[Blog] Le poker contre le reste du monde

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Blog Aladin Reskallah

Dans le cultissime film Les Joueurs (Rounders en V.O.), Mike McDermott, le personnage incarné par Matt Damon, affirme que le Texas Hold'em No-Limit est la Cadillac des variantes de poker : le jeu le plus classe, le plus stylé mais aussi peut-être le plus tape à l'oeil. Si je me garderai bien de le contredire, peut-on extrapoler et avancer, de la même façon, que le poker est la Cadillac des jeux de cartes ?

Pour vous, j'ai décidé de faire monter plusieurs concurrents sur le ring et de les faire s'affronter afin de déterminer le grand vainqueur à qui je décernerai la ceinture. Je passerai au grill les jeux de cartes en compétition et leur attribuerai une note sur 10 pour les critères suivants : fun, variance et prestige/profitabilité. C'est parti, en garde... Allez !

Adversaire numéro 1 : le Rami

Gin RamiLe Rami, aussi appelé Gin Rami quand il se joue dans une variante particulière, fut inventé au début du XXe siècle et connut ses premières lettres de noblesse au pays de l'oncle Sam. Son nom, de l'anglais “gin rummy”, n'est pas sans rappeler le gin et le rhum, deux des alcools les plus populaires de l'époque. Ça c'est pour l'instant Wikipédia. En revanche, ce que je n'avais pas prévu en allant me renseigner sur la fameuse encyclopédie en ligne, c'était d'y croiser le nom de Stu Ungar.

Pour les deux du fond qui ne suivent pas, ce dernier est probablement l'un des esprits les plus brillants que le poker ait connu, resté dans la légende à la fois pour son talent inné cartes en main et sa tragique disparition bien trop jeune, au terme d'une vie particulièrement rock 'n' roll, faite d'autant de hauts que de bas. Un mythe de l'ouest qui raconte, entre autres fables, que le Kid (surnommé ainsi du fait de sa petite taille et de son visage poupon lorsqu'il a commencé à arpenter les parties underground) s'essaya au poker après que toute l'Amérique a entendu parler de sa formidable compétence au gin rami. Redouté de tous, il ne trouvait plus aucun adversaire osant l'affronter ! Comme on dit sur Internet : point faible, trop fort.

Mais si le rami reste étroitement lié au poker, ce n'est pas que pour Stu Ungar. Quelques vestiges subsistent, et il n'est pas rare d'entendre quelques anciens comme Phil Ivey utiliser l'expression “I hit Gin on the turn” (“J'ai touché Gin sur la quatrième street”), signifiant grosso modo : j'ai touché la carte qui me donne les nuts ou la carte qui va me permettre de gagner un gros pot.

Mais revenons aux bases. Le but du jeu est de former des combinaisons de cartes en se défaussant d'une carte alternativement avec l'adversaire, dans le but de marquer des points pour atteindre un total de 100. Une des façons d'arriver plus rapidement au total est de “Gin”, à savoir que toutes les cartes que l'on possède dans sa main forment une combinaison. Cela confère alors un bonus non négligeable de 25 points. Demandant un niveau de concentration et une réactivité assez élevée, le Gin n'est sans doute pas le plus accessible des jeux de cartes.

Fun : 6/10

Il m'est difficile de mesurer la variance inhérente au jeu en ne l'ayant pratiqué qu'à de rares occasions. Toutefois, en partant du principe que Stu Ungar arrivait à battre n'importe qui, on peut supposer qu'il peut être possible de s'en défaire. Partons donc sur une bonne note.

Variance : 7/10

Difficile aujourd'hui de voir comment la pratique du Gin Rami peut apporter une quelconque source de revenus ou une quelconque reconnaissance. Dans l'Amérique du début des années 1900 à la rigueur, mais dans le contexte français des années 2020, cela me parait compliqué.

