[Blog] Les fruits de ma passion

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Passion fruit romain
Salut tout le monde ! Cela fait un petit moment que je ne vous ai pas écrit, ça fait plaisir de vous retrouver. Aujourd’hui, je vais partager avec vous une partie de mon dialogue interne, des choses sur lesquelles je réfléchis depuis quelque temps maintenant.

J'ai toujours eu l'impression d'avoir de la chance de pouvoir concilier mon travail et ma passion avec le poker. Mais je n'ai jamais vraiment cherché à creuser d'autres points de vue sur ce sujet. Cependant, quelques remarques entendues par-ci par-là me remettent toujours cette problématique en tête. Généralement, le dialogue débute avec une tirade comme celle-ci :

"Mélanger travail et passion ? Impossible pour moi. J’ai presque deux personnalités. L’une au travail, et l’autre au repos."

Voilà ainsi ce que m'a rétorqué une amie, après quelques minutes passées à lui raconter comment je mène ma vie depuis quelques années.

J’ai été surpris par sa remarque, car depuis une dizaine d'années, ma réalité est diamétralement opposée. Pour moi, rien de mieux que de travailler sans obligations, d’autant plus si ce travail est ma passion. Je ne vois pas le temps passer, je ne compte pas les heures que j'y consacre. J’avais toujours lié le "travail" à quelque chose de négatif dans ma tête, alors que le "jeu" à quelque chose de positif. Pour les joueurs pros, les deux notions sons liées... et ça me semble parfait ! Cependant, lorsque je raconte à ma mamie que je vais jouer non-stop pendant plusieurs semaines avant de prendre des vacances, je conçois qu’elle ne me prend pas autant au sérieux que lorsque mon frère lui explique qu’il travaille jusqu’à Noël, moment auquel il pourra prendre quelques jours avant de repartir bosser. "Bon, Romain… À quel moment comptes-tu te poser ? Je n’aurais jamais pu mener la vie que tu mènes, toujours en vadrouille."

Une partie de moi veut lui répondre que les temps ont changé, et qu’aujourd’hui on exerce des tonnes de métiers qui n'existaient pas dans les années 1950. Mais une autre partie de mon cerveau relie mon amie et ma mamie : je comprends qu’elles ne sont sûrement pas les seules à penser ainsi.

Business, or pleasure?

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J’ai déjà vécu un petit tiers de ma vie en tant que joueur professionnel. Tout de même ! Ma vision de la vie et du jeu, en plus de mes objectifs professionnels et personnels, sont souvent remis en question. Ils varient au fil du temps. C’est enrichissant, mais aussi un peu déstabilisant. Pour moi, l’un des avantages de mon métier est d’être réellement en charge des décisions les plus importantes de ma vie.

Au départ, c’était assez simple dans ma tête. J’avais le choix : m'endetter pour quelques années en m'embarquant dans une école de commerce pour laquelle j'étais moyennement motivé, ou tout donner pour devenir le meilleur joueur de poker possible et en faire un vrai gagne-pain. La décision de parier sur le poker a vite été claire pour moi. Dans le pire des cas, je foirais cette aventure, et je repartais en école avec seulement deux ans de retard. Rien de grave ni de définitif. En revanche, faire part de ma décision à mes proches a été beaucoup plus compliqué. Ils voulaient me donner l'impression que je faisais un très grand saut dans le vide, que c’était un pari trop risqué par rapport à la sûreté du système éducatif par lequel tous étaient passés. Au bout de quelques mois, on se prenait moins la tête : j'avais fait mon choix, et si je me ruinais en un an ou deux, au moins tout le monde m’aurait averti.

Une fois ce pari réussi, d'autres questions surgissent : "jouer" ou "travailler" entre 10 et 11 mois dans l’année pour tester mes limites et être le meilleur "professionnel" possible, ou me poser un peu plus et garder un rythme soutenu avec davantages de décrochages entre vie perso et vie pro ? J’ai décidé de suivre la voie qui avait le plus de sens sur le moment, ce que j’aimais : le poker. J’ai réalisé à quel point c’était une passion. Pas seulement pour le jeu en lui-même, mais aussi pour la découverte de nouveaux endroits et de nouvelles personnes partout dans le monde grâce à ce travail. J'avais envie de suivre cette passion le plus loin possible. Outre les rencontres et les différentes manières de voir la vie dans d’autres pays, les sensations engendrées par les gros gains et les deep runs sur les plus gros tournois du monde ne me donnent qu’une seule envie : les revivre.

