement.

Sur ce, je souhaite un méga Good Luck à la grande communauté de Français (et d'Anglais) présents sur l'événement et j’espère sincèrement que nous pourrons festoyer comme il se doit dans deux semaines. Romain Lewis November Niner, ça sonne quand même très bien.

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rLewis

Après une année 2018 exceptionnelle marquée par trois podiums WSOP, le jeune Bordelais n'a qu'un objectif : s'installer parmi les meilleurs joueurs du monde !

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