[Blog] J'assume...!

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Blog Adrien Delmas

Pour ceux qui suivent assidûment mes blogs sur Winamax (merci à tous, je vous aime), vous commencez sûrement à connaître la structure que je mets généralement en place. J'attaque en étudiant un sujet assez vaste, qui me plait, m’intéresse, me stimule, et j'essaie ensuite de le ramener au monde du poker et d’en tirer des conclusions. Ce que je vous propose aujourd’hui c’est de vous faire réfléchir sur le fait "d’assumer" aussi bien nos choix, nos actes, que nos responsabilités.

(Cet article reflète mon analyse personnelle, tout y est évidemment sujet à débat.)

Dès le plus jeune âge, on a tous vécu cette situation : on fait une connerie, et on préfère alors dire que c’est la faute de son petit frère, du chien, ou encore de Roger, le poisson rouge familial. En clair, on n’assume pas. On se prend alors à ressentir de la honte, avec parfois la conscience d’avoir fait quelque chose qui n'était pas approprié.

Par la suite, au collège et au lycée, je pense que l'on a davantage tendance à ne pas assumer envers soi-même. Par exemple, en cas de mauvaise note, c’était la faute à pas de chance, à cause d’un sujet trop complexe ou bien de la sévérité du correcteur. Par contre, de mon côté, lorsque j’avais de bonnes notes, c’était seulement grâce à l’unique force de mon incroyable talent et de mon dur labeur. Le constat était le même quand je me faisais doser sur Street Fighter : c’était "la faute à la manette". Ici, on est clairement dans ce qu’on appelle le biais d’auto-complaisance (cf. le blog en deux parties où je reviens sur le sujet plus longuement), qui représente un mécanisme "normal" d’auto-défense, et permet aussi de ne pas subir les sensations néfastes de la honte.

Assumer : pour quoi faire ?

Adrien Delmas WPO

Ne pas assumer, généralement, c’est fuir la honte ou une quelconque situation désagréable à vivre, vis-à-vis de nous-même ou de notre entourage. Nous cherchons en permanence l’approbation des gens que nous aimons ou admirons, alors les décevoir serait tragique, n'est-ce pas ? Une question qui en amène une autre : préférons-nous vivre au travers du spectre de la vision et des attentes de nos proches, ou bien vivre notre vie, celle dont nous rêvons au plus profond de nous ?

Nous avons tous des convictions, des valeurs, qui entraînent des choix et des actions propres, et ces notions-là sont fondamentales dans la construction et la représentation de nous-même. Je pense que l'on se sentirait mal en agissant à l’opposé de ce qui nous constitue en tant qu’entité sociale, que cela engendrerait de la souffrance, de la honte et une perte de confiance en soi considérable.

Généralement, plus la situation est grave, plus il est difficile d’assumer. Par exemple, il est beaucoup plus simple d’avouer à sa/son conjoint/e qu’on a oublié de prendre du pain en rentrant du boulot, que d’assumer le fait d’avoir balancer ses voisins aux Nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale (point Godwin : check). On réfléchit aux conséquences, et plus ces dernières sont potentiellement lourdes, plus s'ajoutent des émotions qui, si mal gérées, nous empêchent de prendre la meilleure décision.

Assumer oui, mais comment ?

Adrien Delmas SISMIX

Assumer peut être accolé à un myriade de choses : assumer une action, un choix, une position, une responsabilité, etc... Mais généralement, c’est d'avoir la force d’aller dans le sens de nos convictions et d’en assumer les conséquences, qu'elles soient attendues ou non.

En ce qui me concerne, j’ai dû réfléchir à une question importante au début de ma deuxième année en école de commerce. La formation ne me plaisait plus, les cours ne m’intéressaient pas, je n’y trouvais aucune stimulation intellectuelle. Généralement, ces ressentis sont un réel indicateur qu’il est tant de changer quelque chose. Je devenais de plus en plus fort au poker, avec des résultats plutôt encourageants. Mais alors que faire ? Devrais-je quitter cette école, abandonner l’argent investi par mes parents dans des études, un appartement, pour aller jouer de l’argent aux cartes ? Sans aucune certitude d’en faire un métier viable qui plus est…

Toutes ces questions m’ont évidemment traversées l’esprit des dizaines de fois : j’aspirais à plus de liberté, à vivre ma vie et ma passion. J'ai alors pris cette décision : je vais devenir joueur de poker professionnel MAIS je vais d'abord décrocher mon diplôme (il me restait un an et demi dont six mois en Erasmus), pour respecter l’argent de mes parents et aussi les rassurer sur mon avenir.

J’ai fait un choix : celui d’aspirer à une autre vie. Un choix que je dois ensuite assumer. C’est là que commence la partie la plus intéressante. Parallèlement à mes études, j’avais créé une entreprise à mes 19 ans avec un ami, dont on avait toujours la gestion. Je devais donc continuer à m'en occuper le plus professionnellement possible, sans négliger pour autant les aspects sociaux de ma vie (petite-amie, famille, amis…).

Assumer, encaisser, recommencer

Adrien Delmas WSOP TV

Assumer, c’est se regarder dans la glace et se demandant : "Est-ce que tu te bouges assez le cul pour les choses que tu désires ? Ou bien fais-tu le lâche, te mens-tu ou te trouves-tu des excuses une fois de plus pour justifier tes médiocres résultats ?" Assumer c’est parfois être dur avec soi-même, pour prendre assez de recul sur l’influence de notre préparation sur le résultat final. Car bien sûr, on ne peut pas tout contrôler, ce qui est d'autant plus vrai au poker, mais être honnête est aussi une qualité primordiale pour être un joueur gagnant.

