[Blog] Même joueur joue encore

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Adrien DelmasDepuis un an, j’ai pris l’habitude d’écrire des blogs réflectifs, axés sur le développement personnel, mais pour cette fois, j’ai choisi de me lancer dans l’exercice un peu plus égoïste de l’introspection. Après douze mois passés au sein du Team Winamax, voici venu le temps d’une rétrospective chargée en émotions et diverses péripéties.

Cette année a évidemment débuté en trombe, avec ce rêve devenu réalité : remporter la Top Shark Academy et entrer dans le prestigieux Team Winamax. Même si je côtoyais déjà beaucoup ces hurluberlus depuis quelques temps, cela m’a fait extrêmement plaisir d'intégrer officiellement la famille. À peine le contrat dans la poche que je m’envolais vers ce qui reste le meilleur voyage de ma vie : la Nouvelle-Zélande. En trombe je vous dis !

D’une manière générale, 2018 fut le témoin de beaucoup de choses pour moi, autant niveau professionnel que personnel. Pour commencer avec le boulot, il s’agit clairement de l’année où j’ai le plus progressé. Je me suis donné corps et âme dans le développement de mes compétences pokéristiques, travaillant beaucoup sur des solvers, pour étudier aussi bien les phases préflop que postflop, l’ICM, le format Knockout sans oublier une grosse partie sur le mental avec Pier Gauthier et la formation Poker Management System. En plus de mes compères du Team, j’ai la chance d’avoir pu rencontrer certains des meilleurs joueurs du monde, se cachant derrière les pseudos pads, €urop€an et bencb (selon moi, trois des dix meilleurs joueurs du monde en tournoi à l’heure actuelle), avec qui j’ai pu améliorer mon jeu et continue régulièrement de collaborer.

C'est une bonne situation ça, membre du Team Winamax ?

Team Winamax
Si je devais résumer ma vie aujourd’hui avec vous, je dirais que c’est d’abord des rencontres. Des gens qui m’ont tendu la main, peut-être à un moment où je ne pouvais pas, où j’étais seul chez moi. Le hasard des rencontres, qu’il soit un peu provoqué ou non, est un élément crucial dans une carrière. Savoir bien s’entourer est primordial si on veut survivre sur le long terme dans le monde du poker. Je le répète à chaque fois, mais ma rencontre avec MerguezValeur* fut un catalyseur énorme. Sans ça, je n’en serais pas où j’en suis aujourd’hui, c’est une certitude.

Cette année fut aussi été celle de l’exposition médiatique. Se retrouver sur le devant de la scène n’est pas quelque chose d’aisé et j’ai eu beaucoup de mal à le gérer à mes débuts. S’exposer aux avis d’inconnus, sans avoir de vrai dialogue et représenter une marque c’est quelque chose qui n’est pas simple à apprendre en seulement quelques semaines. J’ai toujours eu du mal avec cette idée de starification, il m’a fallu du temps pour l’accepter et me dire que je pouvais transformer ça en quelque chose de positif. Utiliser cette notoriété pour faire passer des messages, inspirer, aider les autres, c’est ce qui m’a permis de passer une nouvelle étape.
 

Le point culminant fut sans conteste le documentaire d’Harper, présentant ce à quoi peut ressembler une partie de mon quotidien. Cela m’a vraiment flatté qu’Harper pense à moi pour ce projet ! Je suis fier de laisser ne serait-ce qu’une micro trace de ma carrière, et avoir quelque chose à montrer à mes proches qui ne savent pas forcément ce que je fais au quotidien. De tout cœur, merci Kévin ! Après ça qui sait, vous n’êtes pas à l’abri de me voir passer une tête pour quelques épisodes de Dans la Tête d’un Pro

* à la demande de l’intéressé, le nom a été modifié

Jusqu'au bout de l'extrême limite

Sur le plan personnel, c’est l’année où j’ai le plus osé de ma vie. Sujet de l’un de mes blogs, sortir de ma zone de confort fut aussi ma devise et je me félicite d’avoir fait ce choix. J’ai eu beaucoup de choses à gérer en 2018, que ce soit du bricolage, de l’administratif, des embrouilles, un déménagement, j’en passe et des meilleures. J’aurais pu en sortir énervé, mais je décide d’en retirer le positif. Cela m’a permis de faire des choses dont je ne me serais jamais senti capable. En clair, j’ai grandi, même si ça n’a pas été facile tous les jours. J’ai aussi connu plusieurs rencontres décisives, j’ai repris contact avec des amis que j’apprécie beaucoup et je me suis trouvé de nouveaux centres d’intérêts. Autant d’éléments qui m’ont ouvert l’esprit.

Malgré tout, 2018 ne fut pas 100% positif. J’y ai testé mes limites, touchant même du doigt le fameux burn out. Comme expliqué plus haut, j’ai énormément travaillé cette année, mais cet acharnement a eu des conséquences néfastes sur ma santé mentale. J’étais obsédé par cette idée d'accumuler un maximum de savoir en un minimum de temps, au point où, lorsque je prenais deux heures pour jouer à un jeu vidéo, je me sentais coupable de ne pas utiliser ce temps pour progresser. Pour autant, même lorsque je travaillais, je ne me sentais pas bien, peu motivé, peu extasié devant le savoir que je continuais d’accumuler. Cela est vite devenu un cercle d’autodestruction qui a mis à mal mes forces mentales et physiques.

