[Blog] La plus belle des victoires

Par dans

Guillaume Diaz Blog

« Au poker, les deep runs permettent de survivre : ce sont les victoires qui nous font vivre. »

Glissés par Benjo dans l’excellent récit de ma victoire monégasque sur l’EPT National, ces quelques mots résument à merveille la vie d’un joueur de poker de tournoi live et traduisent parfaitement la valeur d’une victoire dans ce métier.

Car oui, les deep runs nous permettent de « simplement » survivre, aussi bien financièrement que mentalement. Ce sont rarement les deep runs inachevés qui permettent de créer l’écart financier et de monter rapidement de limites. À part un Top 3 ou une table finale d’un tournoi majeur. C’est également très rare qu’une 7e ou une 12e place nous procure une sensation de bonheur et de joie immense ou nous permette d’accumuler beaucoup de confiance en peu de temps. Les victoires, les trophées et la sensation d’avoir battu un field entier procurent tout cela à la fois !

Comme le dit mon pote et coéquipier Romain, c’est exactement pour ces moments-là que l’on joue au poker. Pour vibrer durant un tête-à-tête final et pour ce moment où l’on explose de joie en voyant la dernière carte s’abattre. Je dirais même que c’est pour ces moments-là que l’on aime tant la compétition, et que l’on apprécie pleinement la chance que l’on a de faire un métier qui exacerbe cette facette de notre personnalité.

Le poker de tournoi n’a que très peu d’égal dans ce sens. Le meilleur joueur du monde dans notre discipline gagnera beaucoup moins de trophées dans une année que le meilleur joueur de tennis, de golf ou d’échecs. Adrián Mateos l’a prouvé en 2017 : son année fut incroyable et a fait de lui le numéro 1 mondial au classement GPI durant de nombreuses semaines, alors qu’il n’a gagné « que » (avec d’énoooooormes guillements sur le « que ») quatre trophées. À titre de comparaison, Roger Federer remporté sept titres sur le circuit ATP, alors qu’il a dû jouer dix fois moins de tournois qu’Adrián.

Donc même pour le numéro 1 mondial, qui joue plus de 300 jours par an, cela fait tout de même plus de 290 jours dans l’année où il « perd », ou en tout cas où son esprit de compétiteur n’est pas complètement satisfait. Autant de jours où, même en terminant deuxième d’un tournoi pour une belle somme et en ayant battu des centaines de joueurs, cette sensation désagréable de défaite et de travail non finalisé prend le dessus pendant quelques minutes, heures ou même jours selon l’importance du tournoi. Mais c’est aussi cette rareté et cette incertitude qui rendent les victoires si belles et enivrantes.

Une victoire collective

Victoire Volatile Groupe

Cette victoire a un goût d’autant plus particulier pour moi car j’ai la sensation de l’avoir partagée pleinement avec les gens dont je me sens le plus proche sur le circuit. L’ensemble du Team évidemment mais pas que.

Lors de ma première victoire en live, sur mon premier festival en tant que Pro Winamax, je ne connaissais encore que très peu de personnes sur le circuit et je n’étais pas aussi proche de mes coéquipiers. La victoire avait donc été un peu plus solitaire, même si Stéphane et Guignol étaient présents durant toute la finale pour m’encourager et me conseiller. Et on avait tout de même fêté ça avec une bonne partie du Team dans le seul club de Deauville !

À Monte-Carlo, ce fut une toute autre ambiance durant la TF, le scénario à rebondissements procurant de sacrés montées d’adrénaline. Je me rappelle avoir sauté dans les bras de Pierre, Adrien, Antonin Teissiere et pleins d’autres amis, comme si notre équipe favorite venait de marquer à la 92e minute d’une finale, au moment où ce quatrième 5 apparait à la river (photo ci-dessous), me permettant d’éliminer un joueur en 5e place avec As-Roi contre une paire de Rois. Pas franchement démonstratif de nature, je ne me souviens pas avoir autant explosé de joie depuis très longtemps. Les dernières datent probablement de ma jeune adolescence, où je jouais au foot en club.

