[Blog] Le poker pour la vie ?

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Guillaume Diaz
Depuis le jour où j’ai pris la décision d’arrêter mes études afin de me consacrer pleinement au poker (c’était il y a six ans, déjà !), une question m’a très souvent été posée de la part de mon entourage – OK, soyons honnêtes, elle vient le plus souvent de ma mère :

« Mais jusque quand tu comptes faire ça ? Pas toute ta vie, tout de même ! »

Tout joueur dont le poker est le métier a déjà eu à se poser cette question. Et beaucoup de ceux que j’ai croisés au cours de ces six ans ont un avis similaire : la carrière de joueur de poker n’est qu’une étape dans la vie. Un moyen de gagner de l’argent rapidement… afin de  pouvoir faire autre chose après. Sauf qu’évidemment, tout le monde ne pense pas comme cela.

Beaucoup sont animés par la passion. La passion de gagner des compétitions. La passion de trouver la meilleure solution à un problème donné, puisque, après tout, une partie de poker n’est qu’une suite de problèmes à résoudre. Ou, tout simplement, la passion du jeu en lui-même. Peu importe sa nature : c’est elle qui pousse nombre de joueurs à continuer, à travailler chaque jour pour être le meilleur, même après vingt ans de pratique quotidienne, et même après avoir atteint tous les objectifs financiers/compétitifs qu’ils s’étaient fixés.

Personnellement, la réponse a changé de nombreuses fois durant ma « carrière ». Juste après avoir arrêté le cours, je me souviens avoir lâché à mes parents, rempli de naïveté et d’ambition : « Je vais jouer quatre ou cinq ans, gagner assez d’argent pour acheter une maison et investir dans un projet, puis j’arrêterai. » Hé bien, a priori il va falloir patienter un peu ! A ce moment-là, je voyais le poker comme un jeu qui me passionnait en plus, cerise sur le gâteau, d’avoir le potentiel pour me rapporter beaucoup en peu de temps.

Guillaume Diaz
EPT Deauville, 2011 : première rencontre avec Guillaume Diaz. Pas encore dans le Team Winamax, mais qualifié via l'un de nos satellites en ligne !

Sont arrivées mes premières années chez Winamax. Mon esprit de compétiteur affuté sur les terrains de golf avait repris le dessus. Ma réponse à la question s’est alors transformée en : « J’arrêterai lorsque j’aurai atteint mes objectifs et mes rêves : remporter un EPT, un bracelet WSOP, et figurer dans le Top 10 mondial au classement GPI. » (Bon, entre temps, l’EPT est mort, trop tard !)

Aujourd’hui, après presque quatre années chez Winamax, je crois pouvoir dire sans prendre de risque que même si j’avais gagné un bracelet WSOP, un titre EPT, et assez d’argent pour m’acheter une maison et je ne sais quel business, je serais encore en train de pratiquer le poker de manière professionnelle. Pour quelles raisons ? Une seule : la passion.

Je reste plus que jamais complètement passionné par ce jeu. Par sa complexité, sa dose d’incertitude, ses aspects psychologiques, la mixture de chance et de compétence dont on a besoin pour réussir, bref toutes ces choses qui font du poker un jeu unique. Je ne me lasse pas d’analyser des situations vastement différentes et d’échanger au quotidien avec des tas de joueurs à propos de la meilleure manière de jouer tel ou tel coup. Et mon côté compétiteur est comblé grâce à des outils comme le GPI ou Sharkscope, qui me permettent de comparer mes résultats live et online aux meilleurs joueurs.

C’est cette passion qui m’a donné envie de me lancer à fond dans le poker et c’est toujours cette passion qui fait que je suis systématiquement surmotivé et surexcité au moment d’attaquer une session online ou un tournoi live. Comme beaucoup (j’imagine), être passionné parce que je fais est une condition sine qua non pour être performant, mais surtout pour être heureux. Même s’il existe des contre-exemples, je suis persuadé qu’il est presque impossible d’être vraiment performant dans un domaine sans être pleinement passionné par ce que l’on fait, ou au moins une partie de ce que l’on fait. Et quand je songe à ce que fut mon parcours scolaire et professionnel, et aux choix que j’ai pu faire dans ma courte vie, cela c’est confirmé très souvent.

Séquence nostalgie. Nous sommes à l’été 2005. J’ai alors 14 ans et comme beaucoup d’enfants à cet âge, je passe une partie de mes vacances chez mes grands-parents. Je m’apprête à rentrer en classe de troisième et, ayant des notes correctes dans les matières générales et aucune aptitude manuelle particulière, je me dirige vers un cursus classique lycée général -> université. Mais sans grande envie, cependant. Je rêve déjà à l’époque d’emprunter un chemin différent, de pouvoir vivre d’un métier qui me passionne vraiment. Tout le contraire de « m’engager dans une formation en finance, puisque que tu es doué en maths », comme me l’avait alors suggéré une conseillère d’orientation pleine d’originalité.

Car ce qui me motive à cette époque, c’est le golf : je pratique ce sport depuis maintenant quatre ans et j’y pense jour et nuit. Je ne me lasse pas d’aller jouer avec mes parents ou des amis, je passe des heures à m’entrainer et améliorer ma technique. Et ça m’éclate ! De plus, je commence à avoir un niveau très correct : je participe à des compétitions réunissant les meilleurs joueurs régionaux de mon âge et mon côté compétiteur (encore lui !) en est ravi. Cette passion prend de plus en plus de place dans ma vie, au point que je loupe des matchs de foot (mon autre passion depuis mon plus jeune âge) pour aller putt la petite balle blanche. Bref, je vis, je mange et je dors golf. D’ailleurs, je profite d’être chez mes grands-parents pour participer à un stage intensif d’une semaine sur le green le plus proche, où j’enchaîne six jours de golf d’affilée, à raison de six heures de pratique quotidiennes.

