[Blog] Même pas peur !

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N’avez-vous jamais entendu quelqu’un dire qu’il (elle) n’a peur de rien ? Le simple fait de l'affirmer prouve que les peurs sont si omniprésentes qu'elles ne sont même plus conscientes. La peur est un sentiment primitif (comme la sensation de faim), elle a toujours existé en chacun de nous et existera toujours. Cette émotion fait partie de l’être humain, et comme toute émotion, elle a une nécessité. Elle sert à nous prévenir d’un quelconque danger. Sous forme de vibration basse, la peur peut même conduire à la destruction d’une vie. C’est pour cela qu’il est important de reconnaître et d’écouter ses peurs, pour nous libérer ainsi de leurs emprises.

Identifier ses peurs

Imaginons que nous sommes sur une route qui mène vers notre propre sommet : non seulement notre sac à dos est plein à craquer, mais en plus, nous avons la peur de ne pas être à la hauteur de cette tâche. Toutes ces peurs jalonnent notre existence, notre chemin de vie. À partir du moment où nous les reconnaissons, nous sommes capables de les faire tomber tel un jeu de quilles et elles n’existent plus. Cependant, elles sont parfois tenaces et peuvent se maintenir inconsciemment. Dès lors, il faut de nouveau recommencer le travail de reconnaissance.

Les peurs associées à la vie d’un joueur de poker professionnel sont multiples : la peur de manquer de chance, de perdre tout son argent... Cuisinier, ingénieur, plombier, dentiste, instituteur, chômeur, artiste ou encore grinder, nous ressentons tous des peurs projetées sur notre avenir et notre devenir. Elles peuvent être pesantes et nous empêchent bien trop souvent d’avancer.

La peur a mille et un visages : le stress, le doute, le manque de confiance, la jalousie à tous les niveaux. Mais la peur, c’est aussi la non-estime de soi-même. Au poker comme dans la vie de tous les jours, il faut savoir reconnaitre ses peurs et travailler avec. La crainte de perdre au poker doit être transcendée en une volonté d'évoluer. Et c’est là tout le paradoxe. Malgré notre volonté de bien faire (de jouer notre A-game, de prendre les bonnes décisions pour aller le plus loin possible dans un tournoi etc.), comment pouvons-nous proscrire cette petite voix qui nous fait remarquer la moindre erreur dans notre jeu et nous souligne avec agacement l’enchaînement de nos défaites, nous tirant indéniablement vers le bas et ébranlant ainsi les fondamentaux de notre confiance en nous ?

"Qu’est-ce que je déchatte en ce moment."

"Je n'ai pas passé un coup à tapis préflop depuis 1980."

"Toujours pareil, je suis devant jusqu’à la rivière !"

"Je suis vraiment noir !"

"À tous les coups je vais faire la bulle."

Toutes ces phrases, que nous avons déjà pu dire ou entendre au moins une fois autour des tables, ne servent qu’à alimenter un peu plus nos peurs de façon négative. Nous rejetons inconsciemment la faute de nos malheurs sur des éléments extérieurs quels qu'ils soient (la malchance, le croupier, "j’étais table 13" ou encore "mon caleçon fétiche était au sale").

Vers une émotion positive

Imaginons maintenant que nous marchons les yeux rivés sur notre téléphone. D’un coup, la peur nous tapote l’épaule pour nous prévenir d’un danger : un ravin se profile droit devant à quelques mètres. Si nous ne l’écoutons pas et cherchons absolument à la faire taire, tout en continuant notre chemin aveuglement, celle-ci ne nous lâchera pas. Elle reviendra de plus belle jusqu’à nous paralyser au bord du précipice. La peur sous toutes ses formes fait partie intégrante de nos émotions et il est important de comprendre que nous avancerons plus rapidement en l’écoutant. Il est donc inutile de vouloir l'annihiler. Il faut s’en faire une alliée dans nos décisions et nos choix de vie.

Pensez-vous que les plus grands sportifs tout comme les plus grands joueurs de poker n’ont jamais peur ? Bien sûr que si ! Lors d’une compétition ou d’une table finale majeure, ils ressentent cette appréhension, celle qui fait accélérer le rythme cardiaque permettant ainsi aux muscles, y compris au cerveau, un fonctionnement optimal. Celle qui procure adrénaline et motivation jusqu’à permettre un réel dépassement de soi.

C’est de cette peur-ci dont il est question : une émotion évolutive. Arriver à transformer une peur déstabilisante que l’on rejette en une peur motrice que l’on écoute. C'est cette même peur qui, après un mauvais coup, cessera de nous murmurer que c’est un échec de plus dû à la fatalité des choses, mais bien que cette défaite supplémentaire ne fait que nous rapprocher un peu plus de notre prochaine victoire.


RunGood4Love

Habituée des tables du circuit, Aurélie Quélain est une des valeurs montantes du poker francophone. Assurément une future grande !

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