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[Blog] Le cerveau, mode d'emploi

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[Blog] Le cerveau, mode d'emploi - Gaëlle Baumann
En quête d'inspiration pour un nouvel article, je me suis remémorée toutes ces petites phrases que l'on entend constamment dans le milieu du poker et qui, personnellement, me hérissent le poil.

"Je n'ai pas fait d'erreur... j'ai juste été malchanceux !"
"Je suis largement meilleur que la moyenne !"
"Si perds tout le temps, c'est parce que c'est truqué !" 


Et j'en passe.

Je vais donc vous parler aujourd'hui de psychologie et de biais cognitifs. Qu'est-ce donc ? Selon Psychomédia, un biais cognitif est une forme de pensée qui dévie de la pensée logique ou rationnelle et qui a tendance à être systématiquement utilisée dans certaines situations. Il existe toutes sortes de biais cognitifs. Si le sujet vous intéresse, jetez un œil ici.

L'un d'entre eux est le biais d'autocomplaisance, qui s'exprime notamment dans un phénomène documenté et très répandu depuis plusieurs décennies appelé le “better than average effect”. Qu'est-ce que le BAE ?

De multiples études réalisées sur différentes populations ont démontré une tendance de la plupart des gens à surestimer leurs capacités et leur intelligence, comparées à celles de leurs pairs. Des études américaines ont par exemple démontré que 93% de la population considère qu'elle conduit mieux que la moyenne, et que 70% des hommes et 60% des femmes pensent avoir une intelligence supérieure à la moyenne. Il est évidemment statistiquement impossible que plus de 50% d'une population ait des dispositions supérieures à la moyenne. Ce qui implique que la majorité des personnes ont une estime positive d'elles-mêmes... mais également irréaliste !

BraquageUne petite anecdote pour illustrer un phénomène étroitement lié au BAE. En 1995, McArthur Wheeler, un homme de 44 ans, entre en plein jour dans deux banques à visage découvert pour commettre des braquages. Lorsque les policiers visionnent les caméras de surveillance, ils aperçoivent Wheeler le visage badigeonné de jus de citron. Lors de son arrestation, le braqueur, stupéfait de s'être fait attraper, s'écrie : “J'avais pourtant mis le jus de citron !”. Son raisonnement logique (sic) ? Le jus de citron peut être utilisé pour écrire des lettres invisibles qui deviennent lisibles en rapprochant la lettre d'une source de chaleur. Son biais cognitif était tel qu'il était persuadé que cela fonctionnerait également sur son visage et que le jus de citron le rendrait invisible aux caméras de la banque. True story

Cet évènement poussa deux chercheurs à étudier les mécanismes de la confiance en soi en relation avec l'intelligence. En proposant des tests dans différents domaines tels que l'humour, la logique/le raisonnement et la grammaire à un panel de personnes, ils se sont rendus compte que les personnes les plus talentueuses se percevaient comme étant dans le top 25-30 %. Pourtant, la majorité se trouvait en réalité dans le top 13 % tandis que les 25% qui performaient le moins bien estimaient être dans le top 40 %.

Leurs conclusions démontrent donc qu'il y a une corrélation directe entre le manque d'intelligence et/ou de compétences et une grande estime de soi. Le contraire étant également vrai : les personnes intelligentes sont généralement plus conscientes de leurs limites et de leurs lacunes et savent se remettre en question, tandis que les personnes moins intelligentes sont moins introspectives, ont plus de mal à accepter la critique et ne montrent pas d'envie de s'améliorer. D'où une difficulté d'évolution pour ces personnes. C'est ce que l'on appelle l'effet Dunning-Kruger : une personne persuadée de posséder un savoir qu'elle ne possède pas. Si l'on y réfléchit, il est d'ailleurs assez logique de ne pas être conscient de ses lacunes, puisqu'on juge ses capacités d'expertise dans un domaine en fonction de ses connaissances. 

Dunning-Kruger
Pas de connaissance = confiance maximale. Plus l'expertise augmente, plus la confiance diminue jusqu'à atteindre un palier. Lorsque la personne devient réellement compétente, la confiance remonte

Ce biais cognitif d'auto-complaisance qui consiste à surestimer ses propres capacités s'explique en partie par le fait que notre cerveau a tendance à être optimiste. Ce dernier déteste perdre la face. Pour préserver une bonne estime de soi, il aura tendance à s'attribuer plus de crédit lorsque l'on réussit, et à blâmer des éléments extérieurs lorsque l'on échoue. On retrouve par exemple régulièrement le biais d'auto-complaisance chez les supporters d'équipes sportives après une victoire : "On a super bien joué !" Alors que lors d'une défaite, ils vont s'exclure du schéma : "Ils ont été nuls ces branques !" L'effet Dunning-Kruger est visible partout au quotidien. Il suffit d'aller lire les commentaires sur des sujets divers et variés sur les réseaux sociaux pour comprendre l'ampleur de ce phénomène. Vous voyez de quoi je parle ? Dédé du fin fond de la Picardie (rien de personnel contre les Picards) qui commente des publications de scientifiques chevronnés sur le réchauffement climatique en argumentant que "de toute façon ça n'existe pas parce qu'on a quand même eu un été de merde." La plupart des personnes pensent être expertes dans un domaine, car elles ont lu quelques articles de vulgarisation sur Internet, et elles sont pourtant réellement persuadées d'avoir une meilleure réflexion que les véritables experts en la matière qui ont passé leur vie à étudier ce domaine...

Gaëlle Baumann WSOPVous me voyez venir, le parallèle est extrêmement simple à faire : le poker n'échappe pas à l'effet Dunning-Kruger. Avez-vous entendu beaucoup de joueurs vanter leurs piètres performances au poker ? Même un joueur amateur qui joue pour le plaisir et sans enjeu s'estimera être au-dessus de la moyenne des joueurs. Et il n'aura pas de mal à expliquer à quel point il est meilleur qu'untel ou untel "qui fait n'importe quoi mais finit toujours par chatter." Le poker étant un jeu à information incomplète, il est d'autant plus facile de penser que nos victoires sont uniquement le résultat de notre grande maîtrise du jeu, et que nos échecs sont provoqués par des causes externes, telles que l'algorithme qui n'est pas tout à fait net ou le fait que les floors ont déplacé la pause dîner alors qu'on avait super faim... Vous voyez l'idée !

Ce n'est pas parce que vous ne comprenez pas le play d'un adversaire qu'il est forcément mauvais. Et ce n'est pas en étant persuadé d'avoir joué parfaitement toutes les mains d'un tournoi que vous progresserez. Si vous avez l'ambition de devenir meilleur, c'est seulement à force de travail et de remise en question que vous y parviendrez. Si le jeu est pour vous simplement un passe-temps, acceptez que vous n'êtes certainement pas le meilleur joueur du monde ou même de votre entourage, et rappelez-vous que l'humilité est une vertu.

On retiendra que les biais cognitifs existent pour une raison : ils nous protègent, nous aident à avoir une bonne estime de nous, à prendre des décisions rapidement, mais qui ne sont pas pour autant toujours les bonnes. Ils nous aident à nous sentir bien et au-dessus de la moyenne alors qu'en réalité la majorité se trouve juste dans cette moyenne. Réussir à prendre conscience de ses biais n'est pas toujours facile, mais en acceptant qu'on ne sait pas tout, en faisant preuve d'humilité, en écoutant les conseils de personnes plus compétentes, il est possible de contrer ou au moins d'atténuer nos biais cognitifs et leurs effets négatifs.


O RLY

Une des premières vraies terreurs au féminin de la nouvelle génération. Un talent fou de choc et de charme !

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