Prestige/profitabilité : 2/10

Moyenne du gin rami : 5/10

Adversaire numéro 2 : la belote coinchée et le tarot

BeloteJ'ai pris le parti de considérer la belote et le tarot comme faisant partie de la même famille, celle des jeux de cartes nés dans l'Hexagone capables de pimenter les réunions de famille les soirs d'hiver et en temps de fêtes, ou de tenir éveillés jusqu'aux aurores les convives lors des barbecues ou apéros estivaux.

Jeux de cartes possédant une stratégie plutôt élaborée sans pour autant être inaccessible, ils se veulent assez ludiques car pratiqués en équipes : deux contre deux pour la belote et trois contre deux pour la version à cinq joueurs au tarot. J'entends déjà les puristes grommeler que la version officielle du tarot se joue à quatre joueurs (c'est d'ailleurs la version préférée en compétition) mais, au final, chacun joue pour soi. Ce sont d'ailleurs ces alliances de convenance évoluant au fil des mènes (des donnes) qui apportent un attrait certain à ce jeu de cartes si apprécié.

TarotLes deux jeux présentent également le même principe de base, à savoir “l'atout”. Au tarot, ce sont des cartes à part présentes en plus des quatre couleurs de base. C'est la raison pour laquelle le tarot se joue avec 78 cartes : les 52 cartes d'un jeu traditionnel ; les 22 atouts ; les 4 Cavaliers qui sont des figures intercalées entre le Valet et la Dame. À la belote coinchée, l'atout change à chaque “mène” et c'est une des quatre couleurs (coeur, pique, carreau ou trèfle) qui fait office d'atout. L'atout est une catégorie de cartes “supérieure” aux autres, avec sa propre hiérarchie, qui permet de “couper” les autres couleurs et remporter les plis qui feront engranger de précieux points.

Bien sûr, ces jeux ne sont rien sans la mauvaise foi qui les caractérise, notamment lorsqu'il s'agit d'afflubler son partenaire de tout un tas de noms d'oiseaux à la moindre bourde (je plaide coupable). L'intérêt du jeu réside aussi dans le fait de pouvoir crier sans ménagement et de monter sur ses grands chevaux. Le tout, en gardant toujours à l'esprit qu'il ne s'agit que d'un jeu. C'est peut-être pour toutes ces raisons que ces jeux sont populaires dans le sud de la France (le tarot fut inventé à Marseille) et, en cherchant bien, de l'autre côté de la Méditerranée, où la touche française a laissé son empreinte.

Fun : 9/10

Force est de constater que le hasard joue un rôle important, surtout pour la version avec annonces de la belote coinchée. Il n'est pas rare de passer une partie complète en étant “card dead”, c'est-à-dire en ne voyant pas de jeu ou, à l'inverse, de se retrouver à “run good” toute la partie. Cela se manifeste à la belote en ayant des annonces à tous les coups et au tarot en touchant beaucoup de Rois ou d'atouts. De quoi occasionner parfois un certain agacement en voyant les adversaires afficher une chance insolente pendant que l'on ronge son frein.

Variance : 5/10

Bien que ces jeux restent populaires et largement pratiqués dans le territoire et que des structures et organisations existent (la Fédération Française de Tarot par exemple), difficile d'affirmer que l'on puisse gagner de l'argent ou obtenir de la reconnaissance grâce à eux. On pourra peut-être gagner un panier garni ou un bon d'achat dans le centre d'accrobranche du coin au tournoi communal mais il sera compliqué de viser plus haut, surtout sur le long terme. De plus, cela reste des jeux typiquement français, avec une possibilité quasi nulle de se mesurer à des adversaires étrangers.

Profitabilité/Prestige : 3/10

Moyenne de la belote coichée / tarot : 5,66/10

Adversaire numéro 3 : le Bridge

BridgeMesdames et Messieurs, attention ! Poussez-vous devant et écartez-vous derrière, voici l'arrivée du favori désigné : sa majesté le Bridge. Ce jeu est probablement le jeu le plus complexe et le plus intéressant stratégiquement que l'humanité ait inventé. S'il part avec une longueur d'avance, c'est à la fois pour sa connotation assez élitiste, le nombre élevé de règles qu'il embarque avec lui et sa profondeur tactique.

