[Blog] Joueur de poker, c'est un vrai travail ?

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romain lewis blog vrai travail

Hello tout le monde, j'espère que votre été se passe bien. Ça fait maintenant un petit moment que je suis rentré de ces WSOP 2023, où je n'ai pas connu la réussite escomptée. Ce n'est donc pas de cela dont je vais vous parler dans ce nouveau blog, mais d'une conversation que j'ai eue récemment dans un bar bordelais, avec un collègue qui avait beaucoup de questions sur mon travail ces dernières années.

Je pense qu'après tout ce temps à vous raconter les différentes facettes de mon évolution dans le monde du poker, vous avez fini par comprendre qu'il s'agit d'un métier à part entière. Mais pour d'autres, le poker ne possède toujours pas certains critères incontournables qui en feraient un “vrai” travail. D'ailleurs, même après dix ans dans le milieu, j'ai moi-même encore du mal à dire que c'est un "travail", par rapport aux connotations négatives liées à ce terme. Mais ça, je vous en avais déjà parlé lors de blogs précédents.

romain lewis

Revenons plutôt à mon pote. Sa question était simple : comment peut-on se projeter sur le long terme (comme on peut le faire en CDI) avec un job qui peut nous faire perdre de l'argent ? Il ajoute : certes, le poker est un jeu de hasard combiné à des compétences, mais parce qu'il peut occasionner de lourdes pertes financières, faire dépendre sa subsistance de la chance aux cartes est risqué et irresponsable sur le plan financier.

C'est bien sûr là où je ne suis pas d'accord. Au lieu de mesurer les risques et de savoir s'ils sont raisonnables ou non, on nous apprend à ne prendre aucun risque. Si on ne sait pas mesurer un risque, on va avoir tendance à affirmer que c'est la faute du jeu ou d'un autre élément. Mais la vérité est déjà là : le risque est trop important.

Calculer ses risques

Il existe un principe que j’ai toujours défendu. Au départ de notre vie professionnelle, celle où l’on gagne de l'argent pour notre futur, il vaut mieux prendre de gros risques. Car quand on est plus âgé, on doit faire face à plus de responsabilités, et on a donc beaucoup plus à perdre. Par exemple, au cours de mes derniers WSOP, lorsque ces risques n’ont pas payé, il a été important pour moi de ne pas me montrer result oriented et d’accepter la défaite, la tête haute. D’autant que ces risques étaient calculés et que j'étais prêt à en assumer les conséquences. Dès lors, mon pote semblait hocher la tête pour me faire plaisir. Mais en réalité, il avait l’air de penser que j'avais perdu la raison !

Il met alors sur la table un nouvel argument : celui de l’absence de sécurité sociale. Il ne manque pas de me rappeler que les joueurs de poker professionnels ne bénéficient généralement pas d'avantages sociaux tels que l'assurance maladie, les congés payés ou les régimes de retraite, ajoutant que cela peut être perçu comme une précarité à l’inverse des emplois traditionnels.

Romain Lewis

D’accord, pourquoi pas. En France, je sais que l’on aime bien se vanter d’avoir la meilleure sécurité sociale du monde. Pour ma part, lorsque j'aurai la chance d'avoir vécu jusqu’à 60-70 ans, j’ai conscience qu’il me faudra de l'argent de côté, car je ne pourrai pas me reposer sur le gouvernement. Mais ce compromis ne me dérange pas. C'est une autre histoire de risque et de récompense. En réalité, aujourd'hui, personne ne met véritablement d’argent de côté pour sa retraite. Cet argent est prélevé pour payer les retraites d'aujourd'hui et on nous a fait comprendre que la boucle ne s'arrêterait jamais. Alors plutôt que de faire confiance aux politiques et à leurs décisions souvent basées sur le court terme, je préfère penser que les finances de ma vie ne concernent personne d’autre que moi. À 20 ans, 40 ans, ou encore 70, je ne veux compter sur personne d'autre que moi ! Quand j’aurai 75 ans, si je n'ai pas mis suffisamment d'argent de côté au cours de mes cinquante dernières années, ce sera à moi de monter dans une voiture et faire un métier peu lucratif pour subvenir à mes besoins. J'accepte le risque et j'en payerai les conséquences.

Contribuer à la société, c'est possible ?

Son argument suivant, en revanche, m’a quelque peu déstabilisé. Sans avoir complètement tort, il me décrit le jeu de poker comme une activité non productive, ajoutant au passage qu’il n’accorde pas le même respect à ceux qui en font leur profession. Selon lui, l'absence de contribution sociale pose un problème, car les joueurs de poker ne créent pas directement de biens ou de services utiles à la société. Et cela peut être perçu comme une valeur moindre par rapport aux professions qui contribuent activement à l'économie et au bien-être collectif. 

J’ai répondu, mais j’ai rapidement compris que mon argument de défense n'était pas vraiment valable. Je lui ai dit quelque chose comme "Nous sommes huit milliards sur Terre, il y en a pour tout le monde !" En vérité, ce qui me dérange le plus, c’est ce dernier point qui met en avant un des côtés que je n’aime guère dans ce métier : si je gagne, quelqu'un perd. La création de valeur est inexistante. En anglais, on dit "It's a sum 0 game", c'est-à-dire qu’on ajoute toute la valeur créée et on y soustrait toute la valeur perdue. Et à la fin, on arrive à 0. C’est d'autant plus flagrant avec le rake. C'est pour cette raison que je ne pense pas jouer professionnellement toute ma vie.

Romain Lewis

Cependant, je considère réellement ce métier comme un vrai travail, car il exige des compétences stratégiques, psychologiques, mathématiques, ainsi qu’une gestion des risques. De nombreux joueurs de poker professionnels réussissent à gagner leur vie de manière responsable et éthique, en utilisant leurs compétences afin de prendre des décisions éclairées lors des parties. À l’image de tous les métiers, le succès dans le poker dépend de la discipline, de la persévérance et du talent du joueur. 

De plus, en moyenne, les gens qui gagnent beaucoup d’argent sur une période consacrent souvent leur temps et leurs gains à aider les autres. Je pense notamment à Patrick Leonard, Fedor Holz, et Bencb qui proposent du coaching à partir de l'évolution de leur propre jeu. Je pourrais également citer Charlie Carrel ou Igor Kurganov. Ces joueurs-là essaient véritablement de faire du bien grâce à leurs gains, à l’intérieur mais aussi en dehors du monde du poker. Pour ma part, je peux me baser sur leurs idées pour tenter de faire de même de mon côté.

Ce fut une discussion longue et animée, et j’ai trouvé sympa de pouvoir à la fois défendre notre passion et d’accepter le fait que, chez certaines personnes, le jeu est une chose, et le travail en est une autre. À mon avis, les deux peuvent être mêlés et j'adore cette réalité. Je pense qu'elle ferait du bien à beaucoup de monde. Si on avait tous l'impression de jouer d'une manière ou d'une autre lorsque l'on travaille, la vie serait sûrement un plus bel endroit !

Merci de m'avoir lu, et on se retrouve dans quelques semaines, en live, du côté de Bratislava. Mais avant ça, je passerai à Paris pour vous faire quelques live streams en septembre. Grosses bises, et à bientôt !


rLewis

Étoile montante de sa génération, le Bordelais a confirmé tous les espoirs placés en lui en 2021 en décrochant un premier bracelet WSOP !

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