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Entrer dans la zone

Quand je joue poker j’essaie toujours d’être la plus concentrée possible. C’est une évidence, plus tu es attentif à ce qui se passe à table, plus tu gardes l’esprit clair et plus tu as de chances de prendre les meilleures décisions. Il y a des jours où tu te sens au top, débordant de motivation et les idées claires, avec une harmonie parfaite entre l'envie de gagner et une grande sérénité. Le cocktail parfait pour utiliser à la fois la raison et ses émotions, et prendre des décisions optimales. C’est, sans aucun doute, le meilleur état mental pour jouer ton meilleur jeu. Tu es en contrôle, tu es "dans la zone". Tout va même tellement bien que tu penses que c’est facile.

Pourtant, il y a des jours où tout se complique. Parfois, tu t’assoies à table avec comme un brouillard qui t’empêche d’être à 100%. Le manque de sommeil ou de motivation, la fatigue, des soucis personnels : tous sont autant de facteurs qui peuvent affecter ton jeu.

Face à cela, il y a deux façons de voir les choses. On peut se résigner et accepter qu’il y a des jours où rien ne va, ou travailler dur pour découvrir les facteurs qui peuvent nous faire nous sentir mieux. La résilience est une vertu magique que l’on devrait stimuler plus souvent. En clair, il s’agit d’admettre que tout ne peut pas toujours aller dans notre sens, pour ensuite redoubler d’effort face à l’adversité. Mais avant d’en arriver là, il faut être sûr que l’on a essayé de faire tout ce qu’on pouvait. Autrement dit, il ne faut pas se résigner avant l’heure.

Cette capacité à entrer dans la zone n’est pas le fruit du hasard. Il n’y a pas des jours où on ressent comme par magie la possibilité de le faire, et d’autres où c’est impossible. Il est donc très important d’apprendre à se connaitre. Quand j’ai commencé à jouer au poker, j’étais impressionnée parce que, lors de certaines sessions, les heures défilaient sans que je ne m'en rende compte, où mes idées coulaient facilement. À l’inverse, je pouvais parfois me sentir complètement à l’ouest, passer beaucoup trop de temps sur les réseaux sociaux ou à chercher de nouveaux trucs à acheter sur Amazon (je vous parlerai de mon addiction à Amazon dans un autre article). Quand tout roulait, j’étais ravie et reconnaissante. Mais quand cela se passait mal, j’acceptais en me disant que ce n’était pas mon jour. Maintenant c’est différent. Maintenant, je comprends pourquoi il y a des jours ou je me sens bien de façon presque automatique et d’autres ou je n’arrive pas à me concentrer.

Let it flow

Leo Margets HU

Dans la zone, lors du heads-up final pour le bracelet WSOP l'été dernier.

Pour entrer dans cet état de flow, j’ai besoin de certaines conditions. Je vais vous partager mes propres outils, mais chacun fonctionne différemment. À vous de travailler pour développer les vôtres.

Le premier élément indispensable, c’est la motivation. Si je n’ai pas envie de gagner c’est trop difficile d’être concentré. De façon logique, il est plus facile d’être motivé lorsque les enjeux sont élevés. Mais ce facteur est extrinsèque, il ne dépend pas de vous. Ce qu’il est possible de faire en revanche, c’est de développer une motivation intrinsèque. L’objectif devient alors de jouer chaque main de la meilleure façon possible, de suivre la dynamique de la table, d’anticiper les mouvements adverses, etc. Avec ça, aucun problème de concentration sur un tournoi ou une partie de cash game à buy-in inférieur à ses habitudes, ou encore sur le Day 1 d’un tournoi de cinq jours. La motivation dépend de toi, et de toi seulement.

Je dois également me sentir bien d’un point de vue physique et mental. Côté physique, je m'entretiens en faisant du sport, et pas seulement les jours de tournoi. Cela fait partie de mon style de vie. Je ne conçois pas le fait de ne pas m’entraîner parce que, sans ça, je ne me sens pas à 100%. Qui plus est, l’exercice augmente notre amour propre et notre efficacité. Il nous donne la confiance nécessaire pour croire en nos capacités et atteindre nos objectifs. Comme je dis souvent, le meilleur carburant est de savoir que l'on peut tout accomplir !

Dans mon cas, le repos est aussi fondamental. Je sais que si je n'ai pas mes neuf heures de sommeil, je serai fatiguée et j’aurai beaucoup de mal à être dans la zone. Pendant les festivals de poker, je préfère renoncer à un peu de sociabilité le soir pour pouvoir faire de gros dodos.

Comme tout le monde, j’aime aussi me faire plaisir, ce qui se ressent dans mon alimentation. Par exemple, je dois reconnaitre que j’adore le vin rouge. Pourtant, je sais parfaitement que si je prends deux coupes de vin, même si je fais beaucoup de sport ou que je dors suffisamment, ça va me coûter cher. Alors, j’applique la phrase d’un de mes auteurs / blogueurs préférés, Marcos Vazquez (j’en profite pour vous recommander son blog de fitness) : « Tu peux payer le prix de la discipline aujourd’hui ou payer le prix des remords demain. En général, le prix du dernier est plus élevé. »

I'm talkin' to me?

Leo Margets Séminaire

Pour finir, et c’est quelque chose que j’ai commencé à faire récemment, je me parle à moi-même. Mais attention, je me parle bien, de façon positive ! Finis les « Aujourd’hui ce n’est pas mon jour. » Je me souviens d'un discussion avec le Coach l’été dernier à Vegas. On buvait un café et je ressassais mes mauvais résultats sur ces WSOP. Il m’a fait comprendre que me plaindre n’était pas la bonne stratégie, que je ne me faisais aucun bien en me parlant de manière si défaitiste. Et puis, il y a aussi des moments où on pleurniche seulement pour protéger notre amour propre. Une forme de victimisation que je déteste, car c’est totalement contre-productif. Gardez cela en tête : se victimiser est toujours néfaste pour soi-même.

Dans la vaste majorité des cas, on peut trouver seul cet état de flow, cette fameuse zone. Avec le sport, la méditation, la lecture, en écoutant de la musique avant de s’asseoir à table, en dansant, marchant, en écrivant ses objectifs, ou en se parlant à soi-même. Parfois, le simple fait de savoir que l’on est en train de TOUT donner pour être à 100% suffit à nous donner la puissance nécessaire et une confiance en béton armé.

Faites votre introspection et découvrez ce qui vous aide à entrer dans la zone plus facilement, ainsi que les éléments récurrents qui vous en empêchent. Vous vous rendrez compte de ce que vous pouvez améliorer. Sauf que cette fois, au lieu de vous justifier ou d’essayer de vous protéger, vous pourrez utiliser ces informations pour marcher sur vos tables !

Et surtout, n’allez pas croire qu’il existe des tournois qui motivent et d’autres non. On peut toujours trouver des raisons pour être la meilleure version de nous-même à tout moment.

À vous de jouer !


Leo Margets

Révélée par un mémorable deep-run sur le Main Event des WSOP, la Barcelonaise est l’une des figures emblématiques du poker Ibérique.