[Blog] Le poker, c'est la vie !

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Blog Davidi Kitai

Life is a game: play it! Vous avez peut-être déjà entendu cette philosophie de vie assez radicale. J’y adhère... en partie. Ne pas prendre la vie avec trop de sérieux offre beaucoup d’avantages, mais le risque de ne faire que jouer est, dans le meilleur des cas, de perdre son naturel ou son authenticité, et dans le pire des cas, de se transformer en manipulateur.

Nous autres joueurs de poker avons la chance d’avoir comme métier un “jeu”, soit une opportunité incroyable de pouvoir, théoriquement, nous amuser toute notre vie. C’est pour cela qu’il faut absolument séparer son métier (même si c’est un jeu) de toutes les autres sphères de notre vie. On ne peut pas constamment bluffer nos parents sur les notes qu’on a eues à l’école, ou réfléchir aux probabilités que notre femme nous trompe quand elle nous dit qu’elle va voir une copine. Il est primordial de pouvoir se reposer sur certaines valeurs : faire confiance à notre entourage, aider les autres sans rien attendre en retour, réfléchir avec notre cœur ou prendre des décisions de manière intuitive. Tout cela nous amène souvent à d’excellents résultats dans la vie.

Être joueur de poker nécessite un esprit très rationnel. On raisonne beaucoup en termes d’espérance de “gains” (dans tous les sens du terme) et de rendement. Les probabilités, c’est notre base de réflexion : nous sommes constamment en train de les calculer dans notre tête pour chacun des choix de notre vie. On le compare ensuite avec le risque estimé pour prendre notre décision. Ce processus de réflexion est très efficace, même s’il peut parfois nous torturer l’esprit.

J’ai donc dressé une liste de qualités dont font preuve les joueurs de poker, et qui s’avèrent utiles dans la vie courante, en les appuyant à chaque fois avec un exemple concret.

Prendre des décisions optimales

Dans notre quotidien, on doit prendre énormément de petites décisions. Comme au poker, le but est de faire le choix le plus favorable sur le long terme. Il faut donc estimer ce qui est optimal. Bien sûr, il est très complexe de calculer le pourcentage de “GTO” pour chaque situation (PioSolver n’existe pas dans la vraie vie), mais en utilisant votre logique, votre sens de l’observation, et avec de l’expérience, vous pouvez vous en approcher. Comme à une table, c’est seulement ensuite, une fois la base théorique assimilée, que l’on pourra en dévier selon les spécificités de la situation.

Embouteillages

À gauche, au milieu ou à droite ?

Exemple
Récemment, j’ai eu l’immense bonheur de prendre l’autoroute en Belgique pour me retrouver dans… un énorme embouteillage ! Avec trois voies de circulation à ma disposition, il me fallait impérativement estimer quelle bande allait avancer le plus rapidement. Le réflexe instinctif est de se dire que la bande de gauche est la plus rapide car, en temps normal, c’est là que les voitures roulent le plus vite. Mais en voyant des véhicules changer de voie, je me suis dit que tout le monde allait avoir la même idée et qu’elle risquait donc d’être la file plus lente.

Dans un premier temps, j’ai décidé de me mettre sur la bande du milieu. Parce que celle de droite comptait beaucoup de camions, qui ont l’obligation d’y rester, mais aussi parce que cela me donnait la meilleure position pour observer quelle voie allait avancer le plus rapidement, et m’y immiscer plus facilement.

Après une observation de 10-15 minutes, j’ai constaté que celle de gauche était la plus lente, et que celle tout à droite avançait le plus rapidement. J’explique cela par le fait que les gens à gauche, se rendant compte qu’ils avancent moins vite, changent de voie et équilibrent ainsi le trafic avec celle du milieu. De plus, la file de droite mène aux sorties, où plus de voitures sortent que rentrent (surtout grâce aux GPS qui offrent des itinéraires alternatifs).

Sur la base de ma logique et d’une bonne observation, j’ai pu prendre la décision la plus optimale et emmagasiner de l’expérience lorsqu’une situation identique se représentera. J’en ai discuté par la suite avec un ami chauffeur de taxi, qui m’a confirmé qu’en cas d’embouteillages sur l’autoroute, il fallait toujours opter pour la file de droite.

