[Blog] Éloge de l'échec

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Blog Aladin Reskallah

Le début d'année 2020 a été pour moi synonyme d'une bonne nouvelle : la prolongation de mon contrat avec Winamax. C'est l'aboutissement de beaucoup de sacrifices, de travail et d'abnégation. J'ai donc sauté sur cette occasion pour dresser un petit bilan et mettre en lumière plusieurs facteurs qui m'ont permis de progresser au fil du temps et de devenir un meilleur joueur de poker. Cette liste est non exhaustive mais j’espère que vous pourrez en retirer de précieux conseils. Vous êtes prêts ? C'est parti.

Jouer dans de bonnes conditions

Poker Dodo

Lorsque j'ai commencé à jouer en cash game live à Montréal je me rendais au cercle de jeux directement après ma journée de travail, dans un état de fatigue assez avancé. Évidemment, je faisais des sessions trop longues et je m'assurais de rentrer très tard, parfois même presque aux aurores. Tout cela dans l’unique but d'être bien crevé au travail le lendemain et pouvoir retourner jouer encore plus fatigué dans la foulée.

À mes débuts sur Internet, j'ai bien insisté sur le fait de ne pas acheter de deuxième écran et de jouer sur un tout petit PC portable. Surtout, j’ai mis un point d’honneur à ne pas acheter de souris, pour cliquer avec le pad et m’assurer un maximum de missclicks. Je jouais même parfois allongé sur mon lit avec une souris sans fil, dans la position la moins ergonomique possible. Cerise sur le gâteau, je lançais des tournois tard le soir, toujours fatigué et toujours couché, pour me donner l'opportunité de m’endormir et de me faire déblinder en étant sit-out.

Avoir une gestion de bankroll irréprochable

Travolta

En live, c’est toute une science. J’allais d’abord jouer à des limites trop chères et avec seulement une cave ou deux en poche. Comme cela, je pouvais bien faire attention à jouer à 60 BB deep puis 40, puis 20, alors que je n'avais jamais étudié le jeu short stack. De plus, je m’astreignais à ne pas respecter le seuil de perte que je m’étais fixé au départ. De cette façon, je pouvais ensuite aller retirer au guichet automatique qui, en Amérique du Nord, vous facture à chaque fois 5 $ de frais. Argent si possible retiré lui-même de l'autorisation de découvert ou d'une carte de crédit pour avoir le plaisir de payer des intérêts en attendant de recevoir sa prochaine paye.

Sur Internet, même tactique : je déposais 50 ou 100 $ en une fois pour pouvoir jouer l’intégralité de ma bankroll sur chaque session. Si l'on peut déposer à partir d'une carte de crédit c'est évidemment mieux pour, là encore, s’offrir la chance de payer 19,6% d'intérêts. Une autre technique qui fonctionne à merveille est celle de la martingale. Exemple : vous commencez en NL10 et, si vous perdez deux caves d'affilée, vous vous asseyez en NL20 pour vous refaire plus rapidement.

Si cela ne fonctionne pas, essayez alors de changer de format de jeu. Si le cash game est votre terrain de prédilection, le mieux est de basculer en Expresso. Sur ce format inhabituel pour vous, vous serez plus alerte et pourrez bénéficier de la chance du débutant. Dans le cas inverse, tentez alors les MTT ou le PLO, histoire d’ajouter de nouvelles cordes à votre arc.

Étudier son jeu en regardant des vidéos

High Stakes Poker

Pour ma part, ma source d’apprentissage n°1 était High Stakes Poker avec Tom Dwan et Phil Ivey. Cela me permettait de reproduire leurs moves en NL200. La technique infaillible ? Check-raise turn et tapis à la river avec hauteur 8, pour un taux de réussite de quasiment... 0%.

Là encore, même façon de faire sur Internet : surtout tenter le plus souvent possible des 3-barrels bluffs avec air. Le but est de faire fold une paire à l'adversaire qui ne devrait pas pouvoir payer pour tout son tapis dans ce spot. De nouveau, on est sur un taux de réussite plutôt élevé autour de 0%.

