[Blog] Demain est souvent le jour le plus chargé de la semaine

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Mardi 30 août, 16 heures. Alors que je suis rentré de Barcelone depuis deux jours (pas une grande réussite avec un seul ITM en neuf tournois, mais là n’est pas le sujet), je n’ai toujours pas écrit la moindre ligne du billet que je dois envoyer au coach avant la fin du mois. Cela fait pourtant une dizaine de jours que j’ai reçu le rappel (« Salut Guillaume, j’attends ton blog d’ici la fin du mois, merci ! »), un rappel bien utile puisque depuis ce moment-là trottent dans ma tête des phrases comme : « Tu devrais commencer à écrire ce blog maintenant, histoire d’être dans les temps et d’avoir l’esprit tranquille ». Mais, à ce moment-là, il y aussi une partie de moi qui se dit : « Ça serait quand même plus cool d’aller boire un verre avec les potes plutôt que de rester tout seul derrière un ordinateur à réfléchir pendant quatre heures pour écrire un blog de quarante lignes. Allez tant pis, je commencerai mon blog demaaaain !! » Ce demain dure depuis maintenant dix jours. Mais, sur le moment, ça ne dérangeait pas le moins du monde cette partie de moi qui veut simplement s’amuser et profiter du moment présent, sans considération du passé ou des conséquences futures. Allons donc boire un verre !

Et voilà comment je me retrouve le 30 août (comme le 30 de tous les deux mois, car je dois écrire un blog tous les deux mois) à être obligé de me fixer une dead-line en disant à Steph : « Je te le rends demain au plus tard ! ». A partir de ce moment-là, cette petite phrase déclenche en moi le mode « panique » et le réveil du panic monster : je n’ai plus le choix que de la rendre demain puisque je me suis engagé. Mon cerveau ne pense soudain plus à rien d’autre qu’a écrire cet article, peu importe que la meilleure soirée de l’année tombe pile ce soir-là, ou n’importe quels autre divertissement : plus de place pour la partie de vous qui veut se divertir, tout est centré sur la tâche que devez accomplir et sur les décisions rationnelles que vous devez prendre. Alors que vous étiez incapable d’écrire une seule ligne en une heure la veille, beaucoup trop préoccupé par une discussion Skype ou votre fil Facebook, vous devenez alors un bourreau de travail, finissant cette tache dans l’urgence en quatre heures en ayant pensé à rien d’autre que finir ce travail. C’est dans cet état que je suis alors que j’écris ces lignes, comme pour la plupart de mes blogs...

Cette situation, qui est une constante de ma vie, que ce soit à l’école, pour ranger ma chambre, ou dans le sport, vous savez le nom que la science lui donne : procrastination. Le fait de remettre les choses au lendemain, de ne pas faire tout de suite ce qu’on pourrait tout à faire tout de suite, sans aucune raison légitime de la faire le lendemain. Et tout le monde fait ça ! A des degrés différents, évidemment, mais tout le monde a procrastiné un jour ou l’autre dans sa vie. Rendre un devoir, faire le ménage, commencer à faire du sport, appeler ses grands-parents, arrêter de boire ou de fumer, aller parler à une fille, commencer ou arrêter une relation, travailler son jeu, regarder des vidéos de poker etc… On a tous à un moment ou à un autre dans notre vie remis ces choses au lendemain, très souvent pour des raisons peu valables du style : « On verra comment ça évolue » ou « Ce week-end, je me permets de m’amuser mais tu vas voir lundi » ou encore le bien connu « Demain, j’arrête ! »

Vous l’avez compris : j’ai passé une bonne partie de ma vie à procrastiner, à écouter la partie de moi qui pense à s’amuser plutôt que celle qui prend des décisions rationnelles. J’ai toujours préféré aller passer du temps avec mes potes plutôt que d’aller m’entrainer au golf alors que je voulais à ce moment-là vivre de ça : j’aurais pu équilibrer mon emploi du temps entre les deux, m’amuser, profiter de la vie et en même temps m’entrainer pour être plus performant, mais j’ai choisi de m’amuser presque tout le temps, ce que je ne regrette pas même si cela m’a empêché d’être performant.

