Winamax

[Blog] Maximisez votre Emotional Value

Par dans

Blog Leo Margets Facebook

Il y a peu, je me suis rendue à Barcelone pour voir mes parents et ma grand-mère. Cette dernière vit dans une maison de retraite depuis des années. Bien qu'elle soit physiquement plutôt en forme du haut de ses 93 ans, il y a environ quinze ans, elle a commencé à développer une démence sénile qui s'est transformée en maladie d'Alzheimer. Elle ne se souvient plus de rien. Elle a commencé par perdre sa mémoire à court terme, avant que la maladie ne la prive progressivement de ses souvenirs plus lointains. C’est un mal qui grignote le cerveau petit à petit et efface tous les souvenirs de votre vie, en commençant par les plus immédiats, pour s’attaquer ensuite aux plus ancrés. Affectueusement, je lui dis qu'elle est comme Dory dans Le Monde de Nemo. Elle rit parce que quand je lui dis cela, elle me voit sourire, mais elle ne sait pas qui est Nemo, ni que je suis sa petite-fille et que je l'adore.

Ce jour-là, en partant, j'étais bouleversée. Je me suis dit à quel point c'est horrible de perdre ses souvenirs. Quand nous vieillissons et que nous perdons la capacité à vivre certaines expériences, les souvenirs sont la seule chose qui nous reste. Personnellement, j'adore me souvenir des événements du passé. En les savourant à nouveau, c'est comme si je ressentais ces émotions de nouveau. Les souvenirs sont un générateur de bonheur permanent, ils me motivent à vouloir continuer à vivre un maximum de choses. De cette façon, je disposerai d'un énorme réservoir de souvenirs quand je serai à une mamie à mon tour et que je ne serai plus capable d'en générer de nouveaux.

Je pense que j'étais particulièrement sensible à ce sujet cette semaine-là, car je venais de commencer à lire le livre que m'avait recommandé mon amie Fairy : Die with Zero, de Bill Perkins [non traduit en français, NDLR], sous-titré Getting All You Can from Your Money and Your Life (Tirer le maximum de votre argent et de votre vie). Oui, oui, Bill Perkins l'entrepreneur et joueur de poker, surtout connu pour ses paris complètement fous ! Je ne vais pas vous spoiler le livre. Je dirai simplement qu'il a largement contribué à me faire changer d'avis sur beaucoup de choses et que je suis heureuse de l'avoir lu maintenant, et non pas dans quelques années.

Positive attitude

Il y a des périodes dans notre vie où tout se met en place naturellement. D’autres fois, on dirait que le monde nous envoie des signaux pour nous aider à prendre une décision. Cela semble un peu mystique – je pense plutôt que c'est de la métaphysique – mais je pense que lorsque l'on cherche des réponses, on les trouve. Nous n'absorbons les informations que lorsque l'on est prêt à le faire.

Leo Margets

Nous passons les meilleures années de notre vie à nous concentrer sur le fait de générer encore plus. En tant que joueurs de poker, j'ai l'impression que nous abordons toutes les situations à travers le prisme de l'EV. C'est une grande force que d'être capable de rationaliser les décisions et de maximiser leur valeur attendue, cela ne fait aucun doute. Mais comment se mesure la valeur attendue d'une décision ? Après tout, la vie est plus une affaire d'émotions que de raison.

Ce que je cherche dans la vie, c'est me sentir bien. Et pour me sentir bien, j'ai besoin de générer des émotions positives. Là-dessus, un spécialiste me dirait qu’il n’existe pas de bonne ou de mauvaise émotion. Toutes les émotions sont adaptatives et existent pour nous donner des informations qui nous poussent à agir. Mais il est clair que certaines sont agréables et d'autres un peu moins. En ce qui me concerne, je préfère faire des choses qui génèrent les premières.

EV- = EV+ ?

Je me suis rendue compte que prendre des décisions en recherchant la valeur attendue maximale en termes d'argent ne me faisait pas toujours du bien. J'adhère bien sûr au concept, mais si le résultat de la maximisation de l'EV par des décisions rationnelles ne génère plus aucune émotion agréable, cela n'a plus de sens pour moi.

