[Blog] Le poker comme boussole

Par dans

Blog Borja Facebook

Ces derniers mois, nous avons été obligés de vivre d'une façon très différente par rapport à d'habitude. Nous devons faire face à une période de forte incertitude, économique, professionnelle, politique ou encore sociale. Je la ressens jusque dans ma vie quotidienne : au moment de faire les courses (suis-je censé désinfecter les produits achetés avant utilisation ?), de changer de vêtements en rentrant desdites courses (dois-je les mettre tout de suite à laver ?), etc. Un truc de fou !

Je voulais donc profiter de cette drôle d'époque de changements pour partager ce que le poker m'a appris à titre personnel, afin de, j'espère, vous aider à mieux gérer tout ça. Je suis sûr que bon nombre d'entre vous se reconnaîtront.

Corrélation Vs causalité

En tant que joueur de poker, j'ai pris comme habitude de penser mes problèmes en termes de probabilités (je les résouds un certain pourcentage du temps et n'y parviens pas le pourcentage restant) plutôt qu'en termes analytiques (en cherchant à connaître les valeurs exactes des variables qui affectent le problème). Bien sûr, le résultat peut aussi bien être positif que négatif, quelle que soit la décision choisie, ce qui m'expose constamment à vouloir créer des corrélations entre mes choix et les résultats, ou à relier des événements de manière causale sans considérer l'influence possible d'éléments tiers.

Pour être plus concret, voici quelques exemples simples de corrélations :

"Chaque fois que je mets ce t-shirt, je deep run. C'est donc un tee-shirt gagnant !" Sauf que ce n'est évidemment pas le t-shirt en soi qui te fait gagner. Au mieux peut-on dire qu'il fait partie d'un rituel te plaçant dans un bon état d'esprit. C'est tout.
"Ce joueur a mal joué le dernier coup. Il est nul."
"Quand je shove et que je me gratte l’oreille droite je touche sur la river."

Et maintenant, un exemple classique de causalité sans considérer un troisième facteur non identifié :

"Je fais plus d'ITM le dimanche que le mercredi. Je devrais davantage jouer le dimanche plutôt que le mercredi." De nombreuses causes cachées peuvent expliquer cette différence : le niveau de jeu des joueurs, le nombre de tournois lancés, etc.

Le bon joueur utilise les données à sa disposition et la logique mathématique pour identifier les variables qui influencent vraiment le résultat final. Il a appris à détecter les corrélations sans causes et à concentrer ses efforts uniquement sur les causes qui provoquent ses problèmes.

Apprendre à différencier la corrélation de la causalité peut également être utile pour filtrer la plupart des informations sensationnalistes, et donc ne pas leur donner une importance disproportionnée. Les corrélations sont attirantes puisqu'elles fournissent des explications simples à des causes complexes.

Comment prendre de meilleures décisions ?

Borja Gross

Au poker, les variables qui influencent nos choix sont nombreuses. Certaines sont intrinsèques aux règles du jeu comme le facteur aléatoire des cartes qui vous sont distribuées, celles qui apparaissent sur le board, les stacks effectifs ; d'autres sont associées à la phase du tournoi dans laquelle on est, s'il faut prendre en compte ou non l'ICM, au multiplicateur dans le cas des Expressos ; et d'autres enfin dépendent de nos adversaires et de leur façon de jouer.

Ces variables combinées dans des proportions différentes font du poker un jeu à informations incomplètes, n'offrant bien souvent que des solutions imparfaites mais surtout laissant la porte ouverte à des possibilités infinies. Comment espérer alors atteindre ces solutions ? Tout simplement à force de patience, de patience et encore de patience. Plus sérieusement, il faut mettre en oeuvre la même méthodologie que l'on applique pour résoudre tout problème complexe :

  1. Décomposer en problèmes plus simples ; 
  2. Résoudre les problèmes simples ;
  3. Étudier les interactions entre les problèmes simples ;
  4. Augmenter le nombre de problèmes simples interagissant les uns avec les autres pour obtenir... un problème complexe !

J'essaie d'appliquer cette méthodologie dans ma vie. Je considère que le problème de cette pandémie est le même : un problème complexe avec de multiples variables qui interagissent entre elles. Donnons-nous la priorité à la santé plutôt qu'à l'économie, sachant que la deuxième est capitale pour préserver la première ? Le confinement est-il une bonne décision quand on sait qu'il pénalise gravement la scolarité ? La fermeture des frontières européennes est-elle une mesure plus efficace que des accords de coopérations entre les pays ? Face à un problème complexe, les solutions présentées ont toujours un caractère probabiliste (certaines réussisent, d'autres échouent). Il n'y a pas de solution analytique correcte à 100%. Il doit rester de la place pour l'adaptation.

Interpréter les données

Maths Very Bad Trip

J'ai 35% des chances de rentrer mon tirage couleur ; il y a 40% de chances que mon adversaire me relance... Que signifient ces chiffres ? Ces 35% sont-ils suffisant pour tenter le coup ? Nous apprenons à interpréter ces données. Par exemple, un VPIP de 40% à partir d'UTG est très élevé alors que le même chiffre depuis la SB en bataille de blindes est très faible.