Je vous parle de tout cela car au fil des discussions que j’ai la chance d’avoir avec les joueurs réguliers du circuit et online (dont certains font partie depuis des années des meilleurs joueurs de tournois français voir mondiaux) et dont on peut admettre sans exagérer que ce sont des « champions », des personnes qui excellent dans leurs domaines, je me suis rendu compte que beaucoup d’entre eux sont aussi des procrastinateurs !

Le poker autorise en quelque sorte ce genre de situation, même au plus haut niveau : étant donné que l’impact qu’ont nos décisions sur nos résultats n’est pas forcément visible et évident immédiatement, et qu’il est compliqué de s’autoévaluer avec précision, il est facile pour un joueur gagnant de remettre au lendemain son travail d’amélioration sans avoir à ressentir le moment de « panique » tant que les résultats sont encore présents. A l’inverse, prenons l’exemple d’un qui ferait une mauvaise opération parce qu’il était mal renseigné, ou un restaurateur qui servirait des plats infâmes parce qu’il avait choisi des mauvais fournisseurs : tous deux vont ressentir sur le champ les conséquences de leurs erreurs de jugement, et devront absolument se ressaisir très vite s’ils ne veulent pas perdre leur job. Leurs panic monsters vont se réveiller et ils vont tout mettre en œuvre pour être plus performants et se fixer de nouveaux objectifs, de nouveaux moyens et de nouvelles deadlines.

De son côté, le joueur de poker procrastinateur va paniquer uniquement lorsqu’il va constater que ces résultats sont anormalement négatifs (s’il arrive à ranger l’excuse facile de la variance, ce qui peut prendre beaucoup de temps pour certains) ou lorsqu’il sera broke… Une grande majorité des joueurs avec qui j’ai eu l’occasion de parler de ce sujet m’ont avoués être bien meilleurs pour travailler plus leur jeu lorsqu’ils sont broke, ou pas loin de l’être… Et c’est encore mon cas aussi, malheureusement.

Les « champions » dont je parlais plus haut, eux, n’ont pas besoin de cela pour réveiller leurs panic monsters et prendre des décisions rationnelles : leurs objectifs sont clairs, les moyens pour les atteindre aussi et ils savent qu’ils doivent se mettre des deadlines à court terme pour atteindre leurs objectifs à long terme. Lorsque Davidi a annoncé vouloir devenir numéro 1 au classement GPI sur l’année 2014, j’ai pu constater avec mes propres yeux à quel point toute son énergie et sa concentration ont été alloués à la réalisation de cet objectif, des mois durant. Il a mis en place tout ce qu’il fallait pour y arriver et j'imagine qu'il pourra confirmer qu'il n’avait jamais été aussi motivé à travailler et à jouer. Même chose pour Fedor Holz, qui avait annoncé en 2014 vouloir atteindre une bankroll d’un million de dollars en cinq mois mois, en détaillant chacun des moyens qu’il allait mettre en place : la suite, vous la connaissez.

Ces personnes sont capables de se fixer des objectifs clairs, ambitieux et donner le maximum d’eux mêmes pour les atteindre. Certes, ils vont procrastiner au quotidien, comme tout le monde, pour des choses qui ne leurs paraissent pas importantes, ou en tout cas qui sont moins importantes que de s’amuser, là, maintenant, tout de suite. Procrastiner n’est pas toujours un défaut : cela nous permet de profiter de l’instant présent, sans contrainte et sans impact sur le futur ou le passé, et de laisser son cerveau s’évader. Mais pour évoluer dans la vie, être performant dans un domaine ou s’enrichir personnellement, il faut être capable de réveiller à temps son panic monster et de ne pas laisser trop de place à la partie de nous qui veut s’amuser et remettre les choses importantes à demain.

Si le sujet vous a intéressé, ou si vous avez quinze minutes pour procrastiner un peu, je vous conseille de regarder le TedX de Tim Urban dont je me suis largement inspiré pour ce blog et qui explique d’une façon simple et divertissante le mécanisme qui se cache derrière la procrastination. Vous pouvez aussi aller voir son blog qui traite du même sujet.

Mais sinon, vous pouvez aussi décider de reporter tout ça à demaaaaain !


Guillaume Diaz

Le vainqueur de la troisième Top Shark Academy possède l’un des plus beaux palmarès de Winamax.

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