[Blog] Les mains les plus folles de ma carrière (Partie 1)

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Romain Lewis Blog Facebook

Salut tout le monde! Je célèbre cette semaine ma première année complète sous les couleurs de Winamax et pour fêter ça, j'avais envie de vous raconter mes coups les plus rocambolesques. Entre le poker amateur, de club et professionnel, j’en ai vécu des coups marrants, des bad beats, des good beats aussi, des coups venus d’une autre planète ou d’autres qui ne devraient juste jamais exister. C’est aussi pour ça qu’on aime ce jeu : une fois qu’on a reçu nos deux petites cartes faces cachées, nul ne sait exactement ce qu’il va arriver !

Au moment d’écrire ce blog, je suis en train de préparer mon planning complet pour les WSOP. Au même moment, l’an dernier, j’écrivais justement mon premier blog sur la préparation mentale et physique pour Vegas. Cette année, la seule différence c’est que je vais rester un peu plus de temps. J’ai envie de jouer plus de tournois, de tester un peu plus mes limites mais aussi de vivre plus de moments intenses, aux tables et en dehors.

Et de moments intenses, il va justement être question dans les lignes qui suivent. Ne me jugez pas, sortez le pop-corn, mettez-vous à l’aise au fond de votre canap’, car ce qui suit n’est pas toujours très ordinaire. Dans cette première partie, je parle de la période où je n’étais pas encore professionnel. Il va y avoir du spectacle, let’s go !

Premiers frissons à Gujan

Romain Lewis

Remontons le temps. Nous sommes le samedi 23 septembre 2014 à Gujan-Mestras. Le soleil est tombé depuis l’éclatement de la bulle du Main Event du DSO, et je suis dans l’argent depuis quelques heures pour mon premier gros tournoi live. J’ai 19 ans depuis quelques mois et l’idée de jouer un tournoi de poker à 550 € me dépassait largement quatre mois auparavant. Après un an d’entrainement à Pokersphère, un très bon ami décide de me staker pour cet événement. Un fou, je me disais. Je devais avoir 38 € sur mon compte et c’était ce qu’il me restait des 100 € que m’avait filé ma mamie pour mon anniversaire deux mois plus tôt. Les sensations folles que m’ont fait vivre ce tournoi restent encore très présentes dans mon esprit aujourd’hui.

Il reste environ 28 joueurs, nous sommes assurés de 1 300 balles et moi, je suis déjà sur un nuage. 650 € dans la besace : de quoi m’assurer un an de sorties avec les amis. Et j’ai encore 18 blindes. Tout se passe bien jusqu’au moment où le joueur pile à ma droite nous raconte qu’il doit partir du tournoi. Il en a marre et son dernier bus partant de Gujan est dans une petite demi-heure. Dans ma tête, je me dis : « Quelqu’un va vraiment tomber pour ça ? » Évidemment, je n’y crois pas du tout et lâche un petit sourire quand il fait son cinéma. Sauf que, contre toute attente, il fait tapis trois mains de suite, passe de 10 à 15BB, et nous montre J3o la troisième fois. Je commence à comprendre que notre amigo est un peu fou.

La main suivante, un joueur assez actif ouvre UTG. Mon regard se promène alors vers ce joueur impatient. Il ouvre ses cartes et je perçois sa main de mes yeux fatigués : 43o. « I’m all in !, » l'entends-je ensuite prononcer. Estomaqué, je me dis que c’est mon spot, que le joueur UTG ne paiera jamais nos deux tapis et que c'est maintenant qu’il faut que je prenne mon courage à deux mains ! Après tout, il a une des pires mains du jeu, c'est le moment parfait pour monter des pions.

Je retourne 76o. Pas le rêve. Je rentre dans un petit tank. Je sais qu’il a 43o mais ma main est pourrie et il reste l’autre joueur à parler. C’est le deuxième tournoi live de ma vie et je ne veux pas avoir l’air ridicule. L’autre problème, c’est que mes potes sont en train de regarder, celui qui m’a staké et au moins cinq très bons potes. Bon, ils comprendront plus tard quand je leur expliquerai. « I’m all in » monsieur le croupier.

Fold, fold, fold et... tank UTG. L’horreur, il a une décision... et fold face up une paire de Valets ! Je me rends doucement compte du risque que je viens de prendre, mais ça passe. Allez c’est le moment un peu louche où on montre nos cartes. Bien évidemment, j’attends que monsieur montre ses cartes pour claquer le call d’une vie et là… il n’avait pas 43o, j’avais mal vu. Il retourne A3o. Vous connaissez cette boule au ventre quand le prof’ de Français annonce à voix haute les notes en cours et que t’entends « LEWIS : 5 ! ». Voilà, même sensation. Je retourne 76o, tous mes amis viennent voir et semblent incrédules. Un board anodin plus tard et je descends à 3BB. Pas mal non ? Mais ne vous inquiétez pas pour moi, j’ai triplé la main suivante et j’ai terminé runner-up pour 20 000 balles. De quoi lancer ma carrière ! Comme quoi, au poker, les choses tiennent à peu. En tout cas, cette main, je ne suis pas prêt de l’oublier.

