[Blog] Où va le circuit professionnel ?

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Sylvain Gaëlle Davidi Bahamas

Les trois fantastiques aux Bahamas

Si vous suivez l'actualité du circuit live de poker, grâce notamment aux coverages de nos chers reporters Winamax, vous devez donc savoir que l'EPT, le prestigieux circuit européen, a désormais "disparu" à l'issue d'une dernière étape à Prague en décembre dernier. En réalité, il s'agit surtout d'un changement de marque qui correspond à une nouvelle stratégie chez PokerStars. Si leurs récents changements de politique et de stratégie online, principalement autour de leurs programmes VIP, ont été mal reçus par une majorité des gros joueurs - un mouvement de boycott a même été lancé - il nous tardait de savoir quelle réorganisation allait être opérée sur le circuit live. D'autant que la marque European Poker Tour était très forte et appréciée au sein de la communauté.

Le rendez-vous était donc pris début janvier pour le premier de ce qu’il va désormais falloir appeler PokerStars Championship, dans le cadre idyllique de Paradise Island aux Bahamas. Cette étape bien connue des joueurs américains, qui a vu passer de nombreux succès à sept chiffres, avait déjà changé en 2016, avec un buy-in divisé par deux passant à 5 300 dollars. Sur le papier, ce droit d'entrée réduit peut permettre d'attirer plus de joueurs, mais dans les faits, les frais exhorbitants du séjour rendent le voyage difficilement profitable si vous n'avez pas une grosse bankroll pour jouer la majorité des Side Events et tournois Highrollers.

PSC Bahamas Trophée

Résultat : l'affluence n'était qu'en très légère hausse sur le Main Event, mais donc avec un prizepool considérablement réduit. La première erreur de cette édition 2017 était donc de ne pas tirer les leçons de ce qui ressemblait un an plus tôt à un semi-échec. Ajoutez à cela une volonté des organisateurs de rajouter toujours plus de tournois au programme alors que l'affluence globale est à la baisse, et vous vous retrouvez cette fois avec un fail en bonne et due forme. Plusieurs tournois annexes n'ont ainsi jamais démarré tandis que d'autres ne comptaient qu'une poignée de joueurs. (voir tweet ci-dessous).

"Nombre d'entrées au PSC Bahamas sur des tournois à 1 000$ ou plus qui ne sont ni le Main Event, ni un Highroller à 50 000$ : 24, 68, 46, 8, 15, 12."

Pourquoi tant de Turbos ?

Quant aux tournois Highrollers disputés sur une journée, ajoutés sur demande des joueurs, leur multiplication fait désormais trop d'ombre aux Main Events, qui font eux-mêmes beaucoup moins rêver les plus fortunés. De plus, leur structure Turbo dénature quelque peu le jeu et fausse à mon sens le classement GPI. Certes, ces formats sont les bienvenus sur certaines étapes et peuvent convaincre certains joueurs amateurs qui ne peuvent pas nécessairement investir entre trois et cinq jours de leur temps sur un tournoi. Mais les joueurs qui font le déplacement aux Bahamas viennent le plus souvent passer au moins une semaine sur place. Quel est donc l'intérêt de mettre en place autant de tournois de ce type ?

Si l'objectif est d'attirer plus de joueurs amateurs, on pourrait penser simplement à réduire la durée des premières journées sur les Main Events, et augmenter le temps de jeu lorsque les enjeux sont plus importants. Certains tournois, notamment les World Series, utilisent déjà ce format. Une chose est sûre, suite à ce flop, il y a peu de chances que je retourne aux Bahamas l'an prochain. Je suis très curieux de voir ce que vont donner les étapes de Panama et de Macao, même si cette dernière devrait sans problème attirer plus de monde. Le Vegas de l’orient reste une destination exotique et attirante, que beaucoup ne connaissent que de réputation.

Nouveaux acteurs pour de nouveaux circuits

Sylvain Loosli SHR Barcelone 2015

Comment oublier cette victoire sur le Super Highroller à 50 000€ à Barcelone en 2015 ?

Notons qu'avec moins d'étapes sur notre vieux continent, cette "internationalisation" du circuit EPT ouvre la porte à d'autres rivaux pour organiser des tournois en Europe. À ce jeu là, le King's Casino de Rozvadov semble très bien s'en sortir, devenant le nouveau centre névralgique du poker live en Europe, et ce malgré une situation géographique peu attractive (pas de ligne aérienne directe, une liaison d’1h30 en voiture depuis Prague). Party Poker semble également bien décidé à profiter de cette brèche avec le lancement d'un nouveau circuit live, et de bonnes idées qu'il faut saluer : davantage de steps/satellites, possibilité de jouer le Day 1 d'un tournoi majeur online, grosse garantie au vainqueur (un million de livres pour le prochain tournoi à Nottingham).

Globalement, la tendance qui se dégage en Europe est celle des séries de tournois aux buy-ins plus modérés que sur les EPT, et dont le succès se confirme d’année en année (WSOP-Circuit, WPT-National…). Il faut désormais voyager davantage pour pouvoir jouer des tournois highstakes dotés de prizepools sensiblement similaires à ceux des années précédentes. Heureusement, plusieurs alternatives existent, avec de beaux tournois WPT sur le sol américain ainsi que d'autres en Asie.

Après tout, il n’existe toujours pas de de fédération internationale de poker, comme on peut en trouver dans n’importe quel sport "classique." Nimporte quel organisme est donc en mesure d'organiser ses propres évènements, pour peu qu'il ait suffisamment de crédibilité pour attirer des joueurs. Si l'organisation et le niveau des croupiers des WSOP est bien en-dessous de ce qu’on pouvait trouver sur les EPT, il faut avouer que la perspective de remporter un bracelet de Champion du Monde continue de faire rêver beaucoup de joueurs, qui n'hésitent pas une seconde avant de partir faire leur pélerinage annuel à Las Vegas !

L'Asie, éternel eldorado

Du côté asiatique, la demande pour des évènements majeurs de poker semble en hausse et l'offre être en train de se diversifier : une nouvelle étape WPT va prochainement débarquer en Chine et la Global Poker League va également se doter d’un championnat parallèle dédié au marché chinois. Espérons que cela marque enfin le début du fameux nouveau boom du poker en Asie, que l’on nous promet depuis tant d’années ! D'autres destinations comme Macao ou Manille restent cela dit incontournables pour les joueurs de highstakes, et les Aussie Millions à Melbourne, où j'étais il y a quelques semaines, marchent toujours très bien, attirant nombre de joueurs amateurs comme de pros, venus des quatre coins du monde.

Nous verrons bien si les futures étapes du PokerStars Championship s'adaptent à cette concurrence accrue et rencontrent le succès espéré.

Sylvain Loosli Open Australie

Pour terminer sur une note personnelle, si mon début d'année a été marqué par un bad run assez tenace, j'ai au moins pu profiter de mon séjour en Australie pour vivre à l'un des plus grands moments sportifs de ma vie. Je parle bien sûr de cette folle finale de l'Open d'Australie entre Roger Federer et Rafael Nadal, revenus tout deux à leur meilleur niveau. Qu'est-ce que j'ai vibré ! Autant vous dire que tous les mauvais moments à table ont été vite oubliés…

En attendant de décoller pour Macao, je vous dis à très vite au Cercle Clichy-Montmartre pour la tant attendue Finale du Winamax Poker Tour. Bonne chance à tous !


Loosli

En 2013, Sylvain est rentré dans l’histoire du poker tricolore en accrochant la 4e place du Main Event des championnats du monde. Le début d'un parcours d'exception au sein du Team Winamax.

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