[Blog] L'amour du risque

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Aladin Reskallah Blog

Alors que je flânais dans les méandres de Youtube il y a quelques jours et suivais les suggestions savamment proposées par l'algorithme, je suis tombé sur une vidéo à la vignette accrocheuse - et au titre un brin racoleur je vous l'accorde, mais telle est la dure loi de la recherche du clic et du pouce bleu : Millionnaire sans-abri. J'ai cliqué machinalement car intrigué et aussi car le millionnaire en question n'est autre qu'Oussama Ammar, dont on m'avait plusieurs fois parlé.

Certains le connaissent sans doute déjà mais pour les profanes, il s’agit d’un entrepreneur à succès, aujourd'hui reconnu pour avoir accompagné et aidé à se développer bon nombre de start-ups. Il se démarque par son éloquence teintée d'humour et d’anecdotes croustillantes ainsi que par son naturel badin et taquin.

Vis ma vie de SDF

D’anecdotes croustillantes, il fut justement bien question cette fois-ci quand il raconta comment il a voulu tester sa résistance au risque avant d'entreprendre et de mettre en jeu un capital conséquent acquis par sa débrouillardise. Nous n'étions alors qu'aux balbutiements d'Internet et lui mettait tout juste à l'épreuve son talent précoce pour le business. Le principe était aussi simple qu'inconfortable : se mettre purement et simplement dans la situation d'un sans-abri afin de savoir comment il allait réagir s'il se retrouvait littéralement à la rue. Il confia alors les clefs de son appartement à un ami qui partait une quinzaine de jours en vacances aux Maldives, en s'assurant de n'avoir aucun double dudit trousseau à disposition.

La vidéo en question pour les curieux

Tous les détails furent prévus : son portefeuille, téléphone et ses papiers devaient demeurer à l'intérieur de l'appartement ; sa famille n'habitait pas dans la même ville et il avait pris soin d'aller dans un autre arrondissement pour ne pas croiser des gens qu'il connaissait susceptibles de l'aider. Le voilà donc à la rue pendant 15 jours.

Il explique que les deux premières journées furent parmi les pires journées de sa vie. À partir du troisième jour, il a dû se résoudre à se prendre en main et donc à faire la manche. Grâce à quelques souvenirs du livre Petit traité de manipulation à l'usage des honnêtes gens, il a augmenté petit à petit son « taux de conversion », récoltant de plus en plus d'argent. La deuxième semaine, il réussissait même à se payer une chambre d'hôtel ! Suite à cet épisode, il fut en grand partie libéré de son angoisse de perdre tout son argent et de se retrouver à la rue et pouvait donc envisager plus facilement de prendre des risques avec l'argent dont il disposait.

La peur de la banqueroute

La transition est donc toute trouvée pour le sujet que j'avais envie d'aborder dans ce blog : le risque et particulièrement l'aversion au risque. C'est-à-dire les limitations psychologiques de chacun à se mettre dans une situation risquée. C'est un concept important à comprendre lorsque l'on joue au poker mais aussi dans la vie en général. Cela aide à mieux comprendre comment fonctionne notre cerveau en fonction de notre éducation, nos expériences passées et tout un tas d'autres éléments, afin de mieux maîtriser ce facteur.

Aladin Macao

Une soirée à Macao avec LeVietF0u : une certaine idée du risque.

Dans notre jeu préféré, la question du risque se pose au quotidien et sur différents aspects. Le premier qui me vient en tête est la gestion de bankroll. D'ailleurs, c'est sûrement une des questions que l'on me pose le plus sur les réseaux sociaux. Quel bankroll management préconises-tu ? Dans ce cas précis je vous le dis : la question elle n'est pas vite répondue ! J'ai moi-même mis très longtemps avant de comprendre ce concept en rapport direct avec l'ennemi numéro 1 des joueurs (mais qui fait en même temps la spécificité du poker) : j'ai nommé le facteur chance, le hasard, la fameuse « variance », dont la simple évocation sonne comme un bruit suspect dans une maison hantée une nuit d'orage. Elle effraie tout le monde car elle peut être responsable de la case « broke », la banqueroute. Une catastrophe bien sûr pour vos finances mais aussi à cause de ses répercussions sur votre moral.

Alors, quelle gestion de bankroll appliquer ? Il n'y a pas de réponse absolue. Cela va dépendre de beaucoup de choses et justement de l'aversion au risque de chacun. Est-ce qu'un joueur va jouer son A-game lorsqu'il est sous pression ou va-t-il au contraire être paralysé par l'enjeu ?

