[Blog] Grande Finale WiPT : Top 5 des erreurs à éviter

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Davidi

Le Main Event de la Grande Finale du Winamax Poker Tour approche à grands pas : le coup d'envoi du Day 1A du sera donné le jeudi 1er mars à dix heures pétantes. Le moment est donc venu de commencer à se préparer pour ce grand événement, qui rassemble chaque année de nombreux qualifiés. Au fil des années, j’ai pu observer quelques erreurs courantes sur ce genre de tournois comptant une majorité d’amateurs ou de joueurs semi-professionnels. Bien sûr, je ne veux pas généraliser. Certains joueurs plus aguerris ne font plus ce genre d’erreurs, ce qui leur donne un avantage considérable sur le reste du field. Dans ce blog, j’ai choisi de lister cinq leaks fréquents afin de vous offrir les clés d’un WiPT réussi.

Limp / fold avec moins de 15 blindes 

Une erreur classique des joueurs amateurs est de trop limper avec des jeux moyens. Je l’ai constaté souvent : peu importe la position, parfois même avec moins de 10 blindes, et sur une table composée de nombreux short stacks. Pas étonnant dans pareil cas de rencontrer derrière un joueur qui trouve une belle main pour faire tapis, ou d’autres qui profitent de cette blinde « offerte » pour shove avec une range plus large.

Dans l’absolu, ce n’est pas toujours une erreur d’adopter une stratégie de limp dans des tournois où la moyenne est basse, mais il est nécessaire d’équilibrer sa range de limp et de le faire de temps en temps avec des mains très fortes. 

Limper avec une main à potentiel comme Dame-Valet assortis peut permettre de jouer un pot en multi-way et ainsi de gagner gros si on touche du jeu au flop. L’inconvénient est qu’on réalisera trop peu souvent notre équité s’il y a trop de joueurs avec des tapis dans une zone de shove (entre 8 et 15 BB). Si les tapis effectifs sont supérieurs à 15 BB, c’est « OK » (comprenez : pas exceptionnel mais toléré) de limper avec des mains qui se débrouillent bien post flop.

Si votre tapis à vous est inférieur à 10 blindes il est en revanche complètement interdit de limp-fold (sauf dans des cas exceptionnels, en bataille de blindes face à un joueur passif), et aux alentours de 15 blindes, vous pouvez le faire uniquement dans des positions lointaines (cut-off, bouton).

Mon conseil
Le plus simple est de tout simplement abandonner cette stratégie de limp quand notre tapis approche les 15 blindes et moins. À la place, on préférera opter pour un bon vieux « push or fold » avec notre range de jeux moyens, selon plusieurs éléments comme la position, la valeur de notre main, le moment du tournoi, notre nombre exact de blindes et celui de nos adversaires.

Avoir peur de faire tapis avec As-Roi 

Davidi Kitai WPO 2017 #1
J’ai vu des joueurs payer préflop entre un quart et la moitié de leur tapis avec As-Roi, pour abandonner au flop s’ils ne trouvent ni d’As ni de Roi (une situation qui, il faut le savoir, se produit quelque chose comme 70% du temps, deux fois sur trois quoi !)

Si on est vraiment « deep » (comme en début de tournoi), il y a des arguments légitimes pour simplement payer avec As-Roi sur un 3-bet ou un 4-bet préflop, mais lorsque notre stack nous le permet, il faut impérativement faire tapis avec cette premium, pour plusieurs raisons :

1/ Mathématiquement, avec cette main, ce n’est (presque) jamais une erreur de partir à tapis avant le flop avec moins de 40 blindes. La plupart du temps, on aura une équité intéressante, soit en coin flip face à une paire adverse, soit en position dominante si notre adversaire possède un As moins bien accompagné (As-Dame, As-Valet) ou d’autres broadways (Roi-Dame, Roi-Valet). Le scénario où l’on se retrouve face à une paire d’As ou une paire de Roi est hyper rare et, même si cela se produit, dans le deuxième cas on garde encore 30% de chances de l’emporter.

2/ Réduire (voir anéantir) l’équité adverse. Si vous faites tapis après une relance, il ne serait pas étonnant de faire passer à nos adversaires des mains avec beaucoup d’équité, comme des petites paires. J’ai même vu un joueur 3-bet/fold une paire de Valets avec 20 blindes.

