[Blog] Le plus gros bluff de ma carrière

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Avec ce titre, je suis sûr d’avoir attiré votre curiosité. Je vous vois déjà en train d'imaginer un énorme bluff contre Fedor Holz lors du 111 111 € High-Roller for One Drop que je viens de disputer à Rozvadov. Désolé de vous décevoir, mais il ne sera ici pas vraiment question de poker. J'ai choisi une anecdote qui remonte à déjà près de dix ans ! Je me la suis rappelée suite à un entretien pour une interview pour Capital.

Nous sommes en 2008, et je suis alors étudiant en école de commerce en année de césure, c’est à dire en année de « coupure » pour effectuer un stage en entreprise. Je passe la première moitié de l'année en stage dans une startup londonienne qui développe des applications mobiles (au passage, mon tout premier déménagement à Londres), et je travaille sur la partie business development et marketing. Le stage ne se passe pas aussi bien que prévu car le dirigeant de l’entreprise est très spécial et "exploite" plus ou moins ses employés et stagiaires, tout en faisant preuve d’un comportement détestable. Cependant, le fait d’être dans une petite structure de moins de dix personnes offre l’avantage de recevoir plus de responsabilités.

Dès que j’ai du temps libre, je multi-table la NL50 / NL100 et cela se passe plutôt bien, même si j’aimerais pouvoir consacrer plus de temps au poker et monter une meilleure bankroll. C’est d'ailleurs pendant cette période que j'entrevois pour la première fois l’idée d’une carrière de joueur de poker.

Après quelques mois de stage au sein de l’entreprise, le boss doit partir rencontrer de potentiels investisseurs et partenaires lors d’une conférence à San Francisco. Il veut lancer une application mobile pour commander un taxi depuis son téléphone, une sorte de Uber mais destiné aux chauffeurs de taxi. Problème : pendant la même période, une autre grosse conférence est organisée à Budapest par une société qui vend ses services de géolocalisation (Navteq), et qui a pour but de mettre en relation les développeurs ou startups avec des investisseurs et partenaires potentiels.

Sylvain Loosli Rozvadov 1

Le test de Budapest

Je travaillais alors sur une autre application qui n’avait rien à voir, et mon boss débarque dans mon bureau en m’annonçant que j’ai deux semaines pour me familiariser avec le produit en vue de le présenter à des investisseurs lors de cette conférence à Budapest. L'objectif : lever environ 2,5 millions de dollars ! Je ne sais pas trop quoi en penser vu mon peu d’expérience mais je trouve l’idée plutôt excitante.

Je passe donc les deux semaines qui suivent à travailler sur ma présentation. Je me focalise sur les enjeux, le marché, les spécificités techniques etc. J’arrive même à y glisser un peu d’humour. En parallèle, mon boss me prépare une fausse carte de visite qui me présente comme le vice-président des ventes et du développement. Heureusement pour moi, je fais plus vieux que mes 20 ans, et cela peut paraître crédible…

Direction Budapest où je m’envole tout seul pour aller réclamer 2,5 million de dollars à des business angels. Je suis un peu stressé, mais je me dis que c’est une expérience assez incroyable. De toute façon, je n'ai rien à perdre. J’arrive le premier soir pour le cocktail qui est organisé, je suis introduit à diverses personnes et j'essaie tant bien que mal de me glisser dans mon nouveau rôle. L’alcool aidant, cela se passe plutôt bien et je me sens en confiance.

Le lendemain arrive le jour J. Je fais ma présentation (en anglais évidemment) devant une dizaine de personnes, en leur vantant les mérites de l’application, du marché potentiel et en expliquant donc que nous levons 2,5 millions de dollars. En gros je suis dans l’émission Shark Tank mais sans les caméras ! Je réponds à leurs questions sans trop de problème, et je suis même félicité à la fin par une des personnes en charge de l'organisation, qui me demande si j’ai déjà fait beaucoup de développement commercial par le passé. Je sens que j’ai réussi à attirer leur intérêt !

Sylvain Loosli Rozvadov 2

Des débuts prometteurs

J’ai réussi à bluffer des business angels alors que je suis juste stagiaire et que je ne connaissais rien de l’application deux semaines plus tôt. Je dois ensuite refaire ma présentation à un plus petit groupe d’investisseurs de chez Nokia. Cette fois-ci, ils me posent davantage de questions techniques et je sens qu’ils sont moins convaincus à l’issue de notre entretien.

Je suis rentré à Londres tout de même assez fier de ma prestation et content de cette l’expérience. L’histoire ne dit pas si cela a débouché sur une réelle levée de fonds, mais vivre cela était assez hors norme. Sans aucun doute le plus gros bluff de ma jeune carrière, avant que je décide quelques années plus tard de me consacrer pleinement au poker.

En ouverture de ce blog, je parlais du High Roller for One Drop de Rozvadov, tournoi auquel je participais pour la deuxième fois après celui de Vegas l'an passé. J’étais dans les meilleures dispositions en arrivant sur ces WSOP-Europe, bien préparé physiquement et mentalement après avoir passé beaucoup de temps à travailler mon jeu ces dernières semaines et à faire nombre de simulations ICM. J’en ai profité pour perfer sur mon premier tournoi, un High-Roller à 25 000 € où j’ai réussi à me hisser en 5e position. J'y ai longtemps lutté short-stack avant de réussir à monter des jetons en demi puis en finale. Mon travail sur ma stratégie entre 10 et 30 blindes se voit ainsi tout de suite récompensé. Si la fin de la finale peut me laisser un goût amer, avec deux bad beats encaissés coup sur coup, je n’ai pas grand chose à me reprocher.

Ma réussite ne fut malheureusement pas la même sur le One Drop puis sur le Main Event, mais je reste content d’avoir fait le déplacement pour jouer ces beaux tournois. Pour un premier séjour à Rozvadov, je dois avouer que ce n’est pas la destination la plus excitante pour jouer au poker, mais l’accueil était de qualité et de nombreuses têtes d'affiche ont répondu présent - même si on attendait tout même un peu plus de joueurs sur le One Drop et le Main Event.

Je rentre me reposer chez moi quelques jours avant de repartir vers Marseille dès ce week-end pour une étape du WiPT, avant un potentiel détour par Paris pour les WSOP-Circuit, un crochet par Vegas pour le WPT Five Diamond et une dernière escale à Prague en décembre pour le PSC. Vous l'avez compris, la fin d’année s’annonce remplie et je compte bien en profiter pour ajouter un titre à ma collection !


Loosli

En 2013, Sylvain est rentré dans l’histoire du poker tricolore en accrochant la 4e place du Main Event des championnats du monde. Le début d'un parcours d'exception au sein du Team Winamax.

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