[Blog] Finish him !!

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Adrien_Delmas
Un de mes bons amis dans le poker a un jour prononcé ces mots :

« Au poker, quand tu arrives en heads-up, il faut gagner, car l’histoire ne se souvient que des vainqueurs. »

Cette phrase n’a pas tout de suite résonné dans ma tête, mais elle fît sens quelques mois plus tard, lorsque j’ai réalisé mes premiers deep runs en ligne. Je vois trop souvent des joueurs se relâcher une fois arrivés en tête-à-tête, comme ci le travail était terminé, comme ci le tournoi était déjà fini. Alors que pas du tout ! Quand vous n’êtes plus que deux, c’est l’œil du tigre qu’il vous faut... comme si vous sortiez d’un entretien avec Pascal Dupraz !

La première place est un Graal, et ceci pour des milliers de raisons propres à chacun. Lors de grands évènements, que ce soit en ligne (Winamax Series) ou « en dur » (EPT, WSOP, etc) : qui reçoit les trophées ? Qui prend le plus d’argent ? Qui se retrouve dans les news ? Qui jouit de la plupart des compliments ? Qui fait des interviews ? Le vainqueur, le vainqueur, et encore le vainqueur.

En matière d’argent aussi, la différence entre la première et la seconde place est énorme. De manière générale, le vainqueur prendra toujours entre 30 et 40% plus que le runner-up. Un écart qui se creuse un peu plus sur les tournois en mode Knockout progressif : là, on parle d'une différence allant du simple au double ! Forcément : le vainqueur d'un KO remporte en plus la valeur du bounty qui planait au-dessus de son avatar et gonflait petit à petit depuis le coup d’envoi du tournoi.

Vous l’avez compris : gagner fait autant la différence au niveau de votre palmarès que de votre compte en banque.

- Dis-donc, c’est bien beau ça Jamy, mais comment fait-on pour gagner un heads-up, et comment est-ce qu’on travaille notre jeu ?
- Chauffe Marcel, en route vers le succès ! Commençons par les bases :

Travailler ses ranges preflop

Pour le jeu shortstack (lorsque vous avez moins de 10 ou 15 BB), on se retrouve en situation  « all-in ou fold » : il est alors très facile d’utiliser et d’apprendre les ranges d’équilibre du Tableau de Nash (attention, bien évidemment, à les adapter selon votre adversaire). Ensuite, vous devrez construire vos ranges en fonction des différentes profondeurs de tapis qui se succéderont durant la phase de heads-up. Pour ceci, vous trouverez pléthore de ressources sur internet pouvant vous aider dans ces constructions. Beaucoup de livres ont été écrits (en anglais ou en français), donc il ne vous sera pas difficile de vous documenter. Sinon, PIO Solver a récemment publié des ranges utilisables en HU en fonction de telle ou telle profondeur.

Tableau Nash
Le fameux Tableau de Nash. Les chiffres dans les cases correspondent au nombre de BB minimum nécessaires pour qu'un push (en SB, tableau de gauche) ou un call (en BB, tableau de droite) soit mathématiquement correct.

Néanmoins, il est important de préciser que toutes les ressources que vous pourrez trouver sont des lignes de conduite : évitez alors de tout suivre aveuglément et à la lettre ! Utilisez votre cerveau : c’est votre arme la plus puissante. Aussi, adaptez-vous à votre adversaire. En tête-à-tête, une des clefs de la réussite est l’adaptation, mais j’aurai l’occasion d’en reparler par la suite.

Pour ma part, j’ai beaucoup appris grâce à un ami – Benoit Méric – qui est un régulier des HU Deglingos (middle et high stakes) depuis des années. En le regardant jouer et en échangeant avec lui, il m’a permis d’acquérir une plus grande confiance et de meilleures aptitudes dans ce jeu complexe qu’est le heads-up en Sit&Go (un format se rapproche plus du jeu de tournoi que du cash game, du fait de l’augmentation de blindes).

- C’est bon Fred ? Tu commences à comprendre ?
- Oui Jamy, mais quid du jeu postflop ? C’est pareil, non ?

Travailler - comprendre le jeu postflop

HU WPO Dublin
Heads-up contre Parham Ahoor (High Roller WPO Dublin, 2017)

On pourrait penser que le jeu postflop est le même en heads-up que durant le reste du tournoi. C’est faux : le fait que les deux ranges (d’open et de défense) soient plus larges en HU changent drastiquement la manière d’aborder les coups, et nos fréquences à avoir postflop.