Cry me a river

Romain Lewis Gruissan

Quelques mois plus tard, nous sommes à Gruissan pour mon troisième tournoi à 550 € et ma deuxième table finale. C’est tout simplement la folie ! Les sensations sont les mêmes qu’à Gujan, mais ce sentiment de confirmer la perf’ d’il y a quelques mois est très puissant. J’ai l’occasion d’aller chercher cette fois plus de 40 000 €, mais le niveau de la table finale est relevé et tous les tapis sont très proches.

Les souvenirs sont encore très vifs dans mon esprit. Nous sommes sept joueurs restants et un joueur âgé nommé André Comemale est la cible des deux meilleurs joueurs à table : Jérémy Palvini et Julià Vassort. André ouvre une première fois, se fait 3bet par Julià et rentre dans un tank (tout le monde a autour des 25 blindes). Julià fait comprendre par la parole qu’il a un monstre, André passe sa main et se voit montrer AQo. Tout le monde comprend que c’était un 3bet fold et Julià s’empare du pot sourire aux lèvres. La main d’après, Andre ouvre à nouveau UTG+1 et se fait 3-bet cette fois par Jérémy. Nouveau tank de notre ami. Jérem’ lui dit exactement : « Moi je ne suis pas un c******, je ne vais pas vous montrer AQ. » Fold d’Andre et Jérémy retourne une paire de 6.

Je comprends via sa réaction qu’André a passé une meilleure main et semble être en perte de contrôle de ses émotions. Il casse d'ailleurs un peu sa pile de jetons dans la foulée. La main d’après, je découvre A10 UTG et décide d’open. C’est le moment qu’André choisit pour shove ses 22BB à la vitesse de la lumière. La parole me revient. Là vous vous dites tous : « Mais ce n’est même pas une décision, fold moi ça Romain ! » Seulement, vous savez qu’au poker, si on ne passe pas directement, notre cerveau se met à vagabonder.

Je rentre dans un tank infini. Le problème, c’est que j’ai seulement 25BB à ce moment-là. Si seulement je n’avais eu ne serait-ce qu’une vague idée de ce qu’est l’ICM, j’aurais fold évidemment. Mais ici, mon dialogue interne s’arrête à : « Penses-tu avoir une meilleure main que lui ? Et si oui, as-tu les guts pour payer ? » Cette conversation entre moi et moi-même dure plus ou moins dix minutes. Je ne rigole pas. Il doit y avoir trente personnes autour de la table, mes adversaires sont debout (alors qu’ils n'ont pas encore parlé), mais personne n’appelle le time.

À un moment, j’entends quelqu’un lancer dans le public, avec un petit accent local du sud : « S’il a tank aussi longtemps, c’est pas pour folder ! » Il n’a pas complètement tort celui-là ! Quelques dizaines de secondes après, j’annonce « call. » Snap fold du reste de la table et André dévoile KJo. Nous avons le quasi pot du chiplead messieurs, dames. Mon cœur bat à environ 562 battements par minute et je revois encore précisément la tête du croupier. Ce n’est pas le genre de dealer à dévoiler le flop directement d’une manière élégante et fluide, mais plutôt celui qui le fait une carte à la fois. Il a conscience de l’importance du coup et veut faire vibrer tout le monde. L’horreur.

La première carte est un 8. Pas si mal finalement, je veux juste éviter un Roi et un Valet. Du moment qu’il n’y a pas de têtes j’accepte tout le reste. Alleeeez !

Deuxième carte : 4. Ok.

Troisième carte : 4. Le flop rêvé. Pas de Roi, ni de Valet et il joue moins de cartes. Mon cœur ne bat plus qu’à 522 BPM.

Le turn est une brique.

Environ trois minutes plus tard, cette fois d’une manière super classe, avec un mouvement du bras en coordination parfaite avec l’épaule et le poignet, le croupier claque un K à la river.

Je me souviens encore du bruit de la carte. Quand on dit que le poker est un sport violent, voilà l’exemple parfait. Je suis tout simplement dévasté. La récompense de l’argent ne vient qu’après. Pendant le prochain quart d’heure, je vis cette rivière comme une mort intérieure. Les espoirs s’envolent et la fatigue et les émotions accumulés durant trois jours de tournois ressortent. Pour ne pas montrer mes émotions, je m’évade rapidement de la salle après mon élimination, une main plus tard, et je fonds en larmes aux côtés de John, un de mes amis.