Face à ce constat, je me devais de changer. Après trois semaines de repos forcé, un entretien avec Pier m’a fait comprendre qu’il me manquait quelque chose dans ma routine de travail : des vacances et des jours off. À partir de là, je me suis octroyé un jour de repos par semaine et le droit de prendre des vacances assez régulièrement (environ tous les deux mois). Des changements qui ont vite porté leurs fruits : aujourd’hui, je me sens mieux au quotidien.

Sous le signe de la variance

Adrien Delmas
Maintenant que le reste a été évacué, parlons enfin des résultats. C’est bien simple, 2018 a aussi été ma pire année. En live ce fut désastreux, même avec un bon volume de 74 tournois disputés, soit 50% de plus que l’année précédente. J’ai joué pour près de 250 000 € de buy-in, essuyant une perte sèche d’environ 160 000 €. En cause notamment, un très faible taux d’ITM : 14,8%, alors que je me situe plutôt autour des 20% sur Internet.

Côté cliquetis de souris justement, il s’agit aussi de ma pire année depuis le début de ma carrière professionnelle. Je finis légèrement gagnant de 29 000 $, pour un total de 640 000 $ joués, sur environ 1 900 tournois. En rentrant dans les détails, je m’aperçois que les shots que j’ai pris sur des parties plus chères ont plombé mon Retour sur Investissement : 8% de mon volume total est responsable de 80% de mes pertes sur l’année.

Même si j’ai fait ma meilleure année sur les tournois les moins chers (inférieurs à 1 000 $), avec un ROI total correct de 32%, je dois me remettre en question quant à mes résultats sur les plus gros buy-ins. Est-ce dû A) Au manque de réussite, B) Au manque de volume, C) Au manque de niveau ou bien D) La réponse D ? Sûrement un peu de tout ça mon capitaine !

En toute objectivité, il faut tout de même reconnaître que j'ai manqué de réussite dans des moments cruciaux sur pas mal de ces tournois high stakes, avec beaucoup de deep runs en mousse lorsqu’il y avait beaucoup à la gagne. Entre finir 7e ou 8e et finir premier, il y a un gros écart d’argent. Néanmoins, tout mettre sur le dos de la variance c’est se mentir à soi-même et refuser de voir les choses en face. Inutile, donc, d'épiloguer là-dessus.

Par rapport à mon niveau de jeu, j’ai réussi à maintenir une espérance de gains relativement correcte sur les plus grosses tables, oscillant entre 5 et 7,5 EVbb/100. Je pense toutefois avoir commis une erreur sur la sélection de mes parties. J’ai pris beaucoup trop de shots sur des tournois où j’estime mon ROI entre 5 et 10%. En résulte une forte augmentation de la variance, qui pénalise trop mes résultats globaux pour finalement peu de retour monétaire.

La dernière erreur que j’ai faite, c’est de négliger mon volume, notamment sur les plus « petits » tournois entre 50 et 300 $. Avec 1 900 tournois, contre 3 000 minimum les précédentes années, j’ai beaucoup moins joué. Je jouais principalement les dimanches et en période de festival, soit des gros fields avec de gros buy-ins, ce qui, là encore, augmente la variance.

Toujours plus loin, toujours plus fort

De cette introspection, je peux maintenant tirer deux lignes de conduite pour 2019 :

 Jouer plus de tournois en semaine pour limiter la variance et augmenter mon ROI.
 Faire une meilleure sélection de mes shots afin d’optimiser mes profits.

En bref, cette année fut le théâtre de moult expériences, rencontres, déceptions, et challenges. L’important est d’en tirer des enseignements pour cette nouvelle année déjà bien entamée. Une des choses les plus dures à gérer pour moi est la dissonance entre la progression et les résultats directs. J’ai l’impression d’avoir progressé comme jamais mais affiche des résultats décevants. Je dois garder en tête que la corrélation entre l’un et l’autre n’est pas immédiate, surtout avec un si petit volume de jeu. Je dois me référer aux données qui ont une valeur significative, afin d’évaluer ma progression et mon niveau de jeu dans les mois à venir, tout en veillant à ne pas placer mes attentes trop hautes, ce qui serait contre-productif.

La vie d’un joueur pro n’est pas chose facile, mais c’est justement pour ça que je l’aime. Tous les jours, elle apporte de nouveaux challenges, de nouvelles difficultés à surmonter. Si je n’étais pas sorti de ma zone de confort, je n’aurais jamais eu à faire face à ces difficultés qui me poussent à devenir meilleur. Aimer la complexité, aimer les défis, aimer les épreuves : telles sont les clefs de la réussite pour 2019.

Adrien "Ragnarok235" Delmas

[Note de la rédaction : en filigrane de cet article, on devine une information loin d'être anodine : après une année en tant que Top Shark, l'aventure d'Adrien Delmas chez les W rouges va se poursuivre. Hé oui : Ragnarok235 n'a pas dit son dernier mot au sein du Team Pro ! Evidemment, nous sommes ravis. A très bientôt, et bonne chance pour 2019 !]


Ragnarok235

Il n’a fait qu’une bouchée de ses adversaires : notre nouveau Top Shark est prêt à plonger dans le grand bain du circuit mondial.

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