Il est donc très important de solidifier cette partie de son jeu, que ce soit à l’aide de logiciels comme PIO Solver (qui peuvent vous montrer comment les ranges se construisent assez différemment, et interagissent entre elles) pu alors tout simplement avec notre réflexion. Pensez à votre range complète plutôt qu’à votre main réelle (les deux cartes que vous avez en main, quoi), cela vous aidera à avoir une meilleure idée des décisions à prendre, et quelle partie de votre range se retrouve dans le top ou dans le bas de celle-ci. Il est aussi important de penser à la range de votre adversaire, afin d’utiliser différents sizings pour attaquer différentes parties de cette range.

Les mains qui arriveront sur chaque tour d’enchères seront en moyenne plus faibles du fait des ranges très larges que l’on a en heads-up. Il faudra donc faire attention à ne pas trop overfold (abandonner trop souvent) contre un joueur capable de vous bluffer. Tout cela va drastiquement changer votre manière d’approcher les spots en général.

Perso, j’ai beaucoup progressé grâce au heads-up, et l’expérience qu’on peut y gagner postflop.

- Aaaaah d’accord, parfait ça ! Si j’ai bien compris, en travaillant mon jeu préflop et postflop je vais gagner mes prochains Heads-Up directement ?
- C’est un bon début Fred, mais il te manque une des parties les plus importantes.

Mettre en pratique ce que l’on a appris

Finish Him
Difficile de réussir la "fatality" qui tue dès votre premier duel... Au poker comme ailleurs, l'expérience viendra avec la pratique !

Qui l’eut cru ? Pour bien jouer en HU, il faut jouer en HU ! Beaucoup de joueurs de tournoi sont médiocres en situation de heads-up, alors qu’ils ont pourtant été excellents tout au long de la partie qui a précédé. Ce paradoxe vient du manque d’expérience que peuvent avoir ces derniers en tête-à-tête. Forcément : ce n’est pas souvent qu’on arrive en finale dans un tournoi, alors parvenir jusqu’au duel, c’est encore moins fréquent ! C’est pourquoi il est très important d’acquérir cette expérience en dehors de nos tables de MTTs.

Pour mieux préparer ces tête-à-tête, je vous encourage à vous tourner vers des Sit&Go (normaux ou Turbo) qui sauront au mieux entretenir et améliorer votre niveau. Si vous voulez progresser en jeu shortstack, tournez-vous vers les Deglingos ou, si vous voulez jouer deep, vers le cash game. Chacune de ces trois disciplines vont vous faire progresser sur des secteurs spécifiques de votre jeu et ainsi vous tirer petit à petit vers le haut. Ce qui, à terme, vous permettra de gagner beaucoup d’EV en MTT, et vous fera vous sentir plus à l’aise dans des situations qui, auparavant, pouvaient se révéler assez désagréables du fait de votre inexpérience.

Pour ma part, j’essaie de régulièrement jouer les bons joueurs en HU afin de faire progresser mon jeu. Je ne le fais pas pour l’EV du match mais pour l’EV future que ça va me faire gagner lors de MTT futurs. Je vous invite donc à faire de même. Pas besoin de jouer très cher ! Vous voulez juste gagner de l’expérience et ensuite appliquer ce que vous aurez pu apprendre à droite et à gauche. C’est comme l’entrainement dans le monde sportif : ce n’est pas forcément plaisant et cela peut parfois sembler inutile de prime abord, mais c’est grâce à cela on construit la réussite de demain.

Pour finir, et comme évoqué plus haut, une des compétences les plus importantes pour réussir à gagner son one to one est l’adaptation. En HU, c’est vous contre votre adversaire, et personne d’autre. Repérez ses faiblesses et exploitez-les, repérez ses forces et sachez à quoi vous attendre, adaptez-vous aussi en conséquence. Plus vous arriverez à cerner le style de jeu de votre adversaire et sa propension au risque, plus vous aurez d’edge sur lui et pourrez ainsi gagner plus régulièrement. Soyez forts mentalement : en général, ces tête-à tête provoquent beaucoup d’émotions, du fait des swings qui sont monnaie courante dans ce format, mais aussi car il faut être concentré la quasi-totalité du temps, là où en tournoi vous pouvez, lorsque vous avez foldé préflop, souffler et attendre tranquillement la main attendre la main suivante.

J’espère en tout cas que mes conseils vous aideront afin de vous sentir plus à l’aise en heads-up, mais aussi qu’ils vous auront ouvert les yeux sur l’importance et la nécessité de travailler cette partie de votre jeu.

En attendant d’avoir la chance de vous retrouver mano a mano au bout d’un tournoi, je vous souhaite la meilleure des réussites aux tables.

Des bisous (barbus),

Adrien « Ragnarok235 » Delmas


Ragnarok235

Il n’a fait qu’une bouchée de ses adversaires : notre nouveau Top Shark est prêt à plonger dans le grand bain du circuit mondial.

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