[Blog] Le retard est la politesse des artistes

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Gaëlle Baumann Finale WiPT 2017

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est André Maurois, romancier de son état. Bon, il a aussi dit que « les femmes, c'est comme les chevaux, il faut leur parler avant de leur passer la bride. » Tout compte fait, je n'aurais peut-être pas dû attaquer par une citation de ce genre... Mais qu'importe, arrêtons net cette rubrique littéraire.

Ne paniquez pas devant ce titre de ce blog, il ne s'agit pas d'un nouvel article sur la bienséance mais sur l'arrivée tardive... aux tables de poker. Le late-reg pour reprendre l'expression anglo-saxonne. Une pratique désormais tellement répandue sur le circuit pro qu'elle est devenue la norme plutôt que l'exception. Pourquoi le faire et dans quelles conditions ? On fait le point.

Joue-la comme Hellmuth

Phil Hellmuth WSOP 2007 Entrance

Le Poker Brat en 2007, l'année "motard"
Crédit photo : wickedchopspoker.com

Mes premiers souvenirs d'arrivées tardives aux tables de poker remontent aux World Series of Poker, durant la fin de la première décennie de notre nouveau millénaire. Et ils se matérialisent par un nom : Phil Hellmuth. Alors que je suivais les World Series of Poker avec fascination depuis mon mini-studio meublé parisien, je le voyais débarquer chaque année sur le Main Event à la bourre, à chaque fois affublé d'un déguisement différent. En César, en motard avec des nanas, en boxer... Un vrai show, accompagné de cette question qui brûlait toutes les lèvres quand le tournoi démarrait : « À quelle heure Phil Hellmuth va-t-il arriver cette fois ? » Quand on y repense quelques années plus tard, ça devient drôle : on hallucinait alors qu'il se pointait trois ou quatre heures après le coup d'envoi, ce qui le laissait tout de même commencer avec un tapis de 200 blindes !

Quel intérêt ?

Il existe plusieurs raisons objectives – et loin du simple attrait spectaculaire d'Hellmuth – pour arriver tardivement sur une épreuve.

Gaëlle Baumann Finale WiPT 2017 #2

Sur les tables en ligne, débuter un tournoi avec 40 blindes plutôt que 200 va légèrement faire chuter votre ROI, mais va vous permettre de faire plus de volume et donc d'augmenter votre gain horaire. À vous de consulter vos données de jeu ou d'observer vos prochains tournois, pour voir si vous montez régulièrement un tapis important dans les premières phases de jeu ou si c'est une période que vous pouvez vous permettre d'éviter, afin d'arriver plus frais sur les phases avancées du tournoi.

C'est d’ailleurs de mon point de vue la raison la plus intéressante pour late reg : la fraîcheur. Notamment en live, sur les compétitions internationales. Lorsque le coup d'envoi est à midi, j'aime désormais arriver vers 17-18h sur les tournois de type EPT – oui, je les appelle encore EPT, laissez-moi être nostalgique ! Quand de nombreux joueurs ont déjà passé six heures à batailler pour gagner ou perdre des pots de 3-4 000 jetons – alors que le tapis de départ est de 30 000 –, j'arrive avec beaucoup plus d'énergie pour disputer les derniers niveaux de la journée, qui sont de loin les plus importants. Depuis que j'adopte cette stratégie, mon taux de réussite sur les Jours 1 a sensiblement augmenté et m'a permis d'atteindre l'argent à trois reprises sur les six derniers Main Event que j'ai disputés.

Je suis pourtant loin d'être la plus agressive sur les arrivées tardives. Le joueur français se pointant le plus tard est sans conteste Benjamin Pollak. Il est rare qu'il arrive sur une épreuve avec plus de 50 blindes devant lui, y compris sur les High-Rollers à 10 000 dollars et plus. Selon lui, c'est à partir de ce moment-là que sont joués les pots déterminants et il est inutile de se cramer avant. Un avis sur lequel il est difficile de ne pas porter une attention, Ben étant actuellement numéro 1 Français au classement Global Poker Index.

Sur quels tournois ?

Attention néanmoins, il n'est pas bon d'arriver tardivement sur l'ensemble des tournois. Voici quelques exemples :

Late Reg Gaëlle Baumann Main Event WSOP

LE tournoi où il est interdit de late reg

 Le Main Event des WSOP. Si vous avez un jour la chance d'y participer, soyez présents dès le début. Cette année, j'avais mis en garde Pierre Calamusa mais il a tout de même décidé de se pointer en retard. Résultat : une table avec sept dégens à casque tandis que je parlais agriculture biologique avec des Texans (ils étaient contre).

La finale du Winamax Poker Tour. Ne le prenez pas personnellement, mais voir arriver à sa table un joueur qualifié gratuitement quand on est confirmé ou pro, c'est une aubaine. Et ces joueurs-là arrivent à l'heure. Il faut donc également être présent d'entrée pour jouer un maximum de pots contre eux. Et si vous êtes un de ces heureux qualifiés, vous devez vous aussi avoir envie de jouer contre vos semblables !

Les tournois Knockout. Je vois régulièrement sur Winamax des joueurs arriver à quelques minutes de la clôture des inscriptions sur des épreuves Knockout où il faut éliminer des adversaires pour récupérer des primes. C'est évidemment loin d'être optimal car vous arrivez avec moins de jetons que la plupart de vos adversaires, et devenez ainsi une cible prioritaire au lieu d'être un chasseur.

En revanche, c'est une stratégie que j'aime avoir sur les tournois réguliers de Winamax, des 10 € comme La Fièvre jusqu'aux 100 € comme l'XTASE. Arriver avec 30 ou 35 blindes sur ces tournois est bien suffisant et vous permet de disputer tout de suite des pots importants. Je vous conseille la même technique sur les tournois live s'étalant sur plusieurs journées, afin d'arriver avec le maximum de fraîcheur.

À bientôt autour des tables... Enfin, après le niveau 5 !


O RLY

Une des premières vraies terreurs au féminin de la nouvelle génération. Un talent fou de choc et de charme !

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