La réputation qui le suit est celle d'un jeu pratiqué dans les salons huppés au coeur d'une atmosphère guindée et distinguée. Il est aisé d'imaginer, même si ce n'est pas forcément la réalité, certains membres de la haute société d'antan le pratiquer avec tout l'attirail : redingote, haut-de-forme, cigare et brandy. Il est d'ailleurs fortement supposé que ce jeu fut popularisé par des diplomates anglais en poste à Constantinople (l'ancien nom d'Istanbul) et prisé par la suite par la noblesse et la bourgeoisie.

Problème : je suis dans l'incapacité de vous expliquer dans le détail les règles du jeu ! D'une part car je ne sais pas vraiment y jouer, et d'autre part car le jeu est tellement compliqué qu'il serait impossible de toutes les présenter dans ce blog sans que cela soit indigeste.

Piqué toutefois par mon intérêt pour le jeu, je m'étais rendu dans le club le plus proche de chez moi lorsque je vivais à Montréal pour en savoir d'avantage et tenter d'apprendre les règles. Je me suis vite rendu compte qu'il était très compliqué d'apprendre parallèlement poker et bridge et qu'il me fallait faire un choix. Ce choix, vous le connaissez. Malgré cet apprentissage avorté, j'ai quand même eu le temps de comprendre les bases. Le jeu repose sur le même principe de base que la belote coinchée... mais en beaucoup plus complexe. Il est carrément nécessaire de prendre des cours et limite de passer un diplôme universitaire de Bridge rien que pour pouvoir y jouer ! Je ne parle même pas de maîtriser toutes ses spécificités et l'ensemble de sa dimension stratégique.

Au vu de toutes ces observations, je peux totalement concevoir que le côté ludique soit quelque peu relayé au second plan et le plaisir résidera davantage dans la maîtrise et la gestion de la partie.

Fun 4/10

Nous arrivons à un point que j'avais hâte d'aborder. Vous ne le saviez probablement pas, mais le bridge est peut-être le seul jeu de cartes au monde où la variance est quasiment inexistante. Je m'explique. Les “decks” de cartes, c'est à dire les jeux distribués aux participants lors d'une compétition sont préparés à l'avance. Lors d'un tournoi, les équipes de deux joueurs vont ainsi jouer à tour de rôle avec exactement les mêmes jeux de cartes que leurs adversaires. Impossible donc de taxer un adversaire d'avoir eu de la chance au tirage puisque toutes les équipes auront eu le loisir de jouer avec les même jeux !

Variance 9/10

En ce qui concerne l'organisation des tournois, le bridge fait assez bonne figure car les compétitions sont plutôt bien organisées, le réglement uniformisé et bien codifié. Des compétitions internationales sont même organisées, auxquelles notre père à tous, le légendaire parrain du Team Winamax Michel Abécassisn, a d'ailleurs participé, lui qui était un des meilleurs joueurs mondiaux avant même de se lancer dans le poker et qui continue aujourd'hui de collectionner les médailles. La couverture médiatique grand public est somme toute timide mais il me semble que le petit monde des initiés n'a pas trop de difficultés à suivre l'actualité.

Profitabilité/prestige : 6/10

Moyenne du bridge : 6,33/10

En ce qui concerne le poker et plus spécifiquement le Texas Hold'em No Limit, vous le connaissez tous sur le bout des doigts donc inutile de détailler et passons directement aux notes :

Fun : 8/10

Variance : 2/10

Profitabilité/prestige : 9/10

Moyenne du poker : 6,33/10

Résultat des courses : le poker l'emporte contre le gin rami, la belote et le tarot mais se retrouve à égalité avec le bridge. Je décrète donc un match nul ! Tout ça pour ça ? Oui mais avouez-le : vous avez maintenant envie de tout tester. Alors bonne chance !

PS : bon Michel, quand est-ce que tu viens au Cambodge me donner des cours de bridge ?


Aladarrrrr

Premier joueur à remporter deux fois la Top Shark Academy, il a rempilé au sein du Team et compte bien profiter de 2020 pour tout casser sur le circuit !

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