Les réponses les plus faciles ne sont pas toujours les meilleures !

Prendre des décisions rapidement

Même si je suis réputé pour faire des très long tanks - certains avec réussite -, la plupart du temps au poker, on doit prendre un grand nombre de décisions en un temps limité. On entraîne ainsi notre cerveau à prendre beaucoup de décisions rapides. Un exercice qui se transforme en énorme atout dans la jungle de la vie courante, où on nous demande tout le temps de faire des choix.

Exemple
Il y a quelques années, j’ai été voir un médecin ORL pour des problèmes de migraine. Il m’a expliqué que j’avais un souci au niveau de la muqueuse du nez, et qu’une opération pourrait calmer mes migraines. Je lui ai immédiatement demandé s’il pouvait m’opérer demain. Il m’a répondu positivement, un peu choqué aussi que je me décide aussi rapidement. En général, m’a-t-il expliqué, les gens ont besoin d’un temps de réflexion avant une opération. Ils se renseignent, demandent l’avis d’autres médecins, de leur famille... Curieux, il m’a demandé ce que je faisais comme métier, vous savez ce que je lui ai répondu.

Ne pas avoir peur du risque, si le rendement peut être élevé

En moyenne, les gens ressentent une forte aversion au risque. Mais être joueur de poker, c’est se confronter quotidiennement à ce risque. Rien qu’en s’inscrivant à un tournoi, on sait que l’on va perdre notre argent la plupart du temps. Mais cela ne nous dérange pas, tant que le rapport risque/rendement est avantageux.

Davidi Kitai SISMIX

Exemple
En première année à l’Université lors de mes études de Sciences Économiques, j’étais un peu perdu. Je ratais mes examens un par un et je savais déjà que j’allais devoir passer par beaucoup de repêchages (ou deuxièmes sessions comme on dit en Belgique). Dans le tas, il y avait un examen de Géographie Économique réputé très difficile, avec un énorme taux d’échec. Et pour cause, puisqu’il consistait en un questionnaire de dix “Vrai ou Faux”, très complexe, et qui comptait pour un tiers de la note finale. Pourquoi difficile ? Parce que si l’on répondait juste on recevait +1 point alors que si on avait faux... on perdait un point. Il était donc possible de terminer en négatif et ainsi perdre des points sur le reste de l’examen. La plupart des étudiants prudents ne répondaient donc qu’aux questions dont ils étaient certains d’avoir la bonne réponse.

Même si je ne jouais pas encore au poker, j’avais déjà un goût prononcé pour le risque. J’ai décidé de répondre aux dix questions, malgré le fait que je ne connaissais qu’une seule des réponses. Je pensais avoir plutôt bien réussi le reste de l’examen, mais je me suis dit que je n’avais rien à perdre : soit je me plante et je repasserai un examen de plus en repêchage, soit si ça passe, les points d’avance feraient augmenter ma moyenne et me donneraient ainsi de l’espoir sur les autres examens.

Cela m’a réussi ! Je n’ai fait qu’une seule faute (chanceux, pas vrai ?) ce qui m’a permis d’avoir 8/10, pour une moyenne générale de 16,5/20, soit la troisième meilleure note sur plus de 600 étudiants. Je pense que sans le courage que m’a procuré cette réussite, je n’aurais jamais pu faire face aux onze examens que j’ai dû repasser ensuite durant l’été.

Accepter, peu importe le résultat

Tout le monde a connu ces fameuses journées où rien ne va : les piles de la télécommande sont à plat et impossible d’en trouver des neuves, votre chat a décidé de vomir sur votre tapis juste avant que vous partiez au travail, un pigeon se prend d’envie de se soulager sur votre veste neuve, etc. La poisse peut même parfois s’acharner en continu pendant une longue période. Au poker, on est préparé à ces situations. Chaque joueur a déjà subi ces sessions de bad run infini : on ne gagne pas un coup à tapis, nos bluffs ne passent pas, bref, on se sent impuissant. Gardez simplement en tête que l’acceptation des situations que l’on ne peut pas contrôler est l’un des secrets pour avoir une longue vie, dénuée de stress.

