[Blog] Oser être meilleur

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[Blog] Oser être meilleur

« N’aie pas peur de faire le lâche », m’a un jour balancé Davidi, alors que j'étais en train de réfléchir à une décision qui me paraissait standard. Sur le coup, ça m’avait fait marrer, sauf que quelques jours après, sa réflexion me faisait encore réfléchir. Pourquoi l’avis des autres est-il si important dans ce milieu ? Comment correctement évaluer son niveau réel, et comment progresser mentalement ? Autant de questionnements auxquels je vais tâcher d’apporter des réponses ici. Ce billet n’est pas à lire comme une leçon que je donne, mais plutôt comme un point de vue sur ces sujets qui me taraudent depuis plusieurs années. Bonne lecture !

Qui ne s’est jamais retrouvé dans la situation délicate où l'on a envie d’écouter ce que notre instinct nous dicte, mais où l'on finit par rendre sagement notre main au croupier, par peur de l’avis des autres, de se tromper, de sembler ridicule ou tout simplement de sortir de nos rails ? Cela m’est malheureusement souvent arrivé, et lorsque mon adversaire me claque un bluff, un drôle de sentiment interfère dans mes pensées. Ça chauffe, je me sens coupable de m’être planté alors que j’ai pourtant certainement déjà dû bosser sur la question et que je ne devrais pas me prendre la tête. Il va falloir m’y remettre et pourquoi pas me remémorer le fameux billet « Prends-en de la graine, fiston » de ValueMerguez afin de me remotiver. La progression au poker se fait sur le long-terme, et il faut avant tout accepter ses erreurs et reconnaître qu’on n’est pas forcément le meilleur.

Bonheur
Le poker doit être une des seules disciplines compétitives où l’on ne peut pas exactement situer le niveau objectif d’un joueur. Même si certains classements existent, comme le GPI (Global Poker Index), nos résultats et performances sont trop soumis à la variance pour en tirer la moindre conclusion. Certains groupes de joueurs tentent de se mettre d’accord de concert pour déterminer les compétences d’un joueur et en déduire son niveau, mais qui peut vraiment s’autoriser le droit d’évaluer les autres, et pourquoi ?

S’il est souvent réconfortant de juger le niveau des autres, c’est aussi un bon moyen de situer notre propre niveau d’un point de vue global, en plaçant au dessus ou en dessous de tel ou tel joueur. C’est pourquoi le jugement des autres et l’image qu’on leur renvoie vont finalement souvent déterminer la conception de notre propre niveau. Mais cette idée peut malheureusement entraver notre jeu : il faudrait pouvoir s’en débarrasser pour ne plus avoir peur d’être novateur, d’explorer de nouvelles pistes et de jouer certains coups différemment. Pour progresser, il faut parfois sortir des sentiers battus et oser prendre des décisions d’instinct, même lorsque l’incertitude nous envahit.

Oh, je t’entends au loin le Romain de 2015. Tu es encore en train de critiquer le fait que je couche sur le papier une question que je me pose souvent, sans pour autant apporter une réponse claire. Sauf que la réponse dépend de chacun : on a tous une réaction différente face à une barrière mentale ou technique. Personnellement, je préfère me poser les bonnes questions et attendre d’être certain de ma décision. Ensuite, je pourrais tâcher de comprendre pourquoi tel ou tel avis m’a dérangé ou ce qu’il m’a apporté, avant d’essayer de m’en détacher totalement pour ne pas gêner ma réflexion.

Ainsi, lorsque j’ai pris la décision de jouer professionnellement, la quantité de travail requise m’a permis de gagner en capital-confiance dans mes décisions. Dès lors qu’on fournit le travail technique nécessaire, on a beaucoup plus de facilités à se détacher mentalement de l’avis des autres. Mais attention, cela ne veut pas dire que je me fiche des conseils ou des échanges avec mes collègues, bien au contraire. Ne pas prendre en compte certains commentaires pourrait s’apparenter à de l’ignorance : la discussion au poker fait très souvent du bien. Personne n’est sûr à 100 % de ses décisions, mais souvent ceux qui s’en approchent sont les mêmes qui ont accepté d’avoir tort maintes fois auparavant.

MasterClass
Alors écoute-moi bien, jeune Romain : je sais que l’un de tes objectifs est d’oublier l’avis des autres le temps de suivre ton thinking process, et pour ça je te propose de t’instruire, de lire, d’explorer et de trouver un moyen d’acquérir le plus d’informations possible. Tu devras peut-être dépenser un peu d’oseille en coaching, mais avec la chance que tu as de parler anglais, tu devrais facilement trouver ton bonheur dans le contenu disponible sur la Toile. Tu vas avoir du mal à révolutionner le jeu tout seul, d’autres se penchent sur la question depuis bien plus longtemps, alors sers-toi plutôt de leurs travaux. Echange, aie soif d’apprendre, et peut-être qu’un jour tu auras la chance de réussir dans ce milieu. Tout le mal que je peux te souhaiter, c’est d’expliquer en public tout ce que tu auras appris dans deux ans, pourquoi pas sur le blog du Team Winamax ou lors d’une Master Class au WiPT, par exemple.

Mais d'abord, il faudra accepter la variance et son rôle prépondérant dans le développement d’un joueur. Tu dois accepter que sans le facteur chance, la progression et les résultats peuvent parfois prendre des années avant d’être remarqués. Si c’est le cas, accroche-toi, n’abandonne pas, car « la chance, c’est quand la préparation rencontre l’opportunité ». Rappelle-toi cette citation de Pierre Trudeau souvent reprise par Doyle Brunson lorsqu'on lui parle de la chance au poker. L’opportunité peut mettre du temps à se présenter, alors tiens-toi prêt, c’est tout ce que je te demande.

Me voilà aujourd’hui, deux ans plus tard. Je conçois que j’en ai eu, de la chance. Je pourrais me rappeler des mauvais souvenirs, des horreurs aux moments décisifs et de la cruauté de certaines rivers, mais à quoi bon, puisque ça fait partie du jeu et que c’est inévitable. Il faut se concentrer sur le positif, et tâcher de travailler ce sur quoi on a une emprise au lieu de ressasser les choses négatives. Personne n’a tout réussi du premier coup, et l’important c’est la persévérance et la préparation : reste positif, et la chance te sourira.

Team
J’espère que ce billet vous aura inspiré. De mon côté, je me remets doucement du grand rendez-vous de la Villette pour lequel nous avons accueilli un nombre record de 2 592 participants, dont deux petits nouveaux que je suis particulièrement heureux de compter comme collègues : Adrián et Mustapha. Bienvenidos, benvenuti !! I’m pretty excited to get to know you guys, let’s fly the Winamax flag as high as we can !

A très vite,

rLewis


rLewis

Le plus jeune joueur du Team enchaîne les résultats live et online. Et il ne compte pas en rester là !

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