[Blog] L'année du déclic

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[Blog] L'année du déclic

L'année qui vient de s'achever fut ma quatrième sur le circuit (la troisième en tant que professionnel), ainsi que celle dont je suis le plus fier de ma petite carrière. 120 tournois dans 14 destinations, 35 avions pris, des hauts, des bas, des moments magnifiques et d'autres plus durs, mais surtout une tonne d'émotions positives dont je me souviendrai toute ma vie. C'est l'heure du récap d'une année incroyable sur le plan personnel.

En début d'année, mes objectifs étaient clairs : jouer le plus possible en live et prendre le meilleur de mes coéquipiers en m'inspirant de leurs performances et de leurs forces mentales pour espérer remporter un titre. Je ne suis pas loin de cocher toutes les cases. 

Si je peux parler de déclic cette année, ce n'est pas sur le plan technique. Je n'ai pas découvert de move secret pour faire spew mes adversaires. Ce n'est pas non plus Davidi qui m'a refilé son secret pour interpréter des tells invisibles à l'oeil nu. En fait, j'ai simplement compris une leçon que m'ont transmis les nombreux top joueurs que j'ai pu croiser au fil de mes tournois. Comme l'a parfaitement expliqué João dans son dernier blog, la réussite au poker passe par une constante bataille contre soi-même.

J'ai bouleversé la réflexion, le temps et les efforts que je consacrais à ma manière d'aborder ce jeu. L'organisation de mes déplacements, de mes sessions, ou même mon régime alimentaire, tous ces éléments ont été mon déclic. Je n'ai pas joué pour jouer : j'ai joué pour progresser. Commettre une erreur ne constitue plus une honte, mais au contraire un point de départ intéressant pour travailler mon jeu. Je ne veux plus cacher les émotions qui intéragissent avec ma manière de jouer, j'essaie au contraire de les accepter et de les anticiper pour mieux les analyser. La seule personne à qui je dois plaire, c'est moi-même.

Romain Prague
Pour reprendre João, je gagne si j'avance et je perds si je fais semblant. Si je me contente d'imiter la dernière façon de jouer à la mode sans chercher à la comprendre, je perds. Si je perfectionne ma propre façon de jouer en relevant mes erreurs, je gagne. À quoi bon avoir peur de faire une erreur : ça ne regarde que moi. C'est cet état d'esprit qui m'a permis de glisser dans une dimension nouvelle, celle où mes objectifs d'aujourd'hui sont mes rêves d'hier.

Sois discipliné, Romain !

Être exigeant envers soi-même est une résolution plus facile à écrire dans un blog qu'à réellement entreprendre. Dans ce milieu en constante évolution où l'on apprend une nouvelle chose tous les jours, on a parfois l'impression de reculer d'un pas pour avancer de deux. Il m'arrive de me surprendre à retomber dans des anciens travers que j'avais pourtant déjà identifiés comme néfastes à ma progression. La rigueur ou la discipline ne sont pas des tendances naturelles chez moi, et quand je m'aperçois que j'ai perdu une bonne habitude que j'avais mis du temps à implémenter à mon quotidien, je deviens un peu frustré. Puis, je me rappelle que rien n'est acquis et qu'avoir conscience que je pourrais toujours faire plus est déjà une bonne chose. Il suffit parfois d'un micro-ajustement, une petite tâche supplémentaire au quotidien que je n'aurais pas faite avant, et on se sent directement mieux. Ce sont les petits ajustements qui font les grandes différences. Je ne suis pas tellement différent d'il y a trois ans, mais quand je fais le bilan de mon année, je vois une évolution drastique.

Faisons un peu de comptabilité, je sais que vous en raffolez. Mon année sur le circuit live en chiffres, c'est : 

120 tournois joués, soit 50 % de plus qu'en 2017
 20 places payées
 7 tables finales
 3 podiums WSOP et un podium WSOP-E 
 985 000 $ de gains bruts 

Pour 107 des 120 tournois, j'ai déboursé 250 000 $ (entre 500 et 7 000 $ par tournoi)
Pour les 13 highrollers restants, j'ai buy-in 180 000 $, soit 42 % du total de l'année en 13 tournois.

Ce dernier chiffre est énorme. J'ai appris à encaisser les premiers gros swings des tournois highrollers et leur impact majeur sur une année de pro. La stimulation de se battre sur ces tournois hautement compétitifs est passionnante, mais il faut savoir accepter lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous. D'autant plus que j'avais placé le classement GPI haut dans la liste de mes objectifs de l'année, et la plupart des joueurs aux places que je visais dans le classement fréquentent ces tournois.

Romain WSOPE
Je suis dans le Top 20 des joueurs français au GPI depuis 2015 et je suis extrêmement fier de ma progression constante. Je suis passé de 19e en 2015 à 11e en 2016, puis 8e en 2017 avant de terminer second cette année, juste derrière ce diable de Ben Pollak. Mon plus gros objectif pour 2019 sera évidemment de franchir la dernière marche. La compétition s'annonce rude, mais ce serait un kiff énorme. Du point de vue international, je suis également très fier de faire partie du Top 50 GPI Global. Pour vous donner une idée, j'étais 8 787e au 1er janvier 2015 et 275e au 1er janvier 2018. Je termine l'année à la 48e place et il n'y a que la máquina Adrián qui a fait mieux que moi dans le Team. Un résultat que j'aurais cru impossible l'an dernier et une preuve de plus qu'il ne faut pas se poser de barrière mentale.

Je n'oublie toutefois pas que les classements ne sont pas forcément significatifs, au poker comme ailleurs : la Belgique est bien en tête du classement FIFA. Il me reste beaucoup à apprendre de joueurs comme Davidi, João, Adrián ou Mustapha et je ne dois surtout pas laisser ces chiffres conforter le monstre de la procrastination qui sommeille en moi. Je dois continuer à travailler sur mon sérieux l'année prochaine car ces chiffres peuvent évoluer rapidement, dans un sens comme dans l'autre. Je compte en apprendre encore sur moi et sur le jeu grâce à mes progrès techniques et mentaux, en vue de conserver ou même d'améliorer ces classements. C'est une année capitale qui s'annonce : je veux toujours mieux faire, et pour y arriver je vais devoir redoubler d'efforts. J'ai la chance d'être entouré d'une magnifique bande de joueurs qui sont aussi mes amis et ça tombe bien car au poker aussi, on est plus fort ensemble.

J'espère que vos fêtes de fin d'année ont été merveilleuses et je tiens à souhaiter un gros good luck aux derniers élèves de la Top Shark avant la fameuse dernière ligne droite. J'en profite aussi pour vous souhaiter bonne chance sur les Series qui s'annoncent folles avec le 2 Million Event ! Je vais tâcher de démarrer 2019 de la meilleure des manières aux Bahamas : quoi de mieux que de ship le plus gros 25 000 $ de l'histoire pour commencer l'année du bon pied ? Je vous fais une bonne grosse bise à tous et surtout ... bonne année !


rLewis

Après une année 2018 exceptionnelle marqué par trois podiums WSOP, le jeune Bordelais n'a qu'un objectif : s'installer parmi les meilleurs joueurs du monde !

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