Quelques années après mes débuts, je me rends compte que j'ai complètement atteint mes objectifs de départ : sortir du système conventionnel proposé par l’école et l’éducation post-bac, et contrôler au maximum mes décisions et actions dans la vie. Je suis heureux quand je repense à ce jeune homme perdu de 18 ans, qui se sentait coupable de ne pas savoir ce qu'il voulait faire de sa vie. C’est peut-être ce stress qui a mené en partie à ma réussite, mais les dangers que j’ai pu rencontrer en cours de route existent toujours aujourd'hui. Alors, comment re-moduler maintenant mes objectifs en étant conscient de nouvelles vérités que je n’avais pas saisies lors des premières années ?

L'argent n'est pas tout

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Tout d’abord, je dois redéfinir pourquoi je joue. Cela reste assez simple à mes yeux : c’est mon job, je ne connais pas maintes et maintes façons de gagner de l’argent, et l’importance de l’argent devient plus en plus évidente à mes yeux année après année. D'accord. Mais au fond, qu'est-ce que l'argent ? Pourquoi j’en veux davantage, et pourquoi je n'en ai pas plus ? Ce sont des questions que l’on peut poser à un tas de personnes différentes, et je serai prêt à parier sur le fait qu'on n'aura jamais deux réponses identiques. Cela peut sembler bizarre pour une notion aussi profondément ancrée dans la société. Tout le monde sait ce que c’est, non ? Sauf que lorsque je me pose ces questions, je me rends compte que je n’arrive pas à leur trouver des réponses évidentes. Essayons tout de même.

L’argent est pour moi une sorte d’énergie, un pilier de la société. Une construction humaine, un language sur lequel on est plus ou moins d’accord, mais beaucoup plus psychologique qu’au premier abord. Je suis certain qu’il est important de posséder un minimum d’argent pour ne pas subir le stress d’en manquer, mais je suis aussi certain que l’objectif d’en avoir le plus possible est mauvais. Comment j’arrive à savoir ce qui est bon pour moi ? Quels sont mes objectifs ? Être heureux est-il un objectif ou une manière d’être qu’on peut cultiver ? Ou bien est-ce un mélange des deux ? A quel point ma vie professionnelle et ma vie personnelle sont-elles liées, et est-ce important ? Quand je peux exercer mon métier à n'importe quelle heure de la journée, comment me gérer ? Quelle est la fine frontière entre le professionnalisme et l’addiction ?

Plus je me pose ces questions difficiles, plus je me rends compte que pour moi, aujourd’hui, diversifier mes activités et passer plus de temps en dehors de mon travail est important. Pour le Romain post-bac, rater une session du dimanche semblait impossible, et surtout contre-productif. Ça l’est un peu moins pour le Romain d'aujourd'hui ! Pour d’autres, la vérité n’est pas semblable à la mienne et c’est tout à fait acceptable. C’est dans la difficulté de ne pas être "cadré" que je comprends davantage les remarques de ma pote et de ma mamie. Si on ne me dit pas quoi faire, il faut que je me pose les bonnes questions pour être sûr que ce que je fais a du sens pour moi.

Je n'en doute pas : le poker est un jeu incroyable qui a donné un réel sens à ma vie. Je suis très loin de toucher mes dernières cartes, n’imaginez pas le contraire ! Les rencontres, les remises en question et finalement l’éducation que j’ai reçue via de nombreuses situations de vie difficilement imaginables dans une "autre" vie m’aident clairement à me sentir heureux. Mais je pense qu'il est important, dans un monde où tout va à cent mille à l’heure, de savoir lever le pied de temps en temps, afin de revenir plus en forme, plus fort et plus complet. Personne ne va te le dire car au moment présent, ça n'arrange personne que tu lèves le pied. Cependant, ce sera important dans le futur. C’est l’une de mes nouvelles vérités.