Retenez bien ce point : continuez de regarder les joueurs que vous appréciez, et tentez de copier leurs façons de jouer sans essayer de comprendre pourquoi ils jouent de la sorte. Après tout, s’ils sont si forts, c'est que cela doit fonctionner.

Discuter de stratégie avec ses amis

Bad Beat Story

Tout est une question de timing. Le meilleur moment est sans nul doute pendant la pause des tournois ou alors pendant que vos amis sont assis en cash game et, dans la mesure du possible, alors qu'ils sont en train de jouer une main. Commencez par les bad beats pour extérioriser et relâcher la pression. Vous pourrez alors recevoir l'approbation de vos pairs : oui, vos adversaires étaient bien nuls et non, cela n’a rien à voir avec votre jeu, vous êtes simplement malchanceux. De plus, cela donne lieu à une certaine émulation et vous pourrez vous tirer vers le haut pour savoir qui a vécu le bad beat le plus improbable.

Ce qui peut être intéressant également, c'est de passer plusieurs heures sur les spots les plus inhabituels, comme par exemple les pots 5-bet à 300 blindes deep. Surtout lorsque l'on a réussi à hero call à tapis river avec hauteur As parce que l'on avait un tell que l'adversaire était en bluff. Vous vous habituerez ainsi à perdre votre temps, ce qui est primordial.

Pour couronner le tout, essayez de discuter avec vos amis en criant plus fort qu'eux et en vous entêtant à défendre votre point de vue jusqu'à ce que vous réussissiez à convaincre votre interlocuteur. Cela vous habituera à défendre vos valeurs et augmentera votre confiance en vous.

Arrêtons ici le second degré car oui, à moins d’y être totalement allergique, vous avez compris qu'il s'agissait bien de cela. Pourquoi lister ici ces erreurs qui paraissent stupides ? Tout simplement parce que je les ai moi-même commises durant mon parcours. Donc pour redevenir sérieux, nous avons bien souvent tendance à associer les erreurs et les échecs uniquement à du négatif, alors qu'ils peuvent être une formidable opportunité d'amélioration.

Échouer, avouer, recommencer

Edge of Tomorrow

Ce phénomène est, je trouve, amplifié par l'avènement des réseaux sociaux. Nous nous efforçons de montrer l’image la plus reluisante possible de nous-même, avec des instants capturés sur le vif et qui ne reflètent évidemment pas la réalité du quotidien. Cela peut même engendrer des formes de dépression, d'anxiété et de troubles de la santé mentale. Plusieurs études semblent le confirmer dont une citée par le Figaro du 26 mai 2017, qui affirme que la plupart des réseaux sociaux auraient un impact néfaste sur la santé mentale des jeunes de 14 à 24 ans.

Le risque est de penser que la vie des autres est incroyable et palpitante comparée à la nôtre, alors que nous fonctionnons pour la plupart de la même façon : nous ne montrons que les moments d'aboutissement, la partie émergée de l'iceberg, et non les doutes, les difficultés et les échecs nécessaires pour y parvenir.

Pourtant, celui qui affirme tout réussir du premier coup est un sacré bonimenteur. Nous avons tous nos parts d'ombres, nos démons, nous faisons tous des erreurs et nous échouons. D’où cet article en forme d’éloge de l'échec, qui peut nous ouvrir les yeux sur de nombreux aspects et nous livrer de bons enseignements pour la suite.

L'important est d’en tirer les leçons appropriées, de puiser de la force dans la frustration de nos échecs et de ne pas être trop dur avec nous-même. Il faut se laisser la possibilité d'échouer. Si nos rêves sont le moteur qui nous anime, alors on peut sûrement utiliser l'échec comme carburant plutôt que le considérer comme un grain de sable dans l'engrenage.

Sur ce, bonne année 2020 ! Je vous souhaite beaucoup d'échecs mais surtout beaucoup de réussites. À très vite.


Aladarrrrr

Premier joueur à remporter deux fois la Top Shark Academy, il a rempilé au sein du Team et compte bien profiter de 2020 pour tout casser sur le circuit !

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