Peu sont les gens qui peuvent le comprendre de l’extérieur, mais mentalement, nous jouons à l’un des jeux les plus complexes au monde. Je viens de gagner 9 000 € et je suis abattu comme si je venais d’apprendre une terrible nouvelle. Je ne saurai que bien plus tard qu’il s’agissait d’une erreur de ma part. Sur le moment, seul prédomine le sentiment d’injustice. Je dois attendre un an pour signer une autre perf’ notable. Pendant un an, ce coup tourne donc en boucle dans ma tête. Je ne suis pas pro et je n’ai pas encore l’intention de le devenir. Ne reste que l’arrière-gout d’inachevé.

L’Irish en folie

Romain Lewis Irish WPO 2015

Changeons complètement de cadre et d’ambiance. WPO Dublin 2015. Après une semaine agitée, je me retrouve sur le tournoi de Irish Poker, le tout dernier 100 balles du festival pour les cagoulés. J’en suis alors à quatre tournois pour zéro place payée, pas la semaine rêvée niveau poker mais à Dublin, ce n’est pas vraiment ce qui importe. Non, le plus important c’est plutôt la quantité de bières ingurgitées par jour. On commence sur une base solide de quatre ou cinq, et plus la semaine évolue plus il faut boire pour être saoul. C’est une règle. Bon, quand je joue, j’évite.

Toujours est-il que je me retrouve en table finale de ce tournoi. L’Irish est légèrement différent du Hold’em traditionnel, puisqu’on reçoit quatre cartes préflop. Il y a un premier tour d’enchères puis, au flop, on décide de se séparer de deux cartes. La suite du coup se déroule de façon classique.

Il est 3 heures du matin, nous sommes plus qu’une dizaine à jouer dans la salle, pendant que le reste des joueurs s’éclatent dans la Leisure Room, après la victoire de Pierre sur le Main Event. De temps à autre, des curieux jettent un coup d’œil sur le tournoi, pour finir par former un rail monumental durant la finale. C’est bien simple, je me croyais en finale de la Ligue des Champions et, toujours à ce jour, c’est la meilleure ambiance sous laquelle j’ai joué !

Je me souviens d’un coup que j’ai disputé principalement pour les supporters. Je relance une main médiocre préflop et je ne flop absolument rien. Le moment arrive où on doit choisir les cartes à garder et je décide de garder une misérable paire de 2 sur un board assez dangereux et connecté. Je me souviens juste d’avoir sélectionné mes cartes assez rapidement pour faire croire que ma décision était très facile et que j’avais un bon jeu servi. Je ne me rappelle ni de la texture du board, ni du turn ou de la river mais je me souviens de mon action. Gros bet au turn et tapis dans la bouche du Suédois sur la river. Tout le rail attend désespérément durant le loooong tank de mon adversaire. Seul supporter du Suédois, Adrien Guyon se met à chanter « SWEDEEEN, SWEDEEEN, » mais même lui ne peut pas s’empêcher de rejoindre la fête et de sauter dans la foule quand mon adversaire finit par fold et que je claque le bluff ! 

C’est peut-être la seule fois de ma vie où j’ai joué un coup pour faire kiffer mes amis, mais ça valait largement le coup ! Le sympathique directeur de tournoi irlandais, que je croise encore très souvent aujourd’hui, se souvient toujours de la scène et on se marre à chaque fois qu’on en parle. Tout simplement mythique. Je finis par remporter le tournoi, qui reste d'ailleurs mon seul titre en live ! Même si c’était pour la « petite » somme de 4 695 €, cela reste l’un de mes plus beaux souvenirs.

Que ça soit les 250 000 € de Guillaume à Monaco ou mes 4 700 € ce jour-là, les victoires restent des victoires et c’est vraiment pour ces sensations incroyables que l’on joue à ce jeu. Nous enchaînons les défaites quotidiennement et, comme disait Volatar dans son dernier blog, c’est exactement pour cette raison que les victoires font vivre à ce jeu. J’espère vraiment qu’on aura l’occasion de vivre ce genre d’émotions à Vegas cette année. On a un groupe tellement soudé que le moment ne pourra qu’être incroyable !

J’ai pris un plaisir énorme à écrire ce blog car on parle finalement trop peu souvent des moments les plus intenses de nos carrières. Peut-être par peur pour passer pour chouineur quand il s’agit d’un bad beat ou pour ne pas passer pour quelqu’un de vaniteux quand on a placé le call de notre vie. Il faut savoir partager ses émotions et ses ressentis pour parfois mieux les accepter et avancer dans notre carrière, et ce quelle que soit la discipline. Dans la deuxième partie de ce blog, je vous parlerai des coups les plus marquants de ma carrière pro et là, on va parler gros chiffres !

D'ici là, la bonne bise à tous et rendez-vous sur le reportage de Winamax ainsi que sur ma nouvelle page Facebook, où je donnerai des nouvelles quasi quotidiennes depuis Vice City. Ça va être diiiiingue ! Ciao !


rLewis

Le plus jeune joueur du Team enchaîne les résultats live et online. Et il ne compte pas en rester là !

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