3/ On n’a pas envie d’abandonner notre équité post flop sans pouvoir voir la turn et la river. Dans le cas où notre adversaire possède une grosse pocket paire et que le flop n'est composé que de petites cartes (ce qui est tout de même rare), il nous reste encore 24% de chances de trouver un As et un Roi sur les deux dernières cartes, soit souvent une équité suffisante pour payer son tapis au flop (selon la taille du pot).

4/ De plus, si on trouve un As au flop, il y a le risque que notre adversaire parvienne à passer sa paire en main. Un scénario négatif pour nous, puisqu’il n’aurait alors que deux outs pour d’améliorer. Il serait catastrophique de se faire « bluffer » par une main moins forte ou par la même main, dans le cas où notre adversaire joue As-Roi de manière agressive préflop et en faisant tapis sur un baby board. Je vous rappelle qu’il y a seize combinaisons d’As-Roi possibles alors qu’il n’y a que six combinaisons de paires d’As / paires de Rois. 

Mon conseil
Même si c’est une main dangereuse, As-Roi reste une des mains les plus fortes du paquet. Il est profitable de partir à tapis avec, donc considérez cette main comme une premium, au même titre que des paires d’As, de Rois et de Dames. En dessous de 40 blindes, le plus simple est de tout mettre avant le flop (sur un 3-bet, 4-bet ou 5-bet). Il faudrait vraiment avoir une lecture précise ou un tell en béton armé sur votre adversaire pour ne pas le faire. Vous aurez à chaque fois de la fold equity et, si vous êtes payé, presque toujours une équité décente.

Ne pas faire tapis quand on est short stack

Davidi Kitai WPO 2017 #2
De manière générale, les joueurs amateurs paient les tapis avec une range trop serrée par rapport à ce que stipule la théorie optimale (le fameux jeu GTO). Du coup, face à eux, vous devriez faire tapis avec un éventail de main plus large, au lieu de vous contenter d’une range trop prudente, comme j’ai souvent pu le constater. Je vous invite à télécharger l’application SnapShove sur votre téléphone, pour potasser durant les pauses les ranges optimales de shove et de call.

Il faudra adapter ces ranges par rapport à d’autres éléments à table qui vous permettront de définir votre fold equity. De bons indicateurs à prendre en compte sont le profil des joueurs derrière vous (trop prudents ou trop larges ?) anis que la façon dont les joueurs vous voient (serrure ou degen ?)

Mon conseil
Voler les blindes est très important, notamment pour vous permettre de stabiliser votre tapis. Avec un stack autour de 10 BB, cela est même primordial. Souvenez-vous d’une chose : plus vous êtes près du bouton, moins de joueurs seront susceptibles de vous payer. Bien sûr, mieux vaut le faire avec des mains qui auront une équité descente lorsque vous serez payé. Les petites paires, les petit As, les broadways, les connecteurs assortis : autant de mains parfaites pour tout envoyer avec une dizaine de blindes et ainsi tenter d’arracher les blindes ! 

Sur-protéger une grosse main

J’ai vu des joueurs envoyer leur tapis pour un montant supérieur à six fois la taille du pot avec un brelan et se justifier en disant : « Je n’ai pas envie que tu touches ta couleur. » D’autres envoient tout en overbet avec une top paire sur un board inoffensif (du genre As-Dame sur Dame-2-2) en ajoutant : « Je n’ai pas envie de me prendre une horreur. »

De manière générale, sur ce genre de tournoi, la protection est trop prise en compte par rapport à la value pure. Il est plutôt rare de toucher du gros jeu, le but est de rentabiliser sa main au maximum quand cela arrive. Le sizing est donc très important. Il faut trouver le montant qui va induire une erreur chez notre adversaire.

Sur un board avec beaucoup de tirages, il sera nécessaire de faire plus cher. Miser les trois quarts du pot fera sans doute l’affaire, le but étant de faire payer les tirages avec une cote pas trop intéressante, et surtout de ne pas faire passer les mains faites qu’on domine.Sur les boards sans aucun tirage, miser maximum la moitié du pot est largement suffisant. On veut laisser notre adversaire float avec des mains marginales, ou encore le faire relancer en pure bluff.