Leo Margets

Est-il possible de vivre en Espagne en tant que joueur pro de poker ? Financièrement, c’est un grand non. Mais en termes d'émotions, c’est un énorme oui ! Est-il EV+ de voyager seul pendant un mois ou deux sans jouer une seule main de poker ou ouvrir un solver ? J'en parlais avec un autre très bon ami joueur, Pua : on a parfois des remords de ne pas suivre constamment la voie qui procure le plus d'EV au niveau professionnel. Mais si cette voie alternative vous permet d'évoluer d'une autre manière, vous pourriez vous rendre compte que ce n'est pas votre voie alternative, mais bien la principale.

Mon dilemme apparaît surtout lorsque je me dis "C'est débile de ne pas vivre en Andorre avec l'argent que tu économiserais par rapport à l'Espagne". Mais cette voix qui me dit ça n'est pas la mienne. C'est celle de la société et ses valeurs dominantes, selon lesquelles il est toujours préférable de produire plus… que de produire moins.

Ce qui compte, c'est les valeurs

J'aime l'argent, mais comme un moyen de parvenir à une fin, pas en soi. J'ai des amis qui sont très heureux d'amasser de l'argent et, dans ce cas, il est tout à fait logique d'organiser sa vie autour de cet objectif. Si vos valeurs sont l'excellence, la réussite, la performance, l'accomplissement, vous atteindrez l'harmonie intérieure en agissant en conséquence. Dans ce cas, en prenant des décisions qui maximisent ces valeurs, vous vous alignez sur votre objectif, ce qui vous apporte certainement beaucoup de bien-être.

Réfléchir à ses valeurs aide beaucoup à donner une direction à sa vie.

Leo Margets

J'ai récemment fait un exercice très intéressant qui consiste à choisir ses cinq valeurs principales parmi une liste de plus de soixante. Si vous constatez que votre vie n'est pas alignée sur ces valeurs, vous aurez du mal à atteindre la plénitude. Après avoir fait cet exercice, j'ai réalisé que le poker me passionne principalement parce qu'il me permet d'être en phase avec plusieurs de mes valeurs fondamentales. Allez, je vous les donne : la liberté, la curiosité, l'ouverture d'esprit, la gratitude et la responsabilité. L'argent que je gagne au poker n'est pas quelque chose qui m'excite en soi. C'est un moyen d'accéder à la liberté. Mes autres valeurs me permettent de poursuivre cet objectif de manière très organique, mais presque comme un effet secondaire.

Être proche de mes chiens, rendre visite à ma grand-mère quand j'en ai envie sans avoir à planifier le voyage une semaine à l'avance, passer du temps avec mes amis, manger avec mes parents le dimanche, être à vingt minutes de l'aéroport pour pouvoir me rendre facilement à tous les tournois auxquels j'aime participer… : voilà les expériences de vie qui m'épanouissent et vers lesquelles je tends. Si j'ai tout cela et assez d'argent pour pouvoir choisir comment vivre, c'est pour moi le summum de l'EV (Emotional Value). Quand je serai vieille, si avec un peu de chance, je garde toute ma tête, tout cela sera mon carburant. Cependant, il n'est pas nécessaire d'être vieux pour que tout ce que l'on vit génère des souvenirs agréables. Dès qu'une expérience est terminée, on peut la revivre instantanément grâce à ces souvenirs.

Toute cette prose pour vous dire en partie que je vais sûrement bientôt retourner chez moi. Vous comprenez sans doute pourquoi.

Au fait, on se voit très bientôt à Marrakech. Le SISMIX sera sans aucun doute un très bon moyen de continuer à remplir notre boîte à souvenirs.


Leo Margets

Révélée par un mémorable deep-run sur le Main Event des WSOP, la Barcelonaise est l’une des figures emblématiques du poker Ibérique.

Suivez Leo Margets sur FacebookSuivez Leo Margets sur TwitterSuivez Leo Margets sur Instagram