Interpréter les grands nombres et comprendre les probabilités peut s'appliquer à la situation que nous sommes en train de vivre. À quoi cela sert-il de connaître le nombre de personnes touchées sur une population de 47 millions d'habitants si nous ne sommes pas en mesure de comparer cette donnée avec d'autres références ? Connaissons-nous le pourcentage de la population affectée par d'autres virus ? Et le taux de propagation moyen du Covid-19 par rapport aux autres virus ?

Une fois les données correctement interprétées, d'autres variables peuvent-elles transformer la situation en un problème différent ? Sommes-nous confrontés à un problème complexe ? Les données brutes, sans interprétation rigoureuse, ne sont que des nombres sans signification. Les interpréter est nécessaire pour leur donner du sens.

Quelle est la valeur de notre décision ?

Le joueur de poker essaie de prendre des décisions avec une valeur attendue positive (les fameuses décisions dites "EV+") et de les répéter. Vous pouvez être chanceux ou malchanceux à court terme, mais plus vous répétez cette décision, plus le résultat s’approchera de la valeur attendue. Comme dans la vie quotidienne, nous n'obtenons pas toujours le même résultat. Mais si nous savons que notre décision a une valeur attendue positive, nous ne devons pas être guidés par le résultat à court terme pour en évaluer la qualité. On ne peut pas toujours réussir ou gagner.

Je vous donne un nouvel exemple : je peux porter un masque, me laver les mains cinq fois par jour, prendre toutes les précautions possibles et me retrouver contaminé. La décision en elle-même est bonne (mieux vaut prendre certaines précautions que ne pas les prendre), donc la contamination (le résultat) n'implique pas que vous avez fait quelque chose de mal. On ne peut pas toujours tout contrôler et il existe toujours un risque (plus ou moins important selon la personne) qu’il faut assumer. Essayer de ramener ce risque à zéro, si cela est même possible, peut avoir un coût très élevé ; tellement élevé qu'il peut entraîner d'autres risques plus graves que celui que nous voulions éviter.

En l’occurrence, ne pas quitter la maison pendant six mois, ne pas avoir de contact avec les autres et prendre des mesures d'hygiène extrêmes pour éviter la contamination peut nous rapprocher d'un risque de contagion zéro mais en même temps nous exposer directement à d’autres risques tels que la perte de notre emploi ou de notre santé mentale, en raison d'un manque d'interactions sociales. À vous de trouver votre compromis : quel est le risque de ne pas prendre ce risque ?

Lutter contre l'incertitude

I don't know

L'incertitude est le quotidien d'un joueur et il doit apprendre à la gérer. Lorsqu'il s'assoit pour jouer, il ne sait pas s'il va gagner ou perdre, comment jouera son adversaire, si ses tirages vont rentrer ou s'il devra faire face à un scénario moins favorable. Au poker, il faut s'adapter en permanence.

Face à cette pandémie, nous sommes confrontés à un paradoxe. Les experts sont habitués à prendre des décisions mais se rendent également compte de l'insuffisance de leurs connaissances pour résoudre les problèmes qui se posent. Chaque décision que l'on prend est un pari (quel que soit notre niveau d'expertise) et ne fait qu'augmenter plus ou moins nos attentes concernant la solution attendue. Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, parce que nous ne connaissons pas la solution exacte. Il y a toujours de l'incertitude.

Dans pareil cas, améliorer nos connaissances est aussi nécessaire qu'améliorer la gestion de notre ignorance. Comment puis-je en savoir plus ? Comment puis-je me préparer à ce que je ne sais pas et qui peut se produire ? Être capable de prendre des décisions à moindre coût, se préparer, étudier, être plus polyvalent, essayer de nouveaux modèles, se réinventer au travail, bref : ce ne sont pas les solutions à envisager qui manquent !

Conclusions

Pour beaucoup de personnes, cette pandémie va conduire à un nouveau paradigme concernant leur mode de vie. Voici ce que le poker m'a appris par rapport à cette situation inédite :

Notre explication du monde repose trop souvent sur des corrélations systématiques. Pensez à débrancher de temps en temps votre pilote automatique.
 La course à la mondialisation supprime les murs des bureaux, les frontières entre les pays et les distances entre les continents. Dorénavant, les problèmes comme les solutions seront mondiaux. Heureusement, Internet ne connaît pas le confinement.
 Avoir à disposition des données sans savoir les interpréter correctement équivaut à naviguer sans direction fiable.
 Les problèmes à informations complètes n'existent que dans les livres d'écoles. Comme le poker, la vraie vie est un problème à informations incomplètes. Exposez-vous à ces problèmes et entraînez-vous à y faire face.

Dans ces circonstances incertaines, je considère que la capacité d'adaptation est plus importante que la capacité de prédiction. N'ayez pas peur de commettre une erreur à faible coût : elle vous servira à corriger le tir et poursuivre jusqu'à ce que se présente l'opportunité qui vous permettra de décoller. Face à l'incertitude, n'oubliez pas de toujours avoir plusieurs options disponibles. Buena suerte!

Borja

Les pages à suivre :

t @Winamax


in @Winamax


f Winamax


wtv Winamax TV


wtv Wam-Poker


Timotyy

Le globe-trotter de Málaga a remporté la toute première édition de la Top Shark Academy organisée en Espagne.

Suivez Timotyy sur FacebookSuivez Timotyy sur TwitterSuivez Timotyy sur Instagram