100 pour 100

Le premier chiffre qui est venu à mes oreilles lorsque je débutais dans le milieu est 20 caves à disposition pour jouer une limite en cash-game. Je vais vous le dire de but en blanc : fuyez et éloignez-vous de ce chiffre maléfique. Il va vous conduire à la banqueroute quasiment 100% du temps. Je peux donc vous suggérer d'augmenter le nombre de caves que vous avez à disposition et d'autant plus en tournois, où la variance prend encore plus de place. Je vais d'ailleurs plutôt vous conseiller en MTT car cela fait trop longtemps que je ne joue plus les autres formats pour vous offrir un avis suffisamment éclairé.

Pour commencer, on peut donc partir sur un gros minimum de 100 fois votre buy-in moyen, le fameux ABI (pour Average Buy-In). Exemple : si vous jouez des tournois à 1 € maximum, il vous faudra au moins 100 € de bankroll. Ensuite, plus votre aversion au risque est grande, et plus il vous faudra un matelas de sécurité suffisant pour ne pas être affecté par les downswings. De la même façon, plus vous augmentez votre ABI et plus il vous faudra être prêt à affronter la variance car vos adversaires seront de plus en plus coriaces. Je peux donc vous conseiller de passer à minimum 200 voire 300 ABI, et jusqu'à 500 pour les plus conservateurs.

Aladin Quad

Assuré tous risques.

Il faut toutefois jongler avec cette notion de risque pour savoir quand en prendre suffisamment et ne pas laisser trop d'EV sur le bord du chemin. Vous pouvez alors mettre en place une stratégie de « shots » pour essayer de gonfler un peu votre capital en jouant un peu plus cher que d'habitude une fois de temps en temps, sur des gros tournois ou des tournois exceptionnels que vous estimez plus accessibles que d'habitude. J'insiste sur le « une fois de temps en temps » : si vous prenez des shots à chaque fois que vous jouez, cela sort bien évidemment de la définition de « shot ».

Tout pour la gagne ?

Sur un autre aspect directement lié au poker et l'aversion au risque, la gestion des fins de tournois est un élément très important à considérer, selon votre propension à vouloir aller chercher la victoire ou alors à passer les paliers. Le modèle mathématique que l'on connaît actuellement et qui permet d'avoir des informations supplémentaires sur la force des mains avec lesquelles engager tout ou partie de notre tapis se nomme l'ICM (Independant Chip Model). Il établit une formule qui convertit les jetons que l'on a à disposition en argent réel en fonction de la part du prizepool que cela représente.

Néanmoins, il est avéré que ce modèle est incomplet et qu'il ne prend pas vraiment en considération certains facteurs comme ce que l'on appelle la « future EV ». Cette dernière correspond à l'espérance que l'on a de gagner plus à la suite de tel ou tel déroulement d'un coup. Connaître le modèle en profondeur aide alors les joueurs à avoir des informations supplémentaires pour décider si un risque est bon à prendre ou non. Certains font aussi sciemment le choix de ne pas respecter du tout ce modèle et de jouer pour la gagne en toutes circonstances. En clair, un sujet vaste et qui continue d’être débattu.

Aladin Arc

Prêt à viser droit dans le mille !

Pour élargir, le fait d'avoir eu à approfondir spécifiquement cette notion m'a également conduit à pousser la réflexion pour la vie de tous les jours. Une des causes de « tilt » les plus prononcées est lorsque quelqu'un (et je m'inclus dedans) parle mais n'agit pas ; quand une personne émet des projets ou des rêves mais n'entreprend rien pour y parvenir, préférant ne rien tenter plutôt que de risquer de sortir de sa zone de confort. Peut-être est-ce dû en partie à l'éducation ou une certaine mentalité française, le tout mélangé à une conjoncture économique peu reluisante ces dernières années. Je ne saurais dire.

On en revient alors à l'introduction et la vidéo d'Oussama Amar. Posons-nous la question de savoir ce qu'il pourrait nous arriver de pire en cas d’échec dans la mise en place d’un projet. J'ai l'impression que dans bien des cas, la réponse est : pas grand-chose. En réalité, c'est probablement la peur de l'échec qui nous empêche de tenter des choses nouvelles et de devoir assumer le fait d'avoir échoué. Il paraît évident que tous les hommes et toutes les femmes qui ont accompli des choses qui sortent de l'ordinaire ou qui ont carrément changé la face de l'humanité ont pris un risque à un moment donné.

J'espère que ce blog vous aura au moins fait réfléchir et que vous serez amenés à développer dans le futur votre connaissance de votre propre aversion au risque. En guise de conclusion, je pense que Mustapha Kanit sera d'accord avec ce proverbe italien : « Mieux vaut vivre un jour comme un lion que cent ans comme un mouton ».

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Aladarrrrr

Premier joueur à remporter deux fois la Top Shark Academy, le Lyonnais est devenu une véritable machine à gagner sur les tables online !

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