Carré Volatile

J’ai aussi en mémoire cette magnifique image mentale de tout le rail dans mon champ de vision durant le head’s up. Toutes ces personnes que je ne connaissais pas il y a quelques années et avec qui je partage aujourd’hui mon quotidien une bonne partie de l’année. Tous ces joueurs, journalistes, coéquipiers ou coach devenus des proches, des amis et avec qui j’ai l’honneur de pouvoir échanger, évoluer et partager de bons moments, jour après jour, sur le circuit. En voyant cette grosse dizaine de joueurs m’encourager pendant cette finale, tous extrêmement talentueux et travailleurs, je me suis dit que, comme le disait Ivan dans son tout premier blog, le poker n’a rien d’une activité individuelle. Il est bien plus facile de travailler son jeu, de se remettre en question et d’apprendre de nouveaux points de vue lorsque l’on échange avec de nombreux experts. D’ailleurs, la qualité intrinsèque d’un joueur peut probablement se mesurer via celle de son entourage proche.

En cela, nous avons probablement les meilleurs dispositions possibles qu’un joueur de poker puisse rêver au sein du Team. L’esprit de groupe et de solidarité, bien aidé par le travail de Stephane tout au long de l’année, et d’autant plus au séminaire, est une force incroyable. Ce séminaire en lui-même a une valeur inestimable à tous les niveaux. La cohésion d’équipe et l’état psychologique et physique de chacun se retrouvent boostés chaque année et nous mettent dans des conditions optimales. Le fait de pouvoir échanger et travailler avec autant d’excellents joueurs est évidemment un avantage incroyable, encore plus depuis l’arrivée des machines de guerre que sont Mustapha et Adrián.

Team Winamax

Et enfin, nous le répétons souvent dans les blogs ou les interviews mais nous ne le dirons jamais assez :  le travail mental que l’on peut faire avec Stephane est primordial, d’autant plus pendant les deep runs. Il nous aide à nous concentrer sur l’essentiel, il nous questionne sur notre plan de jeu, notre état interne et nous empêche de tomber dans toute distraction inutile. C’est un avantage crucial dans les moments importants, où le mental est mis à rude épreuve, notamment durant ce tournoi. Comme je lui ai dit lors d’une discussion le lendemain de la victoire : je pense que très peu de joueurs ont la chance de pouvoir parler à une personne spécialiste de la préparation mentale pendant les breaks, avant les jours finaux des tournois et jusqu’en table finale. L'edge qui en découle est énorme.

Je vais finir ce blog comme je l’ai commencé, en citant un autre poète du poker (il y en a beaucoup dans ce milieu) que l’on nomme Flavien Guénan. Dans un des excellents documentaires de Victor « Tapis_Volant » Saumont, Flav’ avait dit : « Chaque élimination d’un tournoi est comme une petite mort intérieure. Toutes tes pensées, tes émotions, ta concentration centrées sur le tournoi et accumulées depuis plusieurs jours se terminent brutalement. » Cette semaine-là, j’ai eu l’immense chance de ne pas ressentir cette sensation le temps de quelques jours, et j’espère pouvoir revivre cela le plus rapidement et le plus souvent possible !

Je vous donne rendez-vous cette semaine à Marrakech pour la cinquième édition du SISMIIIIIIIIIIIX ! J’espère que vous êtes prêts pour cette grosse semaine de folie aux tables et autour de la piscine du Es Saadi. Personnellement, je suis complètement motivé pour revivre ces belles émotions et pour ajouter ma tête au Hall of Fame, à côté de celle de Kool Shen et Davidi !

A très vite les khouyas !

Peace,

Guillaume « Volatile38 » Diaz


Guillaume Diaz

Le vainqueur de la troisième Top Shark Academy possède l’un des plus beaux palmarès de Winamax.

Suivez Guillaume Diaz sur Twitter