Davidi Kitai WSOP

Exemple
Je me souviens d’une journée noire en particulier. Je me réveille plus tôt que d’habitude pour aller à un rendez-vous chez le dentiste. Cela fait plusieurs jours que j’ai mal à deux dents dans le fond de ma bouche. Je descends pour récupérer ma voiture... et je ne la retrouve pas ! Je découvre alors un panneau d’interdiction de stationnement qui n’était pas là la veille au moment de me garer. OK, pas de chance. 

J’appelle mon dentiste pour prévenir du retard et me rends directement à la fourrière, où je dois tout de suite payer 230 € afin de récupérer ma voiture. Je file chez le dentiste qui m’annonce que, malheureusement, il ne peut rien faire pour “sauver” mes dents : il va falloir m’installer deux implants, pour un coût total de 2 000 €. Ça pique mais je n’ai pas le choix. 

Je rentre alors à la maison chercher ma fille pour aller faire une balade et, en sortant de la voiture, je trébuche sur un de ses jouets qui traîne par terre : mon iPhone tombe et sa vitre se brise en mille morceaux. Je récupère ma fille, on se promène sur le port et je lui prends une glace au chocolat. Un chien passe alors par là et ma fille, qui en a peur, me saute dessus et fait couler toute sa glace sur ma chemise blanche. J’hésite à rentrer mais je lui ai promis de lui faire faire un tour de manège, d’autant qu’il me reste encore 15 € de tickets achetés la veille. On arrive à l’endroit où est censé se trouver le manège et… rien à l’horizon. La foire fermait ce jour-là, tout avait été complètement démonté. On a connu mieux comme balade.

Sur ce, je décide de rentrer à la maison avant que d’autres malheurs ne s’acharnent sur moi. Je raconte à ma femme cette journée horrible, et lui dis : “Quel idiot je suis, j’ai acheté 15 € de tickets de manège hier alors que la foire fermait aujourd’hui. Je m’en veux tellement !”. Elle me répond qu’elle ne comprend pas, qu’il m’est arrivé des événements bien plus graves aujourd’hui et que j’ai perdu beaucoup plus d’argent que ça. C’est vrai, mais les autres choses que j’ai vécues sont dues à un manque de chance. La voiture, mes dents, mon iPhone ou la glace : je ne peux contrôler rien de tout ça. Alors que ces tickets de manège, c’est bel et bien de mon fait. J’aurais dû me renseigner avant de les acheter.

Savoir bluffer

Au poker comme dans la vraie vie, pour qu’un bluff soit réussi, il faut que l’histoire que l’on essaie de raconter soit crédible. J’essaie de ne pas trop abuser des bluffs dans la vie de tous les jours car mentir ne correspond pas à mes valeurs.

Quelques beaux bluffeurs dans le lot !

Exemple
Macao, 11h du matin. Je suis toujours dans le lit de ma chambre d’hôtel quand le téléphone sonne. C’est la réceptionniste de l’hôtel. Elle m’ordonne (sur un ton peu commode) de quitter la chambre immédiatement sous peine d’une grosse amende. Je n’avais pas beaucoup dormi (quatre heures tout au plus) et mon avion retour ne partait qu’à 20 heures le soir même. Je devais trouver un bluff pour qu’elle me laisse la chambre plus longtemps. J’ai lâché en impro totale que j’étais un blogueur/influenceur très connu en Europe, et que j’étais premium sur TripAdvisor. “Si vous pouvez me laisser la chambre jusqu’à 17 heures, je vous promets que je parlerai en bien de votre hôtel”. Ce à quoi elle m’a répondu, d’une voix très douce : “Pas de problème Monsieur, partez quand vous voulez”. Bluff réussi !

Merci de m’avoir lu, on fait comme on a dit ! Allez Saluuuuuuut !

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EPT, WPT, WSOP : pas un circuit majeur n’a résisté à l’appétit de victoire du Belge du Team Winamax, qui n’est pas pour autant rassasié.

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