Liaisons dangereuses ?

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Une autre chose me tracasse. Pourquoi le poker est-il si mal représenté aux yeux du grand public ? Comment se fait-il que même ma mère ou ma mamie continuent à se faire du mouron pour moi, alors que de mon point de vue j’ai prouvé qu’il n’y avait plus de souci à se faire ? Peut-être que l’inquiétude, la peur et les risques sont exacerbés dans un esprit qui voit la perte bien plus grave qu’elle ne l’est. C’est vrai. Le danger est là. Mon métier est l’un des seuls qui peut ruiner quelqu’un. Normalement, si tu n'es pas bon, tu te fais virer ou tu quittes la boite, mais tu ne perds pas tes économies. L’idée que tout pourrait s’écrouler fait en effet très peur et les films, médias et toutes autres représentations cinématographiques s’en régalent en amplifiant cette peur, pour vendre plus de tickets ou faire plus de clics. Mais dans le fond, ce n’est jamais le jeu en lui-même qui ruine quelqu’un, mais bien la personne en question et sa propre incapacité à bien évaluer les risques présents. Mon grand-père hurlait lorsqu’il me voyait jouer des parties gratuites sur Internet : "Jure-moi que tu ne miseras jamais un pound à ce jeu !" Je l’avais rarement vu comme ça, sa peur pour moi était plus palpable que jamais auparavant. Moi je m’amusais, et je ne voyais ce qu'il y avait de mal à ça. Je voulais juste le rassurer.

Cependant, je n'ai pas vécu les moments où, plus jeune il n’avait plus rien à manger car son père avait tout cramé au casino. Je ne voyais pas le réel mal que l’appât du gain pouvait causer. Je t’ai menti ce jour-là papi, mais je suis sûr qu’aujourd’hui tu serais fier de moi. La réelle promesse que je veux tenir, c’est de faire en sorte que le jeu me serve à moi, et pas l’inverse. Que je vais travailler sérieusement la fine frontière entre l’addiction et la profession, pour que je sois bien dans ma tête. Je sais que ce travail peut révéler une face cachée de nous-même, inconnue auparavant et possiblement néfaste pour notre bien-être. C’est une évidence. Mais définir le jeu en lui-même comme dangereux, c’est mal le représenter. Je suis assis sur une chaise en jouant à un jeu de cartes. Il y a des métiers bien plus dangereux, me semble t-il. Certes, le poker peut s’avèrer dangereux. Mais il est aussi enrichissant, car il nous met face à nos pans les plus vulnérables. C’est à nous de savoir nous en servir pour notre propre bien. Il ne faut pas que le jeu se serve de nos vulnérabilités pour son propre bien à lui.

Lewis Blog 4Quand je retrace un peu mon parcours, mes plus importantes périodes de développement personnel sont arrivées lorsque je vivais mes plus grosses pertes. A contrario, les moments de repos et de stagnation sont venus quand l’argent coulait à flots. Je me dois d’être l’acteur principal de ma vie, qui répond aux situations dans lesquelles mon travail et ma passion me mettent. C’est un choix que je partage avec des millions de personnes sur la planète, qui décident de faire de leur passion un travail. C’est un choix que j’aime et que j’assume… pour le moment !

Ce travail, ce jeu ou cette compétition permanente m'amènent sur mon dernier gros mois de tournois live de l’année : à Aranjuez pour l’ouverture du WiPT dans sa déclinaison espagnole, puis à Chypre (pour la première fois de ma vie !) et enfin à Las Vegas en décembre, pour le WPT World Championship [PUB : vous pouvez vous y qualifier sur Winamax ce dimanche !]. Un programme très alléchant ! J'espère y réussir de bonnes perfs pour décrocher le titre de Joueur Français de l'année 2022. Ça ne va pas être facile, mais j’y crois. Je vous fait une grosse bise, et je vous dit à très vite sur les étapes françaises du WiPT, ou sur un streaming online !


rLewis

Étoile montante de sa génération, le Bordelais a confirmé tous les espoirs placés en lui en 2021 en décrochant un premier bracelet WSOP !

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