Mon conseil
Il faut arrêter d’être parano et d'avoir peur de se prendre un badbeat. Et même si cela arrive (ou plutôt quand cela arrive), cela fait partie du jeu et il faut l’accepter. Le but premier est de prendre le maximum de value avec notre main. On veut être payé par les mains qu’on domine quand on a du beau jeu, tout en ne laissant pas de cote favorable aux tirages. Adaptez vos sizings selon le board et votre adversaire, essayez d’évaluer le montant maximal que votre adversaire serait prêt à payer avec un jeu moins fort que le vôtre.

Négliger l’ICM en fin de partie

Davidi Kitai WPO 2016
L’ICM (acronyme d'Independant Chip Modeling) est un modèle mathématique qui permet d'estimer la valeur monétaire (en euros, en dollars...) de vos jetons à un instant T du tournoi, calculé en fonction de la hauteur de votre tapis et de l'échelle des gains. C'est une notion particulièrement utile dans un satellite (comme les étapes live du WiPT, sur lesquelles plus de 150 d'entre vous ont remporté leur place pour la Grande Finale), et durant la seconde moitié d'un tournoi.

Dans un satellite, à la bulle du ticket, c’est au shortstack de prendre des risques. Les gros tapis devraient éviter, dans la mesure du possible, d’engager tous leurs jetons dans une confrontation, car ils ont une grande chance de gagner leur ticket sans devoir jouer de gros coup. Dans des situations extrêmes, il faudra même passer une paire d’As sur un tapis adverse, s’il existe un ou plusieurs joueurs shortstacks qui auront une probabilité élevée de se faire éliminer rapidement. L’équité de payer un tapis avec une paire d’As est autour de 80% mais, si l’on a plus de 80% de chance de se qualifier en passant cette main, il ne faudra pas hésiter à l’abandonner. Au WiPT Nice, à trois joueurs restants pour deux tickets, j’ai par exemple vu un joueur payer son tapis de 12 blindes avec As-Roi, alors qu’un autre joueur n’en possédait que 4 ! Même si intuitivement, le call parait correct, l’équité de notre main est d’un peu plus de 60%, alors que les chances de se qualifier en passant la main devraient être entre 70 et 80%. Un logiciel du type ICMIZER est idéal pour vous aider à faire les calculs d’ICM de manière plus précise.

Dans un tournoi classique, l'ICM est évidemment tout aussi crucial, en particulier en table finale, autrement dit l'endroit où les plus grosses récompenses sont en jeu (et les plus gros écarts). Si vous possédez le troisième plus gros tapis, vous ne prendrez bien entendu pas les mêmes risques que vous si vous êtes dernier au classement : si vous démarrez avec 50 ou 60 BB (ou plus !), une élimination en 9e place est infiniment plus "coûteuse" que si vous aviez entamé la finale avec 5 ou 6BB ! Ce qu'il faut retenir de tout cela, c'est que dans tout tournoi de poker, il y a certaines phases où la force de votre main va être moins importante que la situation de votre tapis par rapport au tapis des autres joueurs.

Mon conseil
Dans les tournois satellites, lorsque vous vous approchez du ticket, essayez d’estimer vos chances de l’obtenir, et comparez-la avec l’équité de vos coups joués à tapis. Avec un gros tapis, vous devriez mettre la pression sur le(s) tapis moyen(s) ; avec un tapis moyen, vous devriez resserrer votre jeu ; et avec un petit tapis, vous devriez prendre plus de risques.

Ces conseils tiennent aussi pour ceux qualifiés pour la Grande Finale : l’ICM aura un rôle très important aux moments clefs du tournoi, à la bulle et en table finale plus particulièrement. Selon la taille de votre tapis vous devrez tour à tour adopter une stratégie loose-agressive, en élargissant votre range de relance, ou au contraire une stratégie prudente, en resserrant vos ranges.

On se voit à la Finale au Cercle-Clichy Montmartre. Je compte sur vous pour mettre ces conseils en application. Gros GL à tous !

Allez, saluuuuuuuut !

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EPT, WPT, WSOP : pas un circuit majeur n’a résisté à l’appétit de victoire du Belge du Team Winamax, qui n’est pas pour autant rassasié.

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