Guillaume Diaz
Sur un green avec le Team

Dans ma tête commence alors à émerger l’idée de devenir un jour professionnel au golf. Dès que je le peux, je regarde les grosses compétitions à la télé. J’observe ces champions parcourir le monde pour jouer sur les plus beaux parcours devant des dizaines de milliers de spectateurs. Ils passent leurs journées à jouer et s’entrainer dans les meilleures conditions possibles, dans les endroits les plus fabuleux de la planète : le rêve, mon rêve ! Quel plaisir cela doit être de pouvoir passer ces journées de travail à l’air libre, en jouant à un jeu passionnant, complexe et nécessitant nombreuses qualités physiques et mentales. C’est cela que je veux faire de ma vie : à ce moment-là, j’en suis persuadé.

Un soir, alors que nous discutions avec mes grands-parents de ma passion, et de mon envie de faire de cette passion un métier, et qu’ils me metttent justement en garde quant à la difficulté de devenir sportif de haut-niveau, et détaillent les sacrifices nécessaires pour y arriver, j’ai sorti une phrase que ma grand-mère me répète encore très souvent tant elle en fut marquée. « De tout façon, même si je n’arrive pas à être golfeur professionnel, je serai jardinier ou caddie [celui qui porte le sac du joueur pendant le parcours] mais peu importe, je travaillerai sur un golf ! »

Cela avait considérablement choqué ma grand-mère. Ainsi, j’étais prêt à abandonner une potentielle carrière dans la finance, avec les perspectives de salaire et de sécurité qui vont avec, pour choisir un métier incertain et bien moins payé, et ce juste pour pouvoir faire un métier ayant un lien avec ma passion. Et c’était la vérité : j’étais véritablement prêt à être caddie et me contenter du SMIC afin de pouvoir travailler au cœur de ma passion. Car je savais que de cette manière, j’aurais été heureux d’aller travailler tous les matins dans un environnement qui me plaisait.

Evidemment, au moment où j’ai prononcé ces mots, je ne pensais ni à l’argent, ni à la qualité de vie qu’aurait pu m’offrir une carrière plus classique dans la finance, ou un domaine similaire. Ma motivation était simple : je voulais que mon métier me permette d’être au plus proche de ma passion, avec des gens qui partagent cette même passion et sont aussi heureux que moi d’avoir pu en faire leur métier.

Si je vous raconte cela, c’est pour vous que vous puissiez constater que ma vision adolescente, certes naïve et utopiste, m’a cependant amené à faire des choix qu’on pourra considérer comme risqués mais qui étaient simplement motivés par l’envie de faire quelque chose qui me passionne. Bien entendu, le golf a fini par être remplacé par le poker dans mon quotidien, mais je prends toujours autant de plaisir à me faire un parcours de temps en temps, avec mes parents ou avec MIK22 et Romain, sous un soleil brûlant à 45 degrés, et avec encore quelques grammes de la veille dans le sang. (Il faut vraiment aimer ce sport et Michel pour réussir à se réveiller, n’est-ce pas Mr Lewis ?)

Guillaume Diaz
Je me rends compte de la chance énorme que j’ai eue d’avoir eu des passions qui se sont transformées en une activité me permettant de gagner ma vie. Et depuis que j’ai pris cette décision de faire du poker mon métier (et d’autant plus depuis que je suis rentré chez Winamax !), ma passion est restée intacte : passion de pratiquer poker, passion d’en parler tous les jours, passion de pouvoir progresser indéfiniment, passion de tout ce que l’on connaît à propos de ce jeu.

Et surtout : j’ai eu la chance de rencontrer des tas et de tas de gens partageant la même passion que moi et ainsi, j’ai souvent pu nouer des liens autour de cette passion.  Depuis les amis avec qui j’ai joué mes premières parties, dont certains que j’ai rencontrés « grâce » au poker et qui sont toujours des amis proches aujourd’hui, jusqu’aux regs online croisés lors de mes premières excursions live, en passant par les joueurs du circuit (les amateurs comme les pros) et bien évidemment tous ceux que j’ai pu connaitre grâce à Winamax, les pros du Team, les WIP, le staff, les récréatifs, tous ont en commun cette passion qui nous permet de pouvoir nous rapprocher beaucoup plus facilement, quel que soit notre âge, métier, classe sociale, couleur de peau, ou que sais-je encore.

Nous en avons encore eu la meilleure preuve possible lors du lancement du Winamax Poker Tour à Paris, où vous étiez plus de 2 500 passionnés à venir à la Villette pour partager de bons moments en compagnie de parfaits inconnus. Cet aspect social et divertissant du poker compte aussi beaucoup dans la passion que je porte à ce jeu. Pour cette raison, et toutes celles citées avant, je crois qu’elle n’est pas prête de s’éteindre !

Désolé, maman : je crois qu’il va falloir attendre encore un petit moment avant de ne plus m’entendre parler de poker. Prépare-toi à me voir avec des jetons et des cartes en mains encore de nombreuses années !

Volatile38


Guillaume Diaz

Le vainqueur de la troisième Top Shark Academy possède l’un des plus beaux palmarès de Winamax.

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