À l'inverse, lorsque l’on échoue, c’est aussi en prendre la totale responsabilité. Selon moi, c’est ce point précis qui fait la force d’une personne : sa capacité de résilience face à l’échec, sa volonté d'en comprendre les raisons et de s'en servir pour avancer. Sans ces erreurs on ne peut pas s’améliorer, et si on se trouve des excuses pour nier notre implication dans le résultat, c’est comme si on désirait ne jamais progresser.

Si je devais un jour en venir à échouer, à me broke, à devoir retourner sur les bancs de l’école et quitter ce métier que j’aime tant, tel Lionel Jospin un soir d'avril 2002, j'en assumerai l’entière responsabilité. J'en aurais retiré énormément de choses positives et, si lors de l’introspection finale de ma carrière, je me rends compte que j’ai tout tenté pour y arriver, mais sans succès, alors j’aurai fait le taff'. C’est pour ça que, tous les jours, j’essaie de me dépasser afin de ne jamais regretter, de ne pas me dire que j’aurais dû ou pu faire plus.

Que ce soit au vu de cet exemple précis ou de la vie en général, assumer ses responsabilités, c’est comme se promettre quelque chose à soi-même, et/ou envers une tierce personne/entité. Pour moi, c’est la force de cette parole, de cet engagement, qui donne une vrai valeur à un Homme... à part peut-être chez les politiciens, pour qui assumer est sûrement un mot de l’ancien temps (sauf pour toi Lionel).

Faut-il tout assumer ?

Adrien Delmas WSOP

Voilà une question complexe. Dans la vie, rien n’est tout noir ni tout blanc, la vérité est toujours plus ou moins vague. Les limites se situent au niveau des choix personnels et qui suis-je pour juger ces derniers ?

Si vous êtes une personne homosexuelle dans un pays extrêmement violent et réticent envers les droits des LGBT voire pire, qui les condamne à mort (Arabie Saoudite, Qatar…) il serait alors peut-être plus "sûr" de ne pas assumer publiquement votre sexualité. Une fois encore, je prends un exemple extrême pour souligner le fait que la décision finale revient à ces personnes, et elles seules. Dans l’histoire, beaucoup de gens sont morts pour ce en quoi ils croyaient ou qui ils étaient, et ont finalement inspiré des millions d’autres à poursuivre leur combat au quotidien.

Encore une fois, le sujet mériterait des heures et des heures de réflexion. Je ne fais ici qu'en effleurer une mineure partie. Je désirais juste souligner la non-binarité du monde dans lequel on vit et la nécessité de ne pas réduire le débat à un "faut-il", ou "ne faut-il pas". Nuancer reste la clef pour garder un esprit le plus ouvert possible.

Briser ses chaînes 

Ce sujet, j’y réfléchis maintenant depuis assez longtemps. Il m’est venu en tête lorsque j’étais au Japon en mars dernier, tout seul dehors dans le froid à manger mon bentô près d’une rivière, lorsqu’une protection alimentaire en plastique a soudainement décidé de s’envoler pour atterrir dans l’eau. Après quelques secondes de réflexion, je suis allé mettre les pieds dans l’eau pour récupérer le bout de plastique. J’ai fait un choix, celui d’assumer la responsabilité qui est mienne, c’est à dire de ne pas polluer car c’est quelque chose qui est inclus dans mes valeurs et que j'ai envie de respecter en toutes circonstances.

Bentô

Une fois revenu sur mon banc, les pieds gelés, j’étais heureux car j’avais agi selon mes convictions. Certes, c’était une sensation assez désagréable sur le coup, mais cela en valait la peine. C’est aussi le genre de petit geste qui me fait prendre conscience d’une certaine progression dans mon attitude. Auparavant, j’étais le pro de l’esquive, tout était bon pour ne jamais prendre mes responsabilités lorsque ça ne se passait pas bien. D’un côté, je passais à côté de certaines punitions, ce qui représentait une récompense directe, mais de l'autre, cela me freinait dans ma progression, sans parler de mes ressentis personnels.

Plus j’ose assumer mes choix et mes actions, plus je me sens une personne entière, fidèle à mes convictions et mes valeurs. Peu importe que ces dernières soient bonnes ou pas - on fait tous des erreurs - mais savoir en prendre la responsabilité et avancer est beaucoup plus valorisant que de ne pas subir une honte éphémère.

Pour moi, assumer c’est se libérer de chaînes invisibles, mais c’est aussi une marque de maturité et de confiance en soi. Je n’ai évidemment pas réussi à tout caser dans ce blog : il y a beaucoup de situations complexes dont j’aurais voulu parler mais pour lesquelles j’estimais ne pas avoir assez d’expérience ou de connaissances.

Pour finir, on pourrait évoquer la dimension du regret, que je n’ai pas traité en profondeur. Dans l'un de ses livres l’auteure Bronnie Ware a compilé les derniers regrets de personnes en fin de vie, et ce qui en ressort est extrêmement lourd de sens. Deux des regrets qui ressortent le plus souvent ont été évoqués dans ce blog : "J’aurais dû vivre ma vie, pas celle des autres" ; "J’aurais dû assumer mes sentiments". Nul besoin d'en dire plus.

Merci d’avoir eu la patience de lire cet article jusqu’au bout. Je pense y avoir abordé l'essentiel. Je serai content de savoir ce que vous pensez du sujet, si vous avez des expériences à partager, des choses avec lesquelles vous n’êtes pas d’accord... Ce sera un plaisir d’échanger avec vous.

Meilleure bise barbue,

Adrien


Ragnarok235

Tous ses pairs vous le diront : le vainqueur de la Top Shark Academy 2018 est l'un des talents les